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Cinéma Punk : Le chaos et la fureur
par Charlotte Selb, 2017-09-21

Le programme « Le chaos et la fureur » propose, en 10 films, un petit tour d’horizon du cinéma punk. Loin d’être exhaustif bien sûr, il est centré sur l’époque de l’apogée du mouvement punk (de la fin des années 1970 au début des années 1980) et le monde anglo-saxon, principalement Royaume-Uni et États-Unis, où est né le mouvement. Rassemblant documentaires et fictions, films cultes et raretés, le cycle permet de se remémorer comment la culture punk s’est manifestée à l’écran.

Dès la naissance du punk, le cinéma documente avidement ce courant culturel explosif. De nombreux documentaires de musique s’improvisent là où naît la scène musicale punk, incarnant fidèlement le crédo DIY du mouvement en se tournant avec peu de moyens, spontanément, dans l’urgence et le désordre. Ainsi, Penelope Spheeris, réalisatrice emblématique du punk, dépeint dans The Decline of Western Civilization (1981) les groupes de Los Angeles (The Germs, X, Fear, Black Flag…) et capture au-delà du simple film de concert l’esprit d’une génération[i].

Cet état d’esprit est également vivant dans le cinéma de fiction. Dans Driller Killer d’Abel Ferrara (1979) ou Out of the Blue de Dennis Hopper (1980), la musique punk intervient avec les aléas du tournage, le premier s’inspirant du groupe de musique new-yorkais de son colocataire / ami / acteur, le deuxième filmant la scène punk de Vancouver découverte par hasard lors du tournage – et transformant spontanément sa jeune héroïne en fan de punk. Leur approche quasi documentaire, fondée sur l’improvisation d’acteurs non-professionnels, des scénarios écrits à la dernière minute et une esthétique urbaine naturaliste, est symptomatique d’un esprit de liberté hérité des années 1970, auquel se mêlent le chaos, la fureur et le désespoir de la décennie naissante.

Jubilee de Derek Jarman (1978) tire son inspiration de l’égérie et mannequin Jordan, connue pour son travail avec la designer Vivienne Westwood et ses nombreuses apparitions aux premiers concerts des Sex Pistols. Obsédé par le style de l’icône de la scène punk londonienne, Jarman développe autour d’elle une ambitieuse fiction sur le punk, qui enrôle d’autres figures de l’époque, notamment les musiciens Adam Ant et Toyah Willcox.

Avec le même humanisme que dans The Decline of Western Civilization, Penelope Spheeris dresse un portrait aussi empathique que lucide de la jeunesse punk américaine avec Suburbia (1983), une fiction sur de jeunes squatteurs. Abordant les contradictions de la culture punk – notamment le racisme, le sexisme et l’homophonie à l’œuvre au sein du mouvement –, elle fait jouer ses personnages par de vrais enfants de la rue et des musiciens punks comme Flea des Red Hot Chili Peppers. Repo Man (1984) se situe dans les mêmes paysages de banlieues californiennes, mais son auteur y fait preuve de beaucoup plus de dérision. Alex Cox, réalisateur iconique du mouvement (il signe également Sid and Nancy en 1986 sur le destin tragique du bassiste des Sex Pistols et de sa compagne), remplace le drame social de Spheeris par une anarchie et une irrévérence absolues, faisant voler en éclats les idéaux de la jeunesse, l’angoisse de la décennie et les prétentions des puristes du punk.

Les figures de jeunes punks sont aussi très présentes dans un type de cinéma plus commercial. Le scénario typique du « teen movie » punk tourne autour de personnages de jeunes filles rebelles résistant à travers la musique à l’autorité parentale, scolaire, ou à la société en général. Dans la comédie musicale Rock’n’Roll High School (1979) d’Allan Arkush, une jeune fan des Ramones refuse de se plier aux règles de son école et entraîne ses camarades dans une révolte en vue d’assister au concert du groupe. D’autres titres plus réactionnaires ne voient pas l’antiautoritarisme d’un si bon œil. Avec les années Reagan coexiste une vision du punk méfiante et caricaturale, exploitant le sentiment de peur engendré par cette culture subversive. Le film canado-américain Class of 1984 de Mark L. Lester (1982) donne ainsi une allure punk aux personnages de « méchants » et stigmatise les côtés antisociaux et destructeurs du mouvement.

[i] Lech Kowalski documente quant à lui à la fois l’apogée du punk et sa mort annoncée, en suivant en 1978 la première (et dernière) tournée chaotique des Sex Pistols aux États-Unis, dans son film au titre évocateur, D.O.A. (1981). Le film a cependant dû être remplacé à la dernière minute par Breaking Glass de Brian Gibson.

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