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Fantasia 2017 - Blogue 2
par Charlotte Bonmati-Mullins, 2017-07-25

Pour sa 21ème édition, le Festival International de films Fantasia fait encore une fois la part belle au cinéma fantastique. Et ce, même si la programmation de cette année nous semble moins fastueuse que l’an dernier, lorsque les cinéphiles et autres cinéphages pouvaient alors enchaîner une classe de maître de Guillermo Del Toro (L’échine du Diable, Le Labyrinthe de Pan) avec une série de premières pour le moins impressionnantes, dont le truculent Hunt for the Wilder People (Taika Waititi), l’impétueux The Wailing (Na Hong-Jin), l’implacable Train to Busan (Yeon Sang-ho) et le jusqu’au-boutiste Don’t Breathe (Federico Àlvarez). Il n’en reste pas moins que cette édition illustre à merveille comment, sous de faux airs naïfs et/ou éloignés de toutes préoccupations socio-politiques, le fantastique incarne un genre de détournement, voire même de transgression, privilégié. Autrement dit, il s’agit là d’un cinéma de crise, au sens où il met en évidence des dysfonctionnements collectifs et individuels, en contournant la censure, qu’elle soit économique, institutionnelle ou politique. Dans cette optique, autant le Free and Easy de Geng Jun que le Brigsby Bear de Dave McCary naviguent dans les eaux troubles de l’humour absurde en se maintenant toujours plus ou moins à la lisière du réel et de l’imaginaire.

Contrairement à ce que son titre veut bien laisser entendre, il n’y a rien de gratuit ni même d’un peu facile dans Free and Easy de Geng Jun. En une dizaine de plans à peine, le voilà qui a déjà planté son décor : une ancienne ville industrielle, quadrillée par des résidences au mieux borgnes, au pire aveugles, cité paumée au beau milieu de ce l’on surnomme désormais la « ceinture de rouille » du nord-est de la Chine. Intra-muros, l’horizon est sans cesse bouché par les vestiges d’une époque désormais révolue. Extra-muros, les lignes de fuite se multiplient tandis que les paysages, grandioses, viennent amplifier la petitesse des âmes qui ne font que les traverser. Un décalage permanent donc, accentué par la direction photo particulièrement somptueuse de Wang Weihua qui érige chaque plan en une véritable composition picturale. Quant à son récit, Jun le déploie lentement à l’aide d’un montage ample, au fur et à mesure qu’il fait entrer ses personnages en scène et en collision. Tous semblent errer tels des esprits sans corps, que cela soit ce vendeur de savons qui au passage se permet de vous en passer un (avant de pousser l’affront jusqu’à exiger des excuses de la part de l’une de ses victimes), ou ce faux moine qui encourage fortement les donations (même involontaires); ou encore, ces flics à matricules dont le seul et unique flair les conduit à s’endormir en prenant une bouffée de savon à tour de rôle… Tous se cherchent, se trouvent, se leurrent, se poursuivent, se menacent et se frappent: pour finalement se partager un bon gueuleton après avoir voulu s’entretuer à la séquence précédente. Comme si derrière l’individualisme crasse et la roublardise à outrance, se cachait en fait un immense besoin d’entrer en relation avec l’autre. Voici une fable sociologique à la fois tendre et cruelle, au sein de laquelle même le cœur des morts peut encore palpiter.

Quant à Brigsby Bear de Dave McCary, s’il s’agit d’un premier film fort sympathique, il demeure moins marquant que le long-métrage de Jun. Peut-être est-ce parce que la nostalgie s’y articule à un autre niveau, plus individuel et moins universel. Ou parce que sa portée collective s’en tient davantage à une culture de fan spécifique à un univers, ici celui d’une (fausse) émission télévisuelle. En effet, bien qu’il ait le mérite de trouver du lumineux jusque sous terre, le film de McCary cède trop souvent à la facilité : ses personnages, tout juste esquissés, sont malheureusement archétypaux (l’éternel prépubère, la jolie fille accessoire, le meilleur ami de service) et le protagoniste, campé assez solidement par Kyle Mooney, n’évolue pas, comme si son identité s’était toute entière recroquevillée autour de son héros d’enfance… Néanmoins, il résulte un je-ne-sais quoi de profondément contagieux dans le parcours de ce personnage qui ne doute (presque) jamais de rien, et encore moins de lui. Et autant le flic au cœur tendre, interprété avec humour par Greg Kinnear, que le compagnon psychiatrique de James, joué par un Andy Samberg pétillant, viennent rehausser cette recette, quelque peu éculée, du feel-good movie

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