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Alain Resnais
par Robert Daudelin, 2014-03-02

Ce portrait fait partie d’un dossier spécial sur 100 cinéastes contemporains réalisé pour le numéro 163 de la revue. La version numérique de ce numéro est disponible en vente ici. À lire également, le numéro 150 de la revue consacré à Alain Resnais, disponible en ligne ici.

Alain Resnais par Robert Daudelin

« Son art consommé de la mise en scène participe désormais d'une sorte d'apesanteur lyrique… »

Malgré son grand âge (il a eu 92 ans le 3 juin) et bien que ses courts métrages des années 1950 lui aient déjà assuré une place dans l’histoire du cinéma, il faut toujours compter avec Alain Resnais pour cerner le paysage du cinéma actuel. Son art consommé de la mise en scène, qui participe désormais d’une sorte d’apesanteur lyrique, nous ravit toujours, film après film. Cinéaste depuis longtemps étiqueté « sérieux » (la bombe atomique, les camps d’extermination, la guerre civile espagnole, la guerre d’Algérie, la mort), il nous propose depuis un moment un cycle de divertimenti, aussi brillants que séduisants – Les herbes folles (2008) en constituant l’aboutissement le plus remarquable. Mais pour Resnais mettre en images les rêves ou les fantasmes est une chose très sérieuse et il nous en fait (brillamment) la démonstration dans son plus récent opus Vous n’avez encore rien vu (2012). Mettre en image, mais aussi, trouver la forme qui convient, au besoin inventer la forme nouvelle qui va solliciter le spectateur. Inventeur de formes donc, et qui connaît mieux que personne les ressources inépuisables du montage qui, de Moviola en Steenbeck et en Avid, quelle que soit l’évolution technique du cinéma, demeure le lieu où naît le film.

Fréquent collaborateur d’écrivains de premier plan (Duras, Queneau, Robbe- Grillet, Mercer, Cayrol, Semprun), Resnais a récemment pratiqué une sorte d’archéologie joyeuse, allant dénicher dans les placards du théâtre de boulevard des œuvres oubliées, abhorrées même. Adaptant le réputé réactionnaire Bernstein (Mélo) ou nous proposant de redécouvrir le charme suranné de spectacles populaires d’une époque révolue (Cœurs, Pas sur la bouche) ou le théâtre d’un auteur aujourd’hui oublié (Anouilh), il célèbre la liberté d’un cinéma où le sujet et les personnages se fondent dans un mouvement aussi libre que savant. Et le cinéaste de garder néanmoins des attaches avec la littérature la plus actuelle (Christian Gailly) qu’il sert magnifiquement et avec toute la liberté que sa maîtrise autorise dans le grand film moderne qu’est Les herbes folles.

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