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FNC 2017 - Blogue 6
par Ariel Esteban Cayer, 2017-10-12

Suite à des passages remarqués à Fantastic Fest, Sitges et au TIFF (où le film remporta, contre toute attente, le prix du Meilleur film canadien), Les affamés de Robin Aubert débarque enfin à Montréal. Catapultant le spectateur au cœur d’une apocalypse de zombies inexpliquée, le film d’Aubert se concentre plutôt sur les survivants. Brigitte Poupart, Monia Chokri, Micheline Lanctôt et la très jeune Charlotte St-Martin (dans le rôle de Zoé) se démarquent du lot, représentant plusieurs générations de femmes à l’écran, mais ce thème (s’il en est un; à tout le moins cette image d’une famille recomposée), demeure tristement sous-développé. De même, le zombie n’est ici ni un symbole, ni un prétexte à la métaphore. Les affamés se dévoile, ni plus ni moins, tel une occasion de rassembler ces protagonistes dans un décor atypique pour le genre : un Québec rural, insufflé pour l’occasion d’une inquiétante étrangeté et de quelques éclats de surréalisme, qui ponctuent ici et là un récit autrement conventionnel. On pourrait ainsi dire que le film d’Aubert communique un certain spleen de la fin du monde; une élégie de la Région, de ces grands espaces vides, soudainement dépeuplés davantage par une infection qui appartiendrait normalement aux grands centres urbains… mais ce serait quelque peu charrier, devrait-on ajouter, en bon québécois. Car pour toutes ses bonnes intentions, ce rare film de zombie québécois croule finalement sous une étrange réserve, n’évitant jamais totalement les clichés du genre, tout en évacuant ce dernier de la charge métaphorique qui le rendait ailleurs si intéressant. Il n’en reste finalement qu’un certain régionalisme et une ambiance plutôt réussie, mais on se permet d’exiger plus de notre cinéma d’horreur, dans un contexte où il s’en fait, malheureusement, encore si peu.

Dans un autre registre, La nuit où j’ai nagé – collaboration inespérée entre Damien Manivel (Le parc) et Kohei Igarashi (Hold Your Breath Like a Lover) – mise également sur un certain régionalisme et mène le spectateur au Nord du Japon, à la rencontre d’un jeune enfant qui, par une journée d’hiver, décide de faire l’école buissonnière. S’enchaînent dès l’aube une série de déambulations, à travers lesquelles le jeune garçon nous fait découvrir ses jouets, se perd dans les bancs de neiges gigantesques et les chemins de la ville, dont seul les déneigeuses sembler troubler la somnolence… Film lumineux et idyllique, tourné sans dialogue et misant sur une intrigue minimale, La nuit où j’ai nagé est un rien infiniment charmant et assumé; un film sur l’émerveillement de l’enfant, qui permet, un instant, de voir le monde à sa hauteur. Force est d’admettre qu’il s’agit là d’une proposition face à laquelle toute disposition critique finit par s’effriter; après tout, comment résister à ce gamin si mignon, à ces chiens qu’il rencontre sur son chemin, au véritable objectif de sa quête, ou encore à ce dessin mouillé, trimballé toute la journée, que sa sœur ne saura trop de quel bord aimanter au frigo? Difficilement…

Finalement, Les garçons sauvages, premier long-métrage très attendu du cinéaste Bertrand Mandico (Hormona) est, indéniablement, un des coups forts de la section « Les nouveaux alchimistes » : un conte transgenre halluciné, et une preuve que les meilleurs films demandent de la patience. Débutant quelque peu comme un Orange mécanique à saveur psychotronique (on pense ici à Guy Maddin, pour toute l’approche rétro-chic, si ses référents à lui étaient plutôt Jean Rollin, Walerian Borowczyk, Teruo Ishii ou encore les travaux du Dr. Moreau), le film de Mandico demande au spectateur de sympathiser avec une bande de gamins tueurs, violeurs, gosses-de-riches détestables et d’accepter l’idée de leur réhabilitation farfelue. Mais ce parti pris initial ne tient pas de la complaisance, bien au contraire : il ne sert finalement qu’à mieux déboussoler le spectateur, qui se retrouve catapulté dans un film d’aventure fantasmagorique, au centre duquel trône la présence d’une île-monstre libidineuse habitée par une exploratrice mystérieuse (Elina Löwensohn), et dont les plantes phalliques, les crevasses vaginales, les fruits poilus, et les substances séminales révéleront des propriétés hormonales pour le moins inattendues. Vous voyez peut-être où tout ça s’en va; il nous suffirait donc de vous dire qu’un film qui se réapproprie une citation de Macbeth (« laugh to scorn the power of man, for none of woman born shall harm »); qui proclame si haut et si fort que l’avenir est non seulement femme, « l’avenir est sorcière!», et qui culmine sur une magnifique chanson-thème intitulée « Wild Girl » (et interprétée par Löwensohn elle-même)…et bien, ce n’est pas tous les jours qu’on voit ça.

Mandico confirme ici son talent immense pour ce cinéma de genre qui s’érige (comme celui de Cattet & Forzani, d’ailleurs) sur la frontière de la référence et des formes nouvelles et confirme qu’il est essentiel de faire du neuf avec du vieux. Ce n’est qu’ainsi qu’on crée des nouveaux genres (dans tous les sens du terme) – ni homme, ni femme, ni fantastique, ni horreur, ni science-fiction ou aventure : tout simplement sauvage.

 

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