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La fois où j’ai appris à dire ACTION sur le coin de ma rue à Parc-Ex
par Emilie Mannering, 2017-03-08

J’ai longtemps eu envie de faire du cinéma. Mais j’sais pas pourquoi, j’y croyais pas vraiment et j’ai choisi d’emprunter une autre route au CEGEP et à l’université où j’ai expérimenté avec différents médiums, sans jamais vraiment savoir ce que j’attendais de la vie. À trente ans, après une douloureuse rupture amoureuse et l’inévitable remise en question qui l’accompagne,  j’ai finalement écrit et réalisé mon premier film, STAR. C’est lors du premier jour de tournage qu’on m’a appris quand dire «ACTION», c’est lors de la première journée de montage que j’ai compris qu’une erreur de mise en scène ne se corrige pas avec photoshop et c’est lors de la première représentation devant le public que j’ai réalisé que même si tout ce processus demande encore plus de force et d’énergie qu’une peine d’amour, ben j’y étais dorénavant accrochée et dépendante.

Quand Apolline m’a approchée pour me proposer d’écrire sur le blog durant le mois de mars, j’ai hésité. Le 24 images c’est quand même big pour une fille qui n’a fait qu’un court métrage et une websérie (Les Brutes), qui n’a jamais eu à écrire de mémoire de maîtrise sur «Le silence dans le cinéma québécois» ou qui connaît le nom de Tarkovski mais qui n’est pas trop sûre de savoir si c’est un pianiste du 19e siècle, le nom d’un parfum pour homme ou un joueur de 4e trio. Par contre, je peux vous réciter tous les dialogues de A League Of Their Own, en français et en anglais. Ainsi, malgré mon syndrome de l’imposteur persistant et très lourd à porter, j’ai finalement accepté le mandat en me disant que je pourrais toujours profiter de cette tribune pour faire avancer mon agenda assumé de Brute-féminazie-frustrée-pro-quota-égalité-pis-plus-de-diversité-svp. Et en plus ça tombe bien parce que le 8 mars, c’est la journée de la femme.

J’ai quand même été chanceuse avec STAR. Grâce au travail acharné des productrices de Colonelle films, j’ai pu être entourée d’une équipe formidable et le film a bien fonctionné en festival. Au gala PCC 2016, Star a reçu quelques thumbs up par des gens cool que je respecte.  Des encouragements auxquels je ne m’attendais pas du tout, sinon je n’aurais jamais omis de mettre un soutien-gorge pour aller faire mes remerciements au micro devant tout le monde. C’est jamais optimal de devoir s’adresser à un public les bras croisés. M’enfin. Ces encouragements-là, je les ai soigneusement conservés en quelque part dans mon coeur et j’essaie toujours de les faire rentrer dans ma tête. Il m’arrive aussi de les ressortir un à un lorsque j’essaie de me convaincre que «oui, Mimi, t’es capable d’en écrire un 2e pis un 3e».  Je ne sais donc pas  si la vie va me permettre de faire un deuxième film. Mais je sais que j’ai envie de rester dans le milieu et de prendre ma place. Même si c’est souffrant en maudit. Pis c’est cool parce que maintenant j’sais même quand dire “action”!

 

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