Blogue
Cinéastes invités
image
Carte postale: regards sur le réalisme suicidaire en Alberta
par Matthew Rankin, 2014-09-12

1.) J’ai eu le grand honneur de passer le mois d’août dernier dans l’obscurité bitumineuse d’Edmonton dans le cadre d’une residence de cinéaste au Film & Video Arts Centre en Alberta. Puisque j’ai eu l’étrange possibilité d’assister à une cérémonie d’inauguration pour le nouvel Institut pour l’insémination artificielle Harper-Couillard, j’ai pensé me mettre dans l'ambiance et vous parler d’un de mes albertains favoris: Trevor Anderson.

 

 

2.) Au Québec, on résiste rarement à la tentation de considérer la pétrocratie conservatrice albertaine comme un état ennemi; son nom évoquant – et avec raison – l’incarnation de notre antithèse socio-politique. J’aurais été ravi d’abonder dans le sens de ce mépris pour l’Alberta, sans jamais me remettre en question, n’eut été de la campagne incessante de mon ami Ian Jaquier. Pour une raison bizarre, ce documentariste québécois né en Suisse est un Albertophile passionné. Même s’il n’a jamais mis le pied au “pays de la rose sauvage”, Ian fait montre d’une passion quasi-incontrôlable pour la culture albertaine, pimentant ses conversations, sans en avoir l’air, de longues citations romantiques de W.O. Mitchell, Nancy Huston ou Wayne Gretzky. C’est lors d’un des “salons albertains” d’Ian, il y a quelques années, que j’ai pu découvrir pour la première fois les courts visionnaires de Trevor Anderson, une des étoiles les plus brillantes de la cinématographie d’Edmonton.

3.) Trevor realise des documentaires hybrides extrêmement personnels, morbidement drôles, nés d’une alchimie fort singulière. Ses films sont très drôles et divertissants, souvent traversés d’éclats camp aussi magiques que brillants. Mais son travail traduit aussi une dimension beaucoup plus sombre. Trevor s’intéresse à nos élans autodestructeurs et derrière ses fresques comiques et son ironie à point surgit également quelque chose de beaucoup plus triste et solitaire. Bien sûr, cela me parle en tant que Winnipegois, puisque la solitude est l’émotion nationale du Manitoba.