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Cannes 2016 : Tavernier + Assayas
par Jacques Kermabon, 2016-05-18

Cinémas français

Par Jacques Kermabon

 

Une standing ovation a salué Bertrand Tavernier pour la première présentation de son Voyage à travers le cinéma français dans la section Cannes Classics, en présence des deux frères Seydoux, Jérôme et Nicolas, respectivement patrons de Pathé et de Gaumont, deux sociétés associés à cette coproduction.

Ce parcours de plus de trois heures relève d’abord du témoignage personnel, une sorte d’autobiographie filmée à l’aune de la découverte du cinéma français par Tavernier : les émois initiaux de l’enfance, les premiers chocs cinéphiliques, les rencontres avec d’autres passionnés, la Cinémathèque française, les débuts dans la profession d’abord comme assistant puis comme attaché de presse. Chaque étape offre l’occasion d’ouvrir un chapitre, dont l’enchaînement procède par associations : Jacques Becker, Jean Renoir, Eddie Constantine, Maurice Jaubert, Joseph Kosma, Marcel Carné, Jean Gabin, Edmond T. Gréville, Jean-Pierre Melville, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Sautet…

Les engouements de Tavernier croisent à la fois des auteurs reconnus et des valeurs moins partagées. De l’une à l’autre partie les tons diffèrent et mêlent des moments où on voit Tavernier s’exprimer, des archives et des extraits soigneusement choisis et commentés avec la passion communicative qui est la sienne.

Au  terme du film, bercé par ces découvertes – Le Garçon sauvage, de Jean Delannoy, l’influence d’Orson Welles sur un Lemmy Caution mis en scène par Jean Sacha… – et par tant de souvenirs brassés et éclairés parfois d’un jour nouveau, on en redemanderait. D’autant que Tavernier arrête son parcours biographique alors qu’il n’est encore qu’attaché de presse. Il nous raconte que c’est à lui qu’on doit le fameux article de Louis Aragon sur Pierrot le fou. L’écrivain avait été hébergé pendant la guerre par le père du réalisateur, René Tavernier, poète, philosophe, éditeur, et a accepté de venir découvrir le film de Godard en souvenir des ces moments passés à Lyon.

Heureusement, un carton final annonce une suite avec une liste de cinéastes qui nous semblaient effectivement cruellement manquer. Il se dit qu’existe une version de près de neuf heures destinée à une diffusion télévisuelle. Nous l’attendons avec impatience.

Est-ce que dans une cinquantaine d’années un nouveau Tavernier, tentant de nouveau se saisir la quintessence du cinéma français, se souviendra de Personal Shopper, d’Olivier Assayas ? Nous n’en ferons pas le pari. Tourné entièrement en anglais, entre plusieurs villes européennes, dont Paris, le film confirme le talent de Kristen Stewart – elle est de tous les plans et souvent seule – et aussi que les dialogues avec l’au-delà se révèlent limités quand les esprits ne peuvent répondre que par oui ou par non en frappant un ou deux coups.

Personal Shopper est le premier film de la sélection, jusque là de très haute tenue, à avoir été hué en projection de presse. Nous n’étions pas de ceux là, mais le cœur y était.

Jacques Kermabon

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