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Un cabinet des curiosités
par Ian Lagarde, 2015-11-04

    J’ai longtemps collectionné le Weekly World News, un vrai torchon, tout ce qu’il y a de plus grossier, abrutissant et déconnecté. J’adorais : Bat-Boy enlevé par les extra-terrestres !! Puis non : Bat-boy EST un extra-terrestre !! Ou BIGFOOT était le maître sexuel de Hillary! En grosses lettres connes.

    C’est devenu redondant et j’ai arrêté de le collectionner, mais le journal a persisté jusqu’en 2007, puis s’est informatisé pour n’exister que sur le web.

http://weeklyworldnews.com/headlines/54965/bat-boy-will-be-the-next-pope/

http://weeklyworldnews.com/archive/

    Avec internet, entretenir une fascination pour les faits divers est très facile, voire dangereux (pour la concentration sur des « vraies choses », du moins). J’essaie donc de m’intéresser à des des fournisseurs de contenu un peu plus édifiants, dont je vous propose un échantillon, ici.

    Appelons ça des pistes d’inspiration.

 

This American Life
    J’ai découvert les podcasts assez tardivement, mais je n’ai pas lâché depuis.

    Le nom du podcast que j’écoute le plus souvent, This American Life, peut être un peu rebutant, mais il s’agit d’une des séries les plus captivantes et diversifiées que j’aie eu l’occasion d’écouter (bien plus intéressante, à mon sens, que l’ultra populaire Serial, produite par les mêmes personnes).

    Il s’agit tout simplement de tranches de vies américaines, racontées par des animateurs habiles et curieux.

    Cet épisode, Cars, se déroule dans un concessionnaire d’auto usagées du New Jersey. C’est sûrement le seul podcast qui m’ait fait suer par excès d’adrénaline (j’exagère un peu, et j’étais sûrement en train de faire semblant d’être en forme sur une machine dans un quelconque gym.).

    Celui-ci, Batman, raconte comment un non-voyant, réussit à réellement voir, en claquant sa langue. Il aurait développé, comme le feraient instinctivement plusieurs non-voyants, une forme humaine d’écholocation.

 

Louis Theroux

   Journaliste britannique, Louis Theroux s’est fait connaître avec TV Nation et Michael Moore (qu’il a rapidement surpassé, à mon sens)

    Sa personnalité un peu clownesque l’a suivi dans une série subséquente, Weird Weekends, où il infiltrait des groupes marginaux, parfois loufoques, parfois épeurants. Ses reportages finissaient toujours sur un ton assez humoristique, mais réussisaient toujours à révéler l’humanité de leurs sujets.

Louis chez les lutteurs (« Didn’t you do any research before starting this ? – No »)

Louis dans l’industrie de la porno

    Un de ses reportages les plus connus, sur la bande de la Westboro Baptist Church, ces fanatiques religieux qui manifestent un peu partout aux États-Unis en brandissant des pancartes absurdément haineuses (et dont l’homophobie militante est assez spectaculaire), trouve le moyen d’accorder une part d’humanité à ce foutoir idéologique.

    Depuis quelques années, il explore des sujets carrément sérieux. Comme ici, sur le système de prisons américaines.

    C’est du reportage, ça frise parfois le magazine et c’est loin du documentaire d’auteur, mais j’ai l’impression de voir, de comprendre et d’apprendre beaucoup plus avec lui qu’en me faisant sermonner par un documentariste qui passe une heure et demie à trahir son sujet principal, en le ridiculisant éthiquement.


Final exit statements
    En travaillant à la recherche pour mon premier court financé, Vent Solaire, je suis tombé sur les vidéos plus bas. Le film s’inspirait directement des derniers jours de la secte Heaven’s Gate, dont le suicide collectif avait fait 39 victimes. J’ai toujours été fasciné par les sectes et l’abandon dont pouvait faire preuve des gens intelligents et sensibles. La force du désir d’appartenance, l’effet de groupe, etc.

Ici, j’étais surtout intéressé par le moment où deux d’entre eux sont allés acheter les « uniformes de départ », des ensembles de jogging adidas et des souliers nike tout neufs. De quoi avait bien pu avoir l’air cette séance de magasinage?

« Do » ou Marshall Applewhite, un des deux gourous, castrés chimiquement.

    Les témoignages de certains étudiants, avant leur départ. Il serait trop facile de les voir comme des gens à l’intelligence inférieure, mais Il m’apparaît évident que ces gens sont intelligents, à la base. C’est une extrême vulnérabilité qui les aura mis dans cette position, où dire qu’il ne s’agit pas d’un suicide, mais bien d’un « transfert » vers un niveau au-delà de l’humanité. On le voit dans leurs yeux, la croyance ou le credo ressemblent  plus à un prétexte pour se trouver une famille, un groupe auquel appartenir, qu’un réel désir d’en finir.

    Petite mise en contexte, assez trash, de ABC news

    Et ceux-ci, les plus difficiles à regarder. À la fois parce qu’on se dit que c’est tellement exagéré, tellement farfelu, que ça ne peut être vrai, mais aussi parce qu’on connaît la suite et qu’il est impossible de ne pas être troublé par le regard de ces « étudiants », apparemment articulés mais complètement lessivés du cerveau.

 

Sur Papier
    Pour ceux d’entre vous qui lisez encore sur papier (yé), voici quelques recommendations de livres assez inoffensifs, très faciles à lire, parfaits pour la salle de bain (c’est un compliment).

    Elephants on Acid and other bizarre experiments. Comme le titre le dit, c’est un répertoire des expériences les plus étranges que l’auteur ait pu trouver. On y passe d’expériences où l’on administrait du LSD à des éléphants (qui finirent par en mourir), aux expériences du Docteur Penfield, dont les méthodes choquaient à l’époque et choquent toujours à la lecture, en passant par l’expérience d’obéissance hyper connue de Stanley Milgram (où des gens administraient des chocs électriques à des inconnus jusqu’à les « tuer »).

Une sélection des « meilleures expériences » sur un site au graphisme suuubliiime


    Dans la même veine que Louis Theroux, Jon Ronson est britannique et propose des reportages un peu gonzo, où il se met en scène, avec tous ses travers, son humour et ses jugements (c’est là où les deux se distinguent).

    Deux de ses livres me semblent valoir le détour :

The psychopath test, où il s’interroge sur la définition clinique du psychopathe, sur les difficultés concrètes à diagnostiquer cette condition et sur la prévalence de psychopathes dans les milieux à haute performance (polices, pompiers, chefs d’entreprises,…)

The men who stare at goats, qui est beaucoup plus drôle et complexe que son adaptation cinématographique du même nom


    J’aurais une tonne d’autres curiosités à partager, mais je dois recommencer à faire semblant de travailler.

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