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À propos de Scratch de Pierre Hébert.
par Fabrice Montal, 2017-05-03

Quand on entre dans la salle sombre, au détour d’un rideau, trois écrans nous font face. Trois écrans noirs sur lesquels des formes chaotiques blanches se font et se défont, grouillent et se métamorphosent telles des animalcules mutables. Nous assistons au processus et nous restons avec une foule de questions en tête.

Processus en quoi ? Trois écrans comme autant de réceptacles mémoires d’improvisations alliant l’image et le son. Deux instrumentalistes jouent et se répondant pour tisser la trame sonore improvisée. Nous ne savons pas comme spectateurs quoi précède quoi. L’image ou le son, laquelle / lequel préexiste à l’autre ? Cela a peu d’importance. Nous sommes dans la continuité d’œuvres antérieures, d’un travail d’exploration entre les images gravées sur pellicule et l’improvisation musicale qui a débuté il y a plus de trente ans. Pierre Hébert travaille ainsi autour de l’intermittence. Ouvertement inspiré par Len Lye et McLaren, notamment depuis son projet Chants et danses du monde inanimé, il propose, dès le milieu des années 1980, des exécutions en direct de sons-musiques et de gravures sur pellicule générées à l’aide d’un dispositif singulier, conçu par lui, doté notamment d’un obturateur à pédale qui permettait de contrôler le défilement des images et leur apparition /disparition sur l’écran.

Trente ans plus tard, après un long détour au cœur des nouvelles palettes électroniques, pour ce projet Scratch ma foi fort organique, l’abstraction règne. Ou plutôt, dirions-nous, la «  non-figuration », tant il est aisé devant ce type de proposition mouvante de composer nous-mêmes des liens organiques et constitutifs de liaisons mentales avec des objets ou êtres vivants de notre connaissance, d’établir des adéquations comme nous le créerions à partir de la forme des nuages. Tout au cours de cette rencontre avec une proposition artistique qui nous convie à une sorte de méditation active, voire une « médite-action », nous nous amusons à reconnaitre dans les traits noués déliés qui se succèdent, sur des tons texturés spatialisés venus du violon ou des percussions, des formes connues, des ressemblances, des bribes de rêves, des associations, des gestes, voire une parole sans mots. Le cinéaste lui, se réclamant ici de Blinkity Blank, évoque plutôt des clignotements.

C’est une dynamique du chaos donnant naissance au sens qui rebondit sans cesse. Devant ce triptyque, observant ce grand tableau noir parsemé de coups de craie mouvants, nous sommes confrontés sans le savoir à de longues boucles. La perception de cette automatisation informatique ne nous apparaitra pas, tant sont établies des durées propres à chaque boucle respectivement projetée sur chacun des trois écrans. Au moment zéro du vernissage, elles auront été simultanées. En outre, la prochaine synchronisation ne se présentera pas avant un an. C’est une œuvre ouverte sur douze mois. Implicitement, personne ne pourra vivre entièrement cette première itération de Scratch, la nouvelle installation de Pierre Hébert. Certainement une de ses propositions les plus fortes de ces dernières années. Avec le soutien des musiciens Malcom Goldstein et John Heward, c’est à une réelle expérience de laisser aller que nous sommes invités. Mais cela prendra fin le 4 juin. 

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