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Annecy jour 6 : En route pour le cosmos...
par Nicolas Thys, 2015-06-23

     Le palmarès du festival est désormais connu et nous avons quitté Annecy sur des courts métrages et une exposition autour de Claire Parker et Alexandre Alexeïeff au Musée-Château d'Annecy. Et c’est le moment de revenir sur tout cela et sur le Cristal du court métrage dont nous n’avons pas encore parlé.

     Difficile de faire l’impasse sur l’écran d’épingles, objet mythique du cinéma utilisé uniquement pour le moment par le duo cité ci-dessus, Jacques Drouin et Michèle Lemieux, tant il a pris une grande place cette année au festival. La dernière exposition autour du couple Alexeïeff-Parker remontait il y a 40 ans dans la cité savoyarde et il était temps de lui rendre hommage puisque, début 2015, la fille d’Alexeïeff, Svetlana Alexeïeff Rockwell, est décédée à l’âge de 91 ans, et à la même période, les Archives françaises du film du CNC finissaient la restauration de l’épinette. Cet écran, construit par les deux cinéastes d’animation en 1977 et acquis par le CNC en 2012, pourra donc bientôt être utilisé par un autre réalisateur. Pour l’occasion, un atelier était monté afin de permettre à une dizaine d’animateurs d’utiliser l’appareil et, peut-être, de l’apprivoiser. Le résultat des trois jours de formation, montré à l’exposition, est plutôt convaincant.

     Quid de l’exposition en elle-même ? Ouverte jusqu’au 5 octobre, elle retrace le parcours d’Alexeïeff et de Parker à l’aide d’un grand nombre de documents, films et non-films, qui présentent l’essentiel des travaux du duo, leurs influences et leurs successeurs. Outre l’écran d’épingles, l’exposition s’intéresse à leur période « totalisante ». À partir de 1951, assistés de Georges Violet, ils ont cherché à réaliser des films à partir du mouvement de poids suspendus dont les trajectoires complexes sont captées et enregistrées en longues pauses par la caméra. Puis, en avançant au gré des archives, on entre petit à petit dans leur vie artistique et personnelle jusqu’au décès de Claire Parker (avec cet étrange et morbide agenda ouvert à la page du 3 octobre 1981 et où est indiqué au stylo rouge « Claire meurt ») et au suicide de son compagnon quelques mois plus tard. S’ensuit une salle où on pourra découvrir les expérimentations de Drouin, Lemieux et de travaux pouvant être rattachés aux deux artistes comme ceux de Florence Miailhe.

     Mais revenons dans les salles, côté courts. Le cinquième programme était pour le moins déconcertant et délirant, d’où notre appellation What the fuck ?! qui n’a rien de péjoratif mais qui pose simplement les questions du : « Mes yeux ne sont-ils pas en train de délirer ? ». On attribuera un prix Pastafarite au merveilleux film japonais The Night of the Naporitan de Yusuke Sakamoto, qui aurait tout à fait sa place chez Spike and Mike, dans lequel un bonhomme en nouilles sautées au ketchup dévore une famille avant de prendre conscience de son acte. Avec La Maison de l’inconscient et Limbo Limbo Travel, Pritt Tender, ainsi que Zsuzsanna Kreif et Borbála Zetenyi, n’étaient pas loin non plus dans le n’importe quoi. On pourra regarder ces films avec plaisir, et ensuite imaginer Bonlieu comme un nouveau genre d’hôpital psychiatrique ! A côté de ces trois-là, Dissonance de Till Novak, un vrai film sur la folie, parait bien normal, et le très inventif Sexy Laundry d’Izabela Plucinska plutôt soft ! Mais, pour notre prix spécial Maple Leaf (ou Justin Bridoux selon les pays), on se tournera vers le programme 4 et le fameux Tranche de campagne d’Hanna Letaïf où, avec un graphisme épuré et efficace et quelques moments colorés, un cochon accompagné d’un coq dépèce une femme dans un champ pour la dévorer sous les yeux d’un porcelet qui finira sûrement végétarien. Miam !

     À propos du programme 4 justement, on retiendra quelques films. Toute en métamorphoses oniriques et à l’aide d’esquisses qui rappellent parfois les mouvements des personnages Disney, Guida, de la Brésilienne Rosana Urbes, s’intéresse à la beauté et la sensualité du corps âgé. Paul Bush revient quant à lui sur un film muséal. Dans The Five Minutes Museum, il anime, à partir de deux formes récurrentes de l’artisanat depuis l’âge de bronze, soit le cercle et le trait, l’histoire de l’homme à travers certains principaux objets, motifs et récits qu’il a créés. La Française Sarah van den Boom présentait une coproduction entre Papy 3D et l’ONF. Après Novecento pianiste et La Femme squelette, elle revient sur la question du manque et de l’absence de l’autre dans Dans les eaux profondes, un film qui se situe dans un entre-deux, entre fiction et documentaire, entre dessin animé et volume, pour présenter les récits fragmentés d’individus qui ont perdu leur jumeau au cours de la grossesse de leur mère et qui en souffrent, même inconsciemment, toute leur vie.

     Le grand prix d’Annecy, We Can’t Live Without Cosmos du Russe Konstantin Bronzit, figurait parmi cette sélection. Bronzit était déjà connu pour son film Au bout du monde, qui remporta plus de 70 prix voici maintenant 17 ans. Et, même si on pourra discuter de sa pertinence en tant que « meilleur film », il ne démérite pas. Le scénario est simple : une histoire d’am... entre deux cosmonautes dont l’un va s’envoler et l’autre pas totalement. Le récit, certes linéaire mais pourvu de fils conducteurs discrets et intéressants à l’image du livre, des numéros ou des couleurs, fait l’économie de la parole pour s’illustrer par une excellente mise en scène. Celle-ci reprend certains codes de la prise de vues réelles comme d’autres spécifiques à l’animation pour produire une œuvre maîtrisée d’un bout à l’autre. De manière plus ludique, on va bientôt pouvoir s’amuser à comparer l’utilisation de Time, Forward de Sviridov dans le cinéma de court métrage puisque ces dernières années on avait pu entendre le même thème dans Tower Bawher de Theodore Ushev et The Heart of the World de Guy Maddin.

     On vous laisse avec le palmarès. Et on reviendra l’année prochaine...

Cristal du court métrage : We Can’t Live Without Cosmos de KONSTANTIN BRONZIT, Russie

Prix du jury : Isand (The Master) de RIHO UNT, Estonie

Prix « Jean-Luc Xiberras » de la première œuvre : Guida de ROSANA URBES, Brésil

Mention du jury et Prix du public : World of Tomorrow de DON HERTZFELDT, États-Unis

Prix du film « Off-Limits » : Mynarski chute mortelle de MATTHEW RANKIN, Québec

Cristal du film de fin d’études : My Dad de MARCUS ARMITAGE, Royaume-Uni

Prix du jury du film de fin d’études : Edmond de NINA GANTZ, Royaume-Uni

Mention du jury du film de fin d’études : Brume, cailloux et métaphysique de LISA MATUSZAK, France

Cristal pour une production TV : Hello World! « Long-Eared Owl » d’ÉRIC SERRE, France

Prix du jury pour une série TV : Rita og Krokodille « Fisketuren » de SIRI MELCHIOR, Danemark, Royaume-Uni

Prix du jury pour un special TV : La Moufle de CLÉMENTINE ROBACH, Belgique, France

Cristal pour un film de commande : Rotary "Fateline" de SURESH ERIYAT, Inde

Cristal du long métrage : Avril et le Monde truqué de FRANCK EKINCI, CHRISTIAN DESMARES, France

Prix du jury : Sarusuberi : Miss Hokusai de KEIICHI HARA, Japon

Prix du public : Tout en haut du monde de RÉMI CHAYÉ, Danemark, France

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