Critiques
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La danse de la réalité

Alejandro Jodorowsky
24 images recommande Par Alexandre Fontaine-Rousseau , 2014-05-01

TOUT POUR SURPRENDRE

    Entre les éternelles rumeurs d'une suite au mythique El Topo et l'abandon d'un projet produit par David Lynch qui devait mettre en scène Marilyn Manson et Asia Argento, force est d'admettre que l'on n'espérait plus trop voir un nouveau film réalisé par Alejandro Jodorowsky, aujourd'hui âgé de 84 ans. Cette Danse de la réalité à laquelle personne ne s'attendait et en laquelle personne ne croyait plus vraiment a donc tout pour surprendre – d'autant plus qu'au-delà de quelques maladresses de mise en scène qu'on lui pardonnera aisément, le cinéaste s'y avère dans une forme étonnante, orchestrant une chronique de jeunesse surréaliste, à la fois cruelle et onirique, qui évoque le souvenir de l'Amarcord de Fellini.

    Récit d'une enfance passée sous la dictature combinée du président chilien Carlos Ibanez et d'un père autoritaire vénérant Staline, cette fable peuplée de personnages dont le cœur trop grand porte la souffrance du monde entier, de cortèges de pestiférés et de chorales de mineurs estropiés qui chantent à l'unisson que « la dynamite n'a pas de cœur », semble sortir tout droit d'un autre âge où le cinéma croyait encore à sa propre magie. En effet, il suffit ici que quelqu'un affirme « qu'une seule pierre peut tuer tous les poissons de l'océan » pour que cette prophétie se réalise et que le cinéaste se mette à philosopher sur ce spectacle à la fois horrible et fantastique.

    Traitant dans un même souffle passionné du fascisme et de la foi, ce film indéniablement ambitieux et résolument illuminé, le plus personnel qu'a signé Jodorowsky, nous permet surtout de renouer avec un auteur hors norme, à l'imaginaire éclaté, dont le cinéma multiplie les images fortes, à la fois drôles et sublimes. Comme celle, notamment, de ce père communiste qui détruit en pissant dessus un émetteur radio diffusant les nouvelles économiques et qui, plus tard, trouvera la rédemption en sablant une centaine de chaises avec ses mains paralysées, comprenant ainsi le sens profond du sacrifice. 

Texte paru originellement dans le numéro 164 de la revue 24 Images

 

La bande-annonce de La Danse de la réalité

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