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Leonard
par Raphaël Ouellet, 2016-11-11

    Permettez-moi pour mon premier post sur ce blogue de commettre l’irréparable.

    D’ajouter une voix de plus à ce flot incessant d’inconnus qui pleurent le départ d’un des grands artistes que la planète ait connu. Jusque là ça va encore. L’irréparable puisque je ramènerai cette perte sur ma propre personne. Au final, il n’y a à peu près rien de plus gossant que les gens qui se battent pour savoir qui est le plus triste.

    Je me dois d’être honnête. J’ai pris connaissance de l’œuvre de Cohen trop tard. Bien sûr, je connaissais la légende, mais son travail réel n’avait jamais résonné en moi comme son album You Want it Darker l’a fait dans les dernières semaines. Je n’ai pas frenché pour la première fois sur Suzanne, tout comme son œuvre n’a pas bercé ma vie. Je ne ressens pas la légitimité d’une tristesse de la perte d’un artiste, tout aussi important soit-il, que j’ai connu dans le dernier mois.

    Dans une certaine mesure, ce que je ressens, c’est la peine d’avoir échoué en tant qu’artiste. En tant que photographe et en tant que portraitiste. Je crois que le but de tout portraitiste éditorial est de documenter la société dans laquelle on vit à travers les gens qui la compose. Qu’après 30 ans, on regarde son travail et qu’on puisse connaître avec une justesse, que peu de médium offrent réellement, ce que la société était à telle ou telle époque. J’ai connu l’homme avant l’œuvre. J’ai connu la légende avant son propre travail. En juin 2009, l’organisation "Applied Arts" basée à Toronto a remis les prix aux meilleures photographies canadiennes en publiant en une du magazine une photo de M. Cohen prise par Chris Wood. Ce fut mon premier contact avec lui. Ses yeux, complètement noirs sous l’ombre créée par son désormais célèbre chapeau m’ont intrigué. C’est à ce moment que je me suis dit que je me devais de le photographier. Qu’un jour, le moment se présenterait sans doute de lui-même et que j’aurais l’occasion de rajouter ce visage, mais surtout cette histoire à ma collection.

    Mon deuxième contact fut à la découverte de son dernier album You Want it Darker. Quand j’ai vu la photo de couverture de la pochette, sans trop me l’expliquer je me suis dis que j’aurais aimé la prendre. Qu’il fallait bien que je me dépêche si je voulais bien un jour immortaliser l’immortel.

    Le portraitiste en moi a donc échoué. Si dans 30 ans je finis par publier une rétrospective de mon travail, qui devrait montrer mon regard de ceux qui ont façonné la société dans laquelle je vis à leurs manières, il y aura une grande page noire. Tout en bas il y sera inscrit « Leonard Cohen, que je n’aurai jamais réussi à photographier ».

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