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Robert Lévesque
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The sisters are coming
2 Commentaire(s)
par Robert Lévesque, 2014-04-17

    Un observateur, tout effréné qu’il soit, ne saurait parler d’une menace, mais le fait est que les bonnes sœurs rappliquent. Je ne parle pas de sœur Angèle et de sœur Marie-Paul Ross, ces deux chairs à talk-show, l’une maître-queux et l’autre sexologue, pensez donc…! De la casserole à la zigounette, ma foi, c’est le cuit et le cru que tapotent allègrement ces servantes du bon Dieu qui devront à leur dernier jour répondre de ces vocations déviantes, mais de cela on se fout éperdument…

    Non, les bonnes sœurs qui cognent à nos portes de cinéphiles sont les plus humbles et les torturées, les sans-grades, les si dévouées, nos voilées d’antan, qu’elles soient saintes ou pécheresses, et même celles qui auraient voulu être une artiste… : c’est avec le cœur sur la main et la main sur l’épaule qu’elles nous reviennent ; et on se demande s’il n’y a pas là un effet purement évasif de la maudite charte du caporal Drainville.

    Jadis des cinéastes d’ici s’étaient penchés sur elles, nos nonnes à nous, Pierre Patry en 1959 avec Les petites sœurs et Diane Létourneau en 1979 avec Les servantes du bon Dieu. Vingt ans séparaient les deux services religieux ; mais voilà qu’en 2014, trois films de sœurs abordent en formation nos côtes et (si l’on n’y prend garde) vont vouloir scruter nos consciences. Déjà Micheline Lanctôt, à qui je ne donnerais pourtant pas le bon Dieu sans confession, nous a montré jusqu’où des femmes pouvaient mouiller Pour l’amour de Dieu (vous verrez ça le 19 avril à 23h10 – à dix minutes de Pâques ! – sur Radio-Canada), un film où l’amour à trois flammes (un Dominicain, une sœur enseignante et une couventine) pouvait s’allumer dans la grande noirceur, mais le film – ite cinema est – est aussi ennuyeux qu’une messe basse.

    Dans le dossier de presse de Les discrètes, un film d’Hélène Choquette portant sur la communauté des Sœurs de la Providence (qui sort à l’Excentris en plein mois de Marie, dès le 16), je lis, mis en exergue, l’étrange phrase suivante dont on ne nous dit pas qui l’aurait prononcée : « La meilleure façon d’aller au ciel, c’est de s’accrocher au voile d’une sœur ». Ces sœurs-là ne portant plus le voile depuis belle lurette, j’y vois une belle enflure de la direction des communications, mais c’est à tout le moins une publicité trompeuse… Sœurs de rue, travailleuses de la foi comme les travailleuses du sexe, ces religieuses discrètes, mais pas vraiment habillées comme tout le monde (même si elles le pensent), font leur tapin autour de la place Émilie-Gamelin, nommée ainsi en souvenir de leur fondatrice qui s’appelait Mme Émilie Tavernier avant que son mari et ses trois enfants meurent et qu’elle se mette enfin à penser aux autres. Ses filles d’aujourd’hui ont 85 ans comme moyenne d’âge, mais on me dit qu’elles pognent encore dans les franges les plus démunies de notre société. Il faudra se signer, sans doute, en sortant de l’Excentris, ce qui n’est pas la coutume…

    Et voilà que Léa Pool, délaissant les marges obscures du saphisme de bon goût et celles plus colorées du monde des papillons, se penche à son tour sur les chères religieuses d’hier. Ce sera (car on n’en est qu’au tournage) La passion d’Augustine. Une passion pas qu’éducative qui liera une mère supérieure à sa nièce. Rassurons-nous, il semble que ce film sur une passion musicale qui éclot dans une école dirigée par des bonnes sœurs en 1968 sera réussi car, si l’on en croit le journaliste André Duchesne de La Presse qui s’est rendu à Saint-Ours, là où Pool tourne dans la chapelle d’un petit couvent (ce qui la change des trains et des hôtels), « Il y a quelque chose de lumineux, de constructif, de combatif dans La passion d’Augustine ». Ce Duchesne, fin limier de la critique, m’étonnera toujours ; il serait donc devenu avec le temps un visionnaire, un éclaireur ? Ce film est lumineux ? Constructif ? Combatif ? Diantre. Irons-nous le voir en salle, ou attendrons-nous qu’il passe un soir à la télé ?

    Joyeuses Pâques !

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Commentaires

Stephan 19-04-14 16h53
Proprement stupéfiant ces propos sur Les discrètes !!! Il y a 25 je suis tombé en amour de gens plein d'esprit, ouvert et chaleureux. Aujourd'hui je m'aperçois que sur la base d'un dossier de presse, un homme trop pressé de vomir ses lignes dégouline de bêtise humaine, démontre une parfaite méconnaissance et un profond irrespect de ce qu'il ne connaît pas. Sur ce site j'ai noté la présence du Conseil des arts et des Lettres du Québec. Ce dernier ferait bien de revoir les fondements de l'exercice critique de 24 images "....aussi bien dans notre rapport aux œuvres....La mise en perspective est donc fondamentale dans notre approche..." Quel rapport ce "blogger" a-t-il avec l'œuvre ? L'a-t-il visionné? A-t-il recherché une entrevue avec le créateur, réalisateur, producteur ....pour en savoir plus sur ce film comme les 2 autres. Quelle est la mise en perspective ??? Je cherche...je trouve des effets de style actuel ou la grossièreté ce confond le plus souvent avec l'ignorance afin de surfer sur la vague de l'actualité du moment... Un instant de poésie, en fait remplit d'un véritable sens devient une publicité mensongère ! "Elles font leur tapin"....ohohoh a-t-il été racolé par ces femmes!!! Non cet Érudit de la langue française fait forcément rapport à l'étymologie !!! Mais non mon bon Monsieur elles ne sont pas cachées, elles sont discrètes !!!! On voit que l'on a affaire à un professionnel: il a du blogger des heures pour paraître un monsieur de consistance et sortir le nom de Tavernier. Bien sur un petit coup bas au passage au niveau du caniveau...,un milieu que le Monsieur semble bien connaître de tout évidence !!! Oui Monsieur il faudra en fait ce signer... Au sens figuré c'est a dire en l'espèce revendiquer vos bêtises après avoir vu l'œuvre et pris 5, 10 45 minutes de votre précieuse vie de bloggeur ou rester dans votre caniveaux....persister et signer!!!
Jean-Pierre Sirois-Trahan 17-04-14 11h38
Il y a eu aussi Folle de Dieu de l'ex-philosophe-roi Jean-Daniel Lafond en 2008. À l'international, l'Assomption des petites soeurs est aussi flagrante: voir les récents films de Cristian Mungiu et Guillaume Nicloux. Enfin des amours sororales… Je vais me retaper - façon de parler - Suzanne Simonin.

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