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Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand 2017 (4/4)
par Nicolas Thys, 2017-02-15

     Alors que le palmarès du 39ème festival de Clermont-Ferrand vient d’être révélé, ne laissant que peu place à l’animation dans les prix principaux, il est temps d’aller faire un tour du côté des films internationaux. Le premier constat qu’on peut faire concerne la diversité des styles, toujours présente et de bon augure puisque du dessin traditionnel à l’animation en volume, en passant par les formes hybrides, l’animation sur ordinateur, la peinture ou le collage animé, ces formes ne disparaissent pas et cohabitent encore sans difficulté.

 

     Cette année si un thème réunissait certains des courts-métrages d'animation internationaux, c’est peut-être celui de l’eau qui a été abordé dans trois des films les plus singuliers et surprenant. D’abord, avec Antarctica, issu de la KASK School of arts de Gand, Jeroen Ceulebrouk propose un court-métrage tout en simplicité et doté d’un scénario bien mené – le point noir de nombreux films de fin d’études – et d’une réalisation intéressante, notamment dans son utilisation du format scope, dont on se sert assez peu dans le court animé, qui capte toute la blancheur des extérieurs et insiste sur l’isolement en intérieur. Tiré du récit d’une expédition polaire, il relate les aventures de plusieurs marins prisonniers en antarctique et de leur tentative pour en repartir sains et saufs. Même si on perçoit de manière lointaine quelques points communs dans l’histoire avec Tout en haut du monde, on en reste loin, notamment d’un point de vue graphique puisque le réalisateur travaille beaucoup sur les différentes textures et accentue les traits au détriment d’une animation plus « gelée » mais qui convient plutôt bien à l’atmosphère générale.

     Autre film de fin d’étude : le coréen Mu-jeo-gaeng (Throttled - Etranglé) de Kim Ji-hyeon, qu’on a pu voir dans le programme des réalisations contemporaines de la KAFA. Il est à l’opposé du précédent ; sombre, pervers et dérangeant, ce film d’horreur s’inspire et revisite quelques mythes, comme celui de la sirène, en les déformant à outrance. L’eau n’est plus un décor naturel mais cet espace noirâtre pourvoyeur de sirènes à queue de pieuvre et dont le bec servira de sexe à l’humain qui l’attrape dans ses filets. S’ensuit une histoire étrange d’adoration de la bête pour ce pêcheur qui deviendra plus bestial que l’animal. Dans ce film à l’esthétique anime/manhwa, tout transpire la laideur : les personnages du marchés à l’allure de monstre, les couleurs inversées ou le viol de la bête mais aussi cette animation volontairement limitée et ces plans lointains, indistincts, comme inachevés. L’esthétique sied parfaitement à l’histoire, et on peut se demander si la réalisatrice ne pourrait pas d’ici peu prendre la relève de Yeon Sang-ho !

     Enfin, on revient à une esthétique en noir et blanc plus calme avec Sredi cheornyh voln (Among the black wavesParmi les vagues noires) d’Anna Budanova, prix spécial du jury à Annecy en 2012 pour Obida. Son nouveau film est inspiré d’une légende celte et trouve des échos dans certains mythes Nordiques dans lesquels les âmes des noyés deviennent en partie des animaux marins. Dans un univers de glace, un chasseur récupère la peau d’une femme-phoque – nouvelle réminiscence de sirène – qui devient son épouse et mère d’un enfant mais l’océan lui manque d’autant plus qu’elle ne cherchait pas à être tirée delà où elle vivait. Contrairement à ce qu’on entend souvent, ce n’est pas le récit qui prime sur la technique pour la cinéaste mais des recherches graphiques préliminaires au fusain et une envie d’animer certaines textures qui l’ont poussée à choisir ce conte. Cela se ressent tant la puissance visuelle de son court-métrage est forte, ancrée dans un univers où la blancheur apaisante va sans cesse de pair avec l’obscurité du récit et où rien ne semble pouvoir exister d’autre que ces couches pleines et vides, brutes et sans profondeur, qui construisent un paysage et des âmes tourmentés.

 

     Tout en noir et blanc encore (et bien plus noir que blanc), la sélection nous a permis de découvrir Wyjde z siebie (A côté de soi), film de fin d’études de la polonaise Karolina Specht issue de l’école de Łódź. Le dispositif est simple : un fond noir, deux personnages assis sur un canapé dont on ne distingue que des lignes, souvent courbes, toujours blanches. Et une discussion sans mots avec quelque chose d’étrange qui se passe : lorsqu’il boit, l’homme semble se dédoubler au niveau du visage. Le film pense l’idée de couple dans son rapport à l’imaginaire et au réel à l’aide de formes géométriques simples, d’éléments symétriques et d’un jeu ambigu sur la dualité, la répétition et l’opposition des mouvements, notamment ceux de la tête. Lorsqu’on quitte ces visages, c’est d’ailleurs pour se retrouver sur un téléphone du même ordre à voir des photos qui semblent toute rejouer ce même système mathématique. L’ensemble est rythmé par des bruitages minimaux mais suffisamment expressifs pour ne pas avoir à en rajouter. Comme quoi, le minimalisme en animation est souvent efficace.

     A côté de ceux-là, on aurait pu parler du film de Jac Clinch, The Alan dimension, encore un film de fin d’études mais issus de la NFTS en Grande-Bretagne. Plutôt bien écrit et réalisé, le problème vient de ce qu’il ressemble assez fort à certains autres films de cette école vus ces dernières années. Sa forme hybride et son scénario mi réaliste, mi fantaisiste frisant le tragicomique le rapproche notamment de Wrong End of the Stick de Terri Matthews. L’école produit d’excellents courts-métrages, ce serait dommage que cela aboutisse à un certain formatage des films voire des esprits.

 

     Au final, dans l’ensemble Clermont-Ferrand disposait encore une fois d’une jolie sélection que ce soit en live ou animation, en expérimental ou en documentaire. On reste néanmoins étonné – mais peut-être ces films n’ont-ils même pas été envoyés – de l’absence de certaines écoles plutôt bien représentées les années précédentes comme la Royal Academy of Arts ou la Geidai.

 

     Voilà enfin le palmarès – nous ne reprenons que les prix principaux :

     Palmarès international

Grand Prix : Dekalb Elementary (École primaire Dekalb), de Reed Van Dyk, États-Unis

Prix Spécial du Jury : Home (Chez nous), de Daniel Mulloy, Kosovo, Royaume-Uni

Prix du Public : Como Yo Te Amo (Comme je t’aime), de Fernando García-Ruiz Rubio, Espagne

Prix du meilleur film d’animation : Cipka (Minou), de Renata Gasiorowska, Pologne

Prix du meilleur film documentaire : Estilhaços (Fragments), de José Miguel Ribeiro, Portugal

 

     Palmarès Labo

Grand Prix : Green Screen Gringo (Gringo l’incruste), de Douwe Dijkstra, Pays-Bas

Prix Spécial du Jury et Prix du Public : Hopptomet (Le grand plongeoir), de Maximilien van Aertryck et Axel Danielson, Suède

Prix CANAL+ : Play Boys, de Vincent Lynen, Belgique

Prix Festivals Connexion – Région Auvergne-Rhône-Alpes : Time Rodent (Le rongeur du temps), de Ondrej Svadlena, France, République Tchèque

 

     Palmarès National

Grand Prix : Le film de l’été, d’Emmanuel Marre, France, Belgique

Prix Spécial du Jury : Féfé Limbé, de Julien Silloray, France, Guadeloupe

Prix du Public : Panthéon Discount, de Stéphan Castang

Prix du meilleur film d’animation francophone (S.A.C.D.) : Totems, de Paul Jadoul, France, Belgique

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