Blogue
Animation
image
Animateka 2016 - Jour 6 : une fin en apothéose !
par Nicolas Thys, 2016-12-10

En ce dernier jour d’Animateka, avant l’annonce du palmarès, nous nous sommes rendus à la carte blanche préparée par Sarah Saidan, membre du jury de cette édition 2016. Outre Beach flag, son premier court-métrage professionnel multi-primé et ses films étudiants, dont le très joli Quand le chat est là en papier découpé, elle a choisi quelques classiques dont Le Conte des contes de Iouri Norstein. Projeté en 35mm. Et quelle différence ! Alors que cela aurait pu être un visionnage supplémentaire d’un film archiconnu, c’était en fait une vraie découverte, comme une première fois. Ceux qui ont grandi avec des VHS, Youtube ou des projections numériques, ou qui ne comprennent pas l’attrait de la pellicule, auraient dû assister à cette séance. Tout y apparaissait différent : les textures, les rendus, la matière même du film, des gouttes d’eau qui pleurent sur des feuilles peintes aux éclairages projetés si différents des lumières dessinées, et puis ce papier découpé dont on percevait d’autant mieux les couches et les mouvements. Et, même si cette œuvre restera toujours somptueuse et fragile, il est impossible de ne pas trouver appauvrie toute restauration numérique, aplatie, modifiée, standardisée, qui gomme ce qui dépasse et ce qui fait la grandeur du film de Norstein.

Ce qu’on nous a offert ici (mille millions de merci à la Kinoteka) c’est un peu ce qu’on devrait attendre de toute rétrospective : la possibilité découvrir le film tel qu’il était à l’origine.

Le festival nous a également donné la possibilité, entre deux émerveillements et promenades dans les musées de la ville (mention particulière au musée d’art contemporain), de découvrir le nouveau film de Špela Čadež, Nighthawk. Rien à voir avec Edward Hopper même si l’alcool est au centre de ce voyage hypnotique qui, ces trois derniers mois, a déjà raflé plusieurs prix et nominations, la prochaine étant Sundance. Que ceux qui se souviennent de Boles, le précédent court-métrage de la cinéaste slovène, oublie ce qu’ils connaissent. Ici l’univers est sombre, en papier découpé et plutôt incongru puisqu’il s’agit d’un trip visuel dans lequel un blaireau bourré vole une voiture de police et slalome sur une route de campagne la nuit. L’ensemble est envoutant et surréaliste avec un scénario aussi simple que l’atmosphère est agréablement inconfortable et ténébreuse !

Enfin, il est difficile de ne pas parler encore de la compétition étudiante qui était d’un très bon cru avec un quatrième volet une fois encore réussi. La présence polonaise était encore forte avec quatre films qui méritaient leur place en compétition. On en retiendra deux. Avec Schroedinger’s dog, Natalia Krawczuk parle à la fois du couple, de sa fragilité et d’une histoire de chien parti dans l’espace, disparu mais pas vraiment. Son trait, aussi fin et décalé que le propos trouve l’humour là où il aurait été facile de tomber dans le pathos. Et, dans une étonnante animation de sel, Fury, Paulina Wyrt joue sur les frontières entre documentaire et animation poétique en montrant un cheval de trait à la campagne dans l’esquisse d’un moment et d’un mouvement tous deux éphémères. On a enfin pu voir le film qui avait remporté la compétition à Annecy, Depart at 22 de Wiep Teeuwisse, une jolie réflexion sur le vieillissement et la beauté qui s’efface dans une animation muette qui alterne un mouvement fébrile des lignes du corps extérieur avec des formes plus affirmées de l’intérieur du corps. L’ensemble ne cesse de vibrer, de se modifier, d’alimenter la peur du personnage principal. Difficile enfin de ne pas revenir sur le singulier, hallucinatoire et minimaliste (lire : truc de drogué) Rrring, rrring ! de Thomas Kneffel, qui réalise un court-métrage sans queue ni tête et esthétiquement proche de la bande-dessinée, sur un homme qui a des difficultés à finir des conversations téléphoniques… ! Cette joyeuse épopée s’est terminée sur un Happy end. Le film de Jan Saska, qu’on avait déjà vu à Cannes, n’en finit pas d’accumuler nomination et prix. La raison : une simplicité de style auquel se joint un scénario renversé rempli d’humour noir !

Les films étudiants étaient également à l’honneur dans un programme de films érotiques qui couvrait ces deux dernières années d’animation. On en retiendra un, encore une fois venu de Pologne - qui semble envahir l’animation : Pussy de Renata Gąsiorowska. Sélectionné lui aussi à Sundance, il raconte avec quelques traits colorés et une épure qui convient parfaitement au récit, l’histoire d’une femme qui peine à se masturber tranquillement jusqu’au moment où son vagin s’échappe et l’amène dans un déferlement d’agréables sensations le tout dans un film très drôle aux métamorphoses enfantines et joyeuses !

 

Maintenant place au palmarès qu’il est inutile, comme tous les palmarès, de commenter car il est totalement dépendant d’un jury. Nous remarquerons juste que ce dernier a très logiquement choisi des films qui lui ressemblent dans leur mention spéciale. Tous les cinq ont ensuite élu le mélancolique Black dont nous disions le plus grand bien dans notre papier précédent. Aucun membre du jury ne faisait d’animation en volume et c’est également la grande absente de ces prix.

 

Grand Prix du Jury :

Czern / Black de Tomasz Popakul, Pologne/Japon, 2016.

 

Meilleur court-métrage étudiant européen :

Happy End de Jan Saska (FAMU Praga), République Tchèque, 2015.

 

Prix du public :

Nočna ptica / Nighthawk de Špela Čadež, Slovenie/Croatie, 2016.

  

Meilleur film pour enfant :

Scent of Geranium de Naghmeh Farzaneh, USA, 2016.

 

Mentions spéciales du jury :

  • Sarah Saidan:

Figury niemozliwe i inne historie II / Impossible Figures And Other Stories II de Marta Pajek, Pologne, 2016.

  • Paul Bush:

Dota de Petra Zlonoga, Croatie, 2016.

  • Chris Landreth:

Planemo de Veljko Popović, Croatia, 2015.

  • Joni Männistö:

Nočna ptica / Nighthawk de Špela Čadež, Slovenia, Croatia, 2016.

  • Mauro Carraro:

Grad duhova / Ghost Town de Marko Dješka, Croatia, 2016.

 

Mention spéciale pour un film étudiant :

Giggino o’bello de Victoria Musci (La Poudriere), France, 2015.

suggestions

Aucune Suggestion

Votre Commentaire