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2 courts-métrages au FNC 2009
par André Roy, 2009-01-08

A Letter to Uncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul

Cry Me a River de Jia Zhang-ke

 

Ce qui est intéressant dans les courts métrages, c’est qu’ils nous rassurent sur l’état du cinéma des auteurs, sur leur manière de voir unique, sur leur désir d’entretenir leur art quels que soient le format et le genre de film qu’ils ont choisis.

Pendant 17 minutes, A Letter to Uncle Boonmee (2009) confirme qu’Apichatpong Weerasethakul est un grand styliste et qu’il poursuit obstinément et tranquillement un parti pris formel adopté dès Blissfully Yours (2002). C’est à l’intérieur de la matière de sa fiction qu’il joue, la divisant, comme il l’a fait pour ses longs métrages, en deux parties, en deux mouvements, chacun placé dans une perspective visuelle et sonore différente. Ici nous sommes à Nabua, il y a une maison (celle de l’oncle Boonmee?), une voix off parle de réincarnation (on reconnaît là la prédilection de l’auteur pour les histoires de fantômes). Puis une deuxième voix off reprend le même récit. On fait allusion à des villageois qui ont dû quitter le village, on parle de répression et de violence, pour apprendre finalement, comme dans une mise en abîme, que ces plans font partie du tournage d’un film, ce qui, comme toujours chez Weerasethakul, vient obscurcir le récit, le trouer, lui insuffler à la fois la légèreté et l’étrangeté d’un songe, lui donner l’intemporalité d’une fable que des images qui appellent à la contemplation (superbes lents travellings) intensifient au fur et à mesure du déroulement de la narration. C’est sensible, soyeux, soigné. Un petit bijou.

Même démarche chez Jia Zhang-ke, même entêtement à nous conduire au cœur du cinéma par une attention soutenue et un regard aigu sur la complexité du monde, en observant des jeunes hommes et femmes sans jamais oublier d’interroger les formes et les manières de raconter une histoire. En 17 minutes, Cry Me a River (2008) ressemble à un condensé de ses longs métrages, en particulier Platform (2000) et Plaisirs inconnus (2002). Des étudiants qui dirigent une revue de poésie depuis dix ans décident d’en arrêter la publication. Entre l’amertume et la désillusion, et sous la houlette d’un professeur plus âgé, ils font un bilan de leur vie, semble-t-il pas très reluisante, en amour en particulier (aucun n’a réussi à coucher avec la personne qu’il désirait). Leurs aspirations à la modernité sont déçues, soulignées par leurs déplacements dans une cité ancestrale qui, avec son jardin botanique et ses canaux, donne les indices de la permanence d’une culture ancienne. Désœuvrement, fragilité, tristesse d’une génération, tout cela est dit obliquement, dans un savant mélange d’impassibilité et de ferveur : sous les plans immobiles, une palpitation, un frémissement. Et ainsi, naturellement, simplement, l’émotion passe des personnages à la caméra pour venir nous toucher dans la salle. Cela est bien, cela est beau.

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