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Autour de Restigouche
par Guillaume Lafleur, 2017-03-09

Nous consacrons une rétrospective à la cinéaste documentariste abénaki Alanis Obomsawin, qui est la récipiendaire du prix Albert-Tessier 2016. Elle sera présente à quelques séances pour introduire les films et échanger avec les spectateurs.

Le cycle débute par la projection du film Incident at Restigouche (1984), tournant dans la carrière de la cinéaste, où la proposition cinématographique devient un outil susceptible de générer une prise de conscience chez le spectateur. Le film n’a pas d’abord pour objectif d’induire le changement, mais il permet de proposer des constats et un état des lieux.

Dans la grande tradition du cinéma documentaire, ce qu’il s’agit ici de montrer est ce qui est généralement omis à l’image, ce qui disparait des idées reçues, pour mieux rendre compte d’une réalité qui sinon ne serait que parcellaire. Alanis Obomsawin a un parti pris : elle est avec les Micmacs de Restigouche à l’été 1981 et dans les mois qui suivirent. Elle est leur voix cinématographique.

Courant 1981, dans un contexte de restriction de la pêche au saumon afin de protéger l’espèce, le gouvernement péquiste de René Lévesque décide de confisquer les filets des Micmacs de Restigouche, qui pêchent une quantité négligeable de poisson en comparaison de la pêche sportive et commerciale. Dès ce moment, la Sûreté du Québec va intervenir pour brimer toute forme de défi adressé aux autorités par les Micmacs, en usant de la répression et d’emprisonnements arbitraires. Ce qui intéresse la cinéaste dans cet événement est le point de vue des Micmacs, leur expérience vécue de l’intérieur, qui s’inscrit dans une confrontation devenue inévitable. La caméra de la documentariste devient un moyen de rendre prégnante la violence de ce face-à-face.

En plus de ces témoignages filmés (à propos des matraquages, des hommes arrêtés, des adolescents apeurés), la réalisatrice rencontre Lucien Lessard, ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, qui défend sa ligne autoritaire, cependant qu’il est poussé dans ses retranchements, mis face à ses contradictions par la réalisatrice. Elle lui rappelle ainsi ses propos publics tenus face au chef Micmac, lui arguant qu’il n’avait ni culture ni langue. Face au ministre, la cinéaste se filme et explicite la confrontation à l’écran. Elle n’hésitera pas à lui rappeler l’extrémité de cette position et son apparente contradiction avec les revendications souverainistes.             

Alanis Obomsawin ne perd rien non plus de la dynamique politique d’ensemble et des atermoiements entre gouvernements provincial et fédéral. D’ailleurs, dans une entrevue radiophonique reproduite dans le film, René Lévesque dira que le fédéral devrait se taire concernant les événements de Restigouche.

Documentaire majeur au sein d’une œuvre exceptionnelle, Incident at Restigouche brille aujourd’hui par le travail de mémoire qu’il rend encore possible aux spectateurs, en mettant en perspective les revendications actuelles et les combats des Premières nations. Il est aussi emblématique des films qu’Alanis Obomsawin réalisera à la suite (et que nous montrerons dans les prochaines semaines), en approfondissant une approche dont tous les aspects sont en place, aussi bien dans Kanhesatake : 270 Years of Resistance (1993), Rocks at Whiskey Trench (2000) ou encore dans le plus récent Ruse ou traité (2014).  


Alanis Obomsawin, prix Albert-Tessier 2016 : Rétrospective à la Cinémathèque québécoise du 9 mars au 5 avril 2017.

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