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FNC 2017 - Blogue 7
par Apolline Caron-Ottavi, 2017-10-13

On parlait la semaine dernière d’Ava de Léa Mysius, et de la façon dont il n'était pas anodin que le film soit signé par une femme puisque la réalisatrice s’y empare avec délicatesse de la sensualité de sa très jeune actrice. La compétition internationale nous offre un autre très beau film, Avant la fin de l’été, réalisé par la cinéaste franco-belgo-suisse d’origine iranienne Maryam Goormaghtigh. Là encore, le regard de la réalisatrice est important dans la façon dont il joue avec la perception de son sujet. Goormaghtigh filme un trio d’étudiants iraniens installés en France : l’un d’eux s’apprête à retourner dans son pays, et les deux autres l’entraînent en vacances pour tenter de le convaincre de rester, en lui faisant miroiter qu’il pourrait rencontrer l’amour de sa vie au cours du voyage. Et bientôt, ils vont justement croiser deux jeunes adolescentes françaises… Avant la fin de l’été est un road trip sentimental où le comique des situations (ils sont drôles, ces trois hommes un peu patauds mais si complices) insuffle une juste distance et de la fraîcheur à cette aventure masculine. L’humour tendre désamorce ainsi les tensions et le film se refuse à toute dramatisation surfaite quant à la présence de ces trois immigrés sur les routes du Roussillon. Les discussions sont de prime abord légères et potaches, mais peu à peu le voyage révèle les questionnements et les inquiétudes de ces exilés qui doivent accepter leur état d’adultes et font face aux choix de vie qu’ils ont laissés en suspens… La fragilité remplace la fanfaronnade, la mélancolie supplante l’insouciance. À mi-chemin entre fiction et documentaire, Maryam Goormaghtigh signe une œuvre aussi réjouissante que profonde, qui capte toute l’humanité de ses personnages, dans la douceur éphémère d’un été qui semble presque le dernier de la jeunesse…

Dans un autre registre, Marlina, the Murderer in Four Acts, troisième long métrage de la cinéaste indonésienne Mouly Surya s’est révélé captivant à bien des égards. Le film joue habilement avec les codes du western pour raconter une histoire de vengeance, celle d’une femme volée et violée par une bande de malfrats. Images magnifiques, musique inoubliable, la cinéaste ne boude pas le plaisir des envolées épiques et sublimées du genre dont elle s’empare. Le film est en majeure partie une course poursuite, qui loin de faire l’objet d’un traitement effréné et haletant devient au contraire l’occasion d’une balade contemplative. Marlina se trouve un acolyte en la personne de Novi, une jeune femme enceinte jusqu’au cou et malmenée par son mari, et elles forment dès lors un duo héroïque inattendu, menant un combat patient (mais violent). La cinéaste reprend des codes bien connus, les transfigurant à travers ses deux fascinantes actrices : Marlina, ténébreuse déterminée et de peu de paroles, et Novi, contrepoint picaresque et plus humoristique, dont la fidélité envers son amie est infaillible. L’intensité qui émane peu à peu de ces deux personnages féminins et la force de leur solidarité implicite font de Marlina un conte exaltant et brillamment mené malgré quelques longueurs.

À propos de western, il est hautement recommandé d’attraper l’une des projections du Grand silence de Sergio Corbucci. Un western incontournable, particulièrement violent, cynique et politique. Son atmosphère troublante est portée par le sidérant duo Jean-Louis Trintignant (ici un vengeur muet de veuves et d’orphelins), et Klaus Kinski (un chasseur de primes fou furieux). Nous sommes ici dans un Nouveau Monde qui a perdu son âme, devenu le théâtre d’un carnage permanent. Hanté par la blancheur de la neige, le film est d’une noirceur totale. Corbucci filme avec âpreté et sans effets de style cet univers de rage : rien n’est lisse dans la mise en scène, tout accroche le regard (un costume, un détail, une peau…). Néanmoins il glisse dans cet univers malsain un personnage superbe : Pauline, une jeune femme afro-américaine, qui offre au film quelques moments de grâce inattendus. Une œuvre sidérante donc, à (re)découvrir d’urgence sur grand écran.

 

Avant la fin de l'été : dernière séance ce vendredi 13 octobre à 15h au Cinéplex Odéon Quartier latin. 

Le grand silence : projections vendredi 13 octobre à 17h10 au Cinéma du Parc et dimanche 15 octobre à 19h30 au Cinéplex Odéon Quartier latin. 

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