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Cannes 2017 : Haneke + Kawaswe
par Jacques Kermabon, 2017-05-24

Michael Haneke et Naomi Kawase à l’image d’un festival en demi-teinte

La moitié du festival est passée et nous attendons encore le film qui éclairera d’une lumière particulière cette édition en demi-teinte.

Il est rare que les productions d’Haneke soient aimables et le portrait à charge qu’il brosse de bourgeois de Calais dans Happy End le confirme. Le cinéaste contemple les misérables créatures qu’il a conçues avec la froideur clinique qu’on lui connaît parfois. Cette caste dominante de province, uniquement préoccupée de ses propres intérêts, avance ses pions, à peine masquée, tant on perçoit que leur position sociale leur donnera toujours l’avantage que procure la respectabilité.

On peut avoir des haut-le-cœur à découvrir les arrière-cours de cette dynastie industrielle – leur petite entreprise prospère dans le bâtiment – ou sourire, comme on sourit chez Chabrol de la bêtise et de la veulerie, de voir ces personnages patauger dans les eaux glacées de calculs égoïstes, d’autant plus facilement que, dans Happy End, Haneke ne nous remet pas en cause. Le mal, c’est les autres.

Pendant les deux premiers tiers de Vers la lumière, nous pensions tenir l’œuvre que nous espérions. Une jeune femme, chargée d’écrire des textes pour l’audio-description de films, peaufine son écriture à l’occasion de projections test avec quelques aveugles. Parmi eux, un homme, qui n’a pas encore complètement perdu la vue et dont on apprendra qu’il fut un photographe de renom, avance des critiques particulièrement sagaces à l’égard des premières moutures des textes énoncés.

On admet le postulat et la lourdeur symbolique d’un homme de l’image qui devient aveugle et la convention d’une relation sentimentale entre elle et lui que l’on sent poindre inévitablement. On accepte d’autant mieux ces dimensions que Naomi Kawase nous emporte dans d’infinies nuances et des réflexions sensibles sur ce que peut signifier une image et sa description dès lors il s’agit de la dire en préservant une place à l’imaginaire de celui qui écoute sans voir. Ce travail de gestation dans lequel nous sommes impliqués en y assistant au plus près, cette recherche de la bonne formule pour faire entendre l’essentiel des images et les réactions personnelles des aveugles ainsi suscitées, se révèle palpitant. Le film avance dans les nuances, le sensible, au plus près des corps et nous met à l’écoute d’une matière visuelle et sonore.

Mais pourquoi a-t-il fallu que Naomi Kawase rompe ce charme ténu en chargeant son film de rebondissements narratifs superflus qui déportent l’attention vers une histoire d’appareil photo volé que le photographe retrouve assez vite, malgré son handicap, chez un des amis avec lequel il venait de prendre un verre. D’autres péripéties surviennent alors. La jeune femme va voir sa mère qui a échappé à la surveillance de la voisine qui la veille et qu’elle seule retrouve très vite dans la forêt alors que tout le village est déjà à sa recherche.

Vers la lumière s’englue dans cette pâte narrative jusqu’à peiner à conclure – il y a comme un empilement de fins – et n’échappe alors plus au chromo.

Plus que quelques jours pour être ébloui.

Jacques Kermabon

 

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