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Niki Lindroth von Bahr et ces animaux qui nous ressemblent
par Marcel Jean, 2018-04-03

Depuis 2010, la réalisatrice suédoise Niki Lindroth von Bahr a réalisé trois courts métrages dans lesquels elle anime des marionnettes anthropomorphes à têtes d’animaux. Ses personnages évoluent dans un monde marqué par l’ennui et son corollaire, l’angoisse existentielle. Qu’il s’agisse de deux voisins prénommés Törd vivant dans des appartements identiques et communiquant par messages codés (Törd och Törd, 2010), de quelques clients et de l’employé d’une piscine publique (Simhall, 2014), ou de la faune de solitaires qui peuplent la nuit d’une banlieue (Min Borda, 2017), ces étranges individus basculent irrémédiablement dans l’absurde qu’induit l’environnement froid et déshumanisant dans lequel ils vivent, à la limite de l’errance tant le sens de leurs actions échappe à toute logique.

La réussite d’un tel cinéma repose sur le travail maniaque de la réalisatrice au moment de construire les décors dans lesquels évoluent ses personnages. Ceux-ci renvoient au monde réel dans sa plus effroyable banalité: architecture fonctionnelle, sans style particulier, d’où ont été évacuées toute fantaisie, toute créativité. Il n’y a, chez Lindroth von Bahr, aucune velléité de caricature. Ainsi, le monde qu’elle anime est une version distanciée de celui dans lequel nous vivons, dans un esprit assez proche de l’univers du Finlandais Aki Kaurismaki.

Rien n’est laissé au hasard chez Niki Lindroth von Bahr. Ainsi, le choix des espèces animales qui deviendront les personnages de ses films répond à une logique rigoureuse. Dans Simhall, ce sont les espèces menacées, dans Min Borda les animaux les plus communément utilisés en laboratoires. Subtilement, ces bêtes portent le fardeau de la destinée humaine: sommes nous finalement autre chose que des cobayes capables de provoquer notre propre extinction ?

La venue à Montréal de Niki Lindroth von Bahr est l’occasion de rencontrer l’un des talents les plus originaux du cinéma d’animation contemporain. En trois films, la jeune cinéaste (elle n’a pas encore 35 ans) a élaboré une oeuvre cohérente et forte qui interroge avec acuité et pertinence le monde dans lequel nous vivons.


Niki Lindroth von Bahr sera présente à la Cinémathèque québécoise pour une rétrospective de ses films le mercredi 4 avril, à 19h. La projection sera suivie d’une conversation entre la cinéaste et le réalisateur canadien Matthew Rankin. Elle répondra aussi aux questions du public.
Le jeudi 5 avril à 21h, toujours à la Cinémathèque québécoise, elle présentera aussi une Carte blanche composée de films d’animation suédois récents.

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