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Nadine Gomez, 3 décembre 2018.
par Nadine Gomez, 2018-12-02

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Je m’appelle Nadine Gomez, je suis cinéaste, et je vais écrire ici durant le mois de décembre.

Décembre. Parfait mois pour écrire pour la première fois en public, me suis-je dit… Les gens sont plus ou moins attentifs, pris dans les rétrospectives, les remises en question, pris avec leur foie engorgé, à regretter des grandes déclarations faites accoudé au bar du party de bureau, occupés à mettre la gomme et tout le paquet avant les douze coups de minuit, convaincus de faire table rase au jour un de l’année qui commence, portés par l’espoir et les bonnes intentions de repartir à neuf. Parfait !

Sauf que je n’ai jamais écrit pour d’autres que pour mon journal intime, pour l’école, pour mes demandes de bourses, et d’accord, je me suis beaucoup beaucoup donnée dans mes correspondances épistolaires d’adolescente avec mes amis devenus écrivains, eux. Alors pour être honnête, je ne sais pas du tout par où commencer.

Paradoxe étrange, parce que j’ai accepté assez rapidement lorsque l’équipe du 24 Images m’a généreusement offert d’investir leur blogue pour le mois de décembre. « Super opportunité d’écrire librement, enfin, juste pour le plaisir ! » ai-je pensé. Jusqu’à ce que je m’assois pour écrire.

Maudit enthousiasme.

Mais j’ai trouvé un truc. Pour contourner ma gêne, et le sentiment étrange et insécurisant d’être lue, je ferai comme si vous n’étiez pas là. J’espère que ça vous va.

Sur ce donc, je vous quitte. Joyeuses Fêtes !!!

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Cher journal,

… décembre… moment idéal pour les rétrospectives, les résolutions, les remises en question. Parfaite occasion pour mettre de l’ordre dans ses idées, les classer, les trier.

Faudrait bien que je m’y mette…

Résolution #1 : Pour les Fêtes, opter pour la simplicité volontaire. Se responsabiliser, avec le Pacte derrière la cravate. Passer à l’action.

Est-ce qu’offrir des brosses à dents en bambou à tout le monde c’est de l’ingérence ou de la surconsommation ?

Les RIDM 2018. Intense. Festif. Édition mémorable pour cet incontournable festival. Amour et respect immense pour le travail monumental qu’ils accomplissent à l’année.

Amour et respect immense pour mon film enfin sorti ! Je reprends doucement mes esprits. Tant d’émotions. Une chance que je fais juste un film aux 3 ans.

Résolution #2 : Faire des films plus souvent.

RIDM 2018 - Moments forts : Une panne d’électricité juste avant la première ! Du monde assis dans l’allée. Des lines up, souvent, pour tous les films, pour voir du documentaire. Faudrait envoyer des photos aux télés et aux diffuseurs, ils ne nous croiront pas.

Constat du jour : J’aime le cinéma dit documentaire. Comme pratique, comme médium, comme espace mental, comme langage. En documentaire, les gens disent et font des choses que je ne saurais dire et faire moi-même. Ce sont leurs mots, leurs gestes qui émergent, hors de mon contrôle, tout leur appartient. Sauf pour le dispositif, pour le regard, et pour tout le cinéma bien sûr, mais la matière c’est eux. Leur vérité, leur liberté, leur monde, leur visage, leur voix. J’aime qu’ils me donnent tout ça.

Mais moi, je n’aime pas être filmée. I’m a modest show off comme dirait l’autre.

Mon film Exarcheia, le chant des oiseaux débute avec ceci : « Nous humanisons ce qui se passe dans le monde et en nous uniquement en en parlant, et, dans ce parler, nous apprenons à être humains ». Hannah Arendt.

J’hésitais aussi avec celle-là : « Le monde n'est pas humain pour avoir été fait par des êtres humains, il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu'il est devenu objet de dialogue ».

J’aurais voulu mélanger les deux : Dialoguer pour apprendre à être humain. Dialoguer pour que « le monde devant soi » nous soit commun. Dialoguer pour mieux penser. Déçue de ne pas avoir pu en jaser avec Hannah.

Vu beaucoup de films aux RIDM 2018. Chacun d’entre eux est un moment intense de vie passée, par chaque cinéaste, à éplucher, fouiller, investir un bout de monde, pour nous le rendre digeste et beau. Beau parce qu’il nous apparait fait d’images et de sons. C’est un médium qui nous affecte par l’affect. Digeste parce qu’il donne forme à ce bout de monde en le sortant du chaos. Mais pour le reste…

Noël approche. Hâte à Minuit chrétien !!

 

Crédit photo d'en-tête : Hélène Desbiens.

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