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Robin Williams (1951-2014)
par Bruno Dequen, 2014-08-14

    Dans le très bel hommage qu’il lui a rendu, Alexandre Fontaine Rousseau évoque l’importance de Robin Williams pour toute une génération nourrie à ses comédies populaires. Il insiste en particulier sur le rire si particulier qui le caractérisait, un rire « un peu forcé mais plein d’espoir » qui reflétait « l’énergie du désespoir se déchaînant tant bien que mal pour ne pas céder à la tristesse du monde ». Il ne pourrait être plus juste. J’aimerais simplement ajouter que ce rire était également celui d’un garnement aussi inoubliable qu’inspirant. Un adulte qui utilisa jusqu’au bout les armes de l’enfance pour combattre les désillusions de la vie.

    Comme beaucoup d’entre nous, j’avais un peu oublié Robin Williams ces dernières années. Mis à part quelques contre-emplois intéressants dans les années 2000, ce géant de la comédie ne dominait plus les écrans. C’est probablement la raison pour laquelle sa courte apparition en 2012 dans un épisode de Louie, la série de Louis CK, est le premier souvenir qui m’est venu en tête lorsque j’appris la nouvelle de sa mort. Certes, le sujet de l’épisode lui-même s’y prêtait malheureusement assez bien.

    Cet épisode s’ouvre sur des funérailles. Seules deux personnes sont présentes : Louie et Robin Williams. Quelques minutes plus tard, les deux comiques se retrouvent par hasard dans un café et commencent à discuter timidement du défunt, dont ils n’étaient même pas si proches. Réalisant rapidement que ni l’un ni l’autre n’appréciaient le mort, l’hommage se transforme soudainement en défouloir caustique et jubilatoire. Afin de rendre un ultime hommage sarcastique à cet homme détesté de tous, les deux compères d’un jour se rendent dans le club de danseuses préféré du défunt, pour découvrir rapidement que sa mort y provoque une onde de choc émotionnel sans précédent. À peine sortis du club, Louie et Robin éclatent de rire et se promettent que le dernier à mourir ira aux funérailles de l’autre…

    Outre cette scène finale qui conservera longtemps un goût amer, l’épisode parvient à synthétiser parfaitement le charisme si particulier de Robin Williams. Il suffisait d’une simple allumette pour que cet homme si ordinaire déchaine un talent comique aussi vaste qu’insoupçonné. Imitations, blagues, monologues débités à rythme infernal, humour scatologique et enfantin… Robin Williams pouvait tout faire. En comédie, la démesure était son royaume. Sa méthode était aux antipodes de celle de son contemporain Bill Murray, avec qui il partageait pourtant une même identité de clown triste et une même propension à l’humour cynique. Si Murray ne se départit presque jamais de son attitude pince-sans-rire, Williams ne connaît que l’explosion d’énergie pure. Il est l’enfant incontrôlable, l’adolescent qui va trop loin, le gamin qui ne sait jamais quand s’arrêter. Robin Williams a toujours su que l’humour était le seul domaine dans lequel une attitude totalement anarchique pouvait encore être tolérée, et il en profita comme personne.

    La force singulière de Robin Williams résidait dans le rire aussi timide que malicieux qui portait ses performances plus grandes que nature. Un rire qui nous invitait à faire partie du gag, à rire avec lui. C’est justement ce rire qui illumine le visage de Robin Williams dans Louie dès qu’il réalise qu’il peut se moquer sans vergogne d’un défunt. Dans ces cas-là, son visage devenait subitement celui d’un garnement génial parfaitement conscient que la peur de la mort et les démons intérieurs ne peuvent se combattre que par l’humour transgressif et excessif. Pouvoir se moquer de la vie pour être capable de l’affronter. Bien sûr, il y avait toujours ce regard intense et espiègle, qui ne pouvait empêcher de laisser s’échapper des reflets d’une profonde mélancolie. Dans la vie, ce regard a finalement sombré. Mais c’est le rire du garnement que nous garderons en mémoire.

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