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Cannes 2017 : Lynch + Loznitsa
par Jacques Kermabon, 2017-05-25

Une femme douce

Saturation de signes et d’énigmes, turbulence des temps et des espaces, multiplication des pistes narratives suspendues à une hypothétique clôture indéfiniment différée, nonobstant la jubilation de retrouver cet univers visuel et sonore unique, les retrouvailles avec le puzzle Twin Peaks ont tenu leurs promesses. Si les deux premiers épisodes, un peu plus violent que les premières saisons et bénéficiant des possibilités de trucages numériques plus sophistiqués, étaient en compétition, la Palme d’or serait toute trouvée.

Même si le film a clivé La Croisette, Une femme douce de Sergei Loznitsa, peut prétendre à une récompense. Le point de départ est le retour d’un colis auprès d’une femme qui habite seule au milieu de nulle part. Elle a été obligée d’aller dans le village, à La Poste et payer pour récupérer ce paquet qu’elle avait envoyé à son mari, enfermé dans une prison lointaine pour mettre alors qu’il n’a rien fait dit-elle. Elle se met alors en route pour essayer de comprendre pourquoi, cette fois, le colis lui a été retourné, et en donner le contenu en mains propres à son époux.

Cette quête va prendre l’allure d’un chemin de croix kafkaïen, où chaque station, rythmée par de longs plans séquences, dépeint un aspect d’une réalité russe hors d’âge, celle des laissés pour compte, de la corruption généralisée, des arbitraires administratifs, du sentiment d’impunité de tous ceux qui portent l’uniforme.

Le personnage principal est moins mu par des ressorts psychologiques qu’elle ne représente une sorte de figure abstraite, une ténacité en marche, ballottée par les événements et les rencontres. Son mutisme semble appeler les confidences et les conseils de ceux qu’elle croise et qui déversent leurs torrents de monologues, comme autant de témoignages d’une Russie fracassée par des années de communisme et qui ne semblent pas pouvoir cautériser des blessures sociales et économiques encore purulentes dans lesquelles certains survivent à coup de combines plus ou moins louches tandis que d’autres ont sombré dans la folie.

Il ne semble pas y avoir d’issue à ce cauchemar si ce n’est le refuge dans le surprenant et énigmatique moment onirique final, qui fait office de magnifique et ironique point d’orgue.

Jacques Kermabon

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