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The Neon Demon
2 Commentaire(s)

Nicolas Winding Refn
24 images recommande Par François Jardon-Gomez , 2016-07-07

Miroir, suis-je toujours la plus belle ?

À quoi rime le formalisme de Nicolas Winding Refn, qui divise la critique depuis Only God Forgives ? Plus qu’un simple esthète adepte de propositions soignées, mais vides de sens, Refn est un symboliste, dans la tradition théâtrale du terme qui demande un récit presque statique et des personnages sublimes (au-dessus du réel) au service de la représentation d’un univers mental onirique. Le travail formel du cinéaste danois rappelle celui d’un Romeo Castellucci sur les scènes de théâtre contemporaines : il déploie un fil narratif ténu en plusieurs scènes (voire tableaux) où l’expérience sensorielle est partie prenante du discours. Le cinéma de Refn est d’abord affaire de sensations et de pulsions, ce à quoi répond l’esthétique hyperléchée que préconise le réalisateur, qui œuvre dans l’ordre du refoulé, de la psychanalyse et du rêve.

Comme dans Drive et Only God Forgives, ses deux films précédents, The Neon Demon adopte un rythme très lent qui permet au cinéaste de cultiver la tension : inévitablement, quelque chose va mal tourner. Et, comme à l’habitude, le déversement de violence sera impulsif, sanglant et grotesque. Refn travaille surtout l’horreur par l’expressionnisme de sa mise en scène, usant de tous les effets possibles pour faire de plusieurs plans une menace latente. Il continue de se poser en héritier de Jodorowsky, mais aussi de Dario Argento, tant The Neon Demon contient de renvois à Suspiria, en version moins gore (même le motif de la tapisserie dans la chambre de motel de Jessie, la jeune mannequin à peine débarquée à Los Angeles, évoque celui de la chambre où Pat meurt au début de Suspiria). Le contraste entre la noirceur des âmes et les paillettes, le glitter et les couleurs vives qui traversent l’écran est envoûtant. Refn joue de la tension entre statisme des corps et mouvement de la caméra, de la couleur et du son, si bien que ces derniers éléments donnent parfois l’impression de pulser à l’écran. L’utilisation alternée du travelling et du zoom, entre autres effets optiques, donne aussi l’impression que l’on se promène dans un univers hors du monde – les scènes d’extérieur permettent à peine de reconnaître Los Angeles et les intérieurs placent souvent les corps au milieu d’un grand espace blanc, noir ou beige, vide de toute signification.

Refn aime de toute évidence les figures, les clichés, les formules. Or, il est finalement assez peu intéressé à pervertir ces clichés; il s’en sert plutôt comme vocabulaire pour construire ses films. Mais si le cinéaste est un symboliste, il n’est pas un moraliste qui se préoccuperait de la profondeur de son discours. On peut évidemment voir dans The Neon Demon une critique de l’univers de la mode, du culte de la beauté et de la superficialité qui ronge le monde. Mais ce serait faire fausse route que de juger le film sur ces questions puisqu’elles sont davantage le point de départ que le point d’arrivée de l’œuvre. En fait, The Neon Demon est un conte cruel (de filles cruelles), détourné des fonctions rassurantes qu’on associe habituellement au genre. Les êtres qui traversent l’écran ne sont pas des personnages, mais à peine des idées ou des passions. Jessie est la Beauté; Ruby est le Désir; Gigi et Sarah sont la Jalousie. Il y a un peu de Blanche-Neige et de la Reine maléfique dans chacune de ces femmes, obsédées par l’idée du miroir qui leur révèle qu’une autre est plus belle. Ruby, Gigi et Sarah sont également des sorcières qui tentent de s’approprier le pouvoir de Jessie (le bain de sang final est un trope récurrent des witches), à défaut de savoir le contrôler. Le point de pivot du récit arrive à la moitié du film : oscillant entre réalité (elle fait son premier défilé de mode dans lequel elle est le clou de la soirée) et onirisme (elle y rencontre presque littéralement le « démon de néon » du titre, sorte de triangle d’abord bleu, puis rouge lorsque inversé, qui symbolise sa propre féminité et son passage vers un monde sexué). Jessie devient Narcisse, obsédée par sa propre beauté – elle s’embrasse d’ailleurs elle-même sur un miroir, objet étranger ni à aux contes de fées ni à la psychanalyse.

L’usage répété de sons de synthèse dans la trame musicale de Cliff Martinez rappelle également que tout ce qui se déroule à l’écran est artificiel. Les sons contribuent à la distance que prend Refn par rapport à ses personnages. Réduits à leur plus simple expression, ils sont presque vidés de toute intériorité et sans histoire personnelle. En ce sens, l’état final ou initial des personnages importe moins que le moment de transition que constitue le film, où ces corps peuvent espérer, souffrir, désespérer, ressentir. En continuant de construire un univers amoral, sans héros ni méchants parfaitement identifiables, Refn poursuit dans la veine de Only God Forgives et livre un film qui marie beauté et laideur pour embrasser toute l’inquiétante étrangeté de l’une comme de l’autre. 

La bande annonce de Neon Demon

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Commentaires

Mate 09-10-16 19h05
Des fantasmes de mec? Francis van den Heuvel, je te recommande fortement de lire « Beauté Fatale » de Mona Chollet et/ou « Simulacres et Simulation » de Jean Baudrillard. Au lieu de balancer des conneries pseudo-intellectuelles, ça va peut-être t'instruire un peu et te donner un minimum de réflexion afin d'appréhender l'oeuvre de Refn sous un autre angle. Félicitations pour l'absence d'objectivité! On voit que tu es parfaitement en mesure de faire ressortir autant de points positifs que de points négatifs dans un film. Et encore bravo pour tes comparaisons et l'intégration d'une critique externe pour éviter l'épuisement de tes propos! Une cinéphilie mal intégrée peut-être? P.S: Te mettre en valeur en affirmant que tu as monté plus de 500 publicités démontre à quel point tu cherches délibérément à t'imposer une certaine crédibilité afin de faire valoir tes ''arguments''. C'est triste.
Francis van den Heuvel 08-07-16 10h22
Hélas.... il ne suffit pas d'avoir du ‘’style’’....de faire de belles images. Il faut un regard, un point de vue, de l'imagination. Le peintre Claude Monet disait ceci: ''Ne pas peindre ce qu’on voit, puisqu’on ne voit rien, mais peindre ce qu’on ne voit pas''. Est-ce que Nicolas Winding Refn a un style? Ayant moi-même monté plus de 500 publicités durant 15 ans je reconnais tous les trucs publicitaires...la rhétorique visuelle et le ''sur montage'' publicitaire de Neon Demon. La seule qualité que je reconnaisse a son monteur Matthew Newman....il connait bien son logiciel Final Cut...le reste c'est du convenu...N'est pas Agnès Guillemot qui veut. Le Neon Demon est pour moi encore une fois un film de ‘’mec’’.....Qu'est-ce qu'il cherche réellement à révéler de l'âme féminine? Est-ce qu’il s’intéresse réellement a la Femme comme être humain? Des fantasmes de mec!!! ...Qui est Jesse, qu'est-ce qu'elle recherche dans l'univers du mannequinat? Qu'est-ce qu'être une Femme dans le Monde d'aujourd'hui... Avec Neon Demon on est loin du Godard de Vivre sa Vie , Une Femme est une Femme - de Ingmar Bergman et Persona, Saraband, Scènes de la Vie conjugale ou Lars von Trier et Melancholia , Dancer in the Dark.... Je ne comprends pas l'engouement de la Critique culturelle autour des films ''fabriqués'' de Nicolas Winding Refn Dans tout le brouhahha médiatique autour de ce film, j'ai retenu la critique très ''deleuzeienne et nietzschéenne''de Elisabeth Franck-Dumas dans le Libération du 7 juin dernier. http://next.liberation.fr/cinema/2016/06/07/the-neon-demon-la-vie-chair_1457947 ''...Certains objets (la mode, Los Angeles) sont tellement énormes qu’ils appellent d’y avoir succombé au moins un instant avec un minimum de fascination pour être rendus avec talent, férocité ou humour - voir, dans des registres différents, le Mulholland Drive de David Lynch ou le roman de Nathanael West, le Jour du fléau. Au lieu de quoi Refn, s’estimant peut-être immunisé contre la superficialité qui sévit dans ces deux univers par son statut d’Européen arty, et ce alors même qu’il cachetonne pour Gucci et YSL, se retrouve figé dans la position du cinglé moraliste en complet de laine, qui se contemple éructer son catéchisme depuis le fond d’un aquarium de miroirs.''....

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