Critiques
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La capture

Carole Laure
Par Cédric Laval , 2007-10-16

    C'est peu de dire que le dernier film de Carole Laure veut nous placer au centre d'un maelström émotionnel, d'une «agressivité douloureuse» (selon les propres mots de la réalisatrice) qui trouve sa racine dans les dysfonctionnements d'une cellule familiale traditionnelle. Dominée par un mari tyrannique et violent, la mère n'est plus qu'une ombre silencieuse, réfugiée dans un état qui frôle la catalepsie. Le fils de seize ans préfère les zones troubles de la délinquance aux pluies de coups dont le menace son père. Seule la fille aînée de vingt ans, Rose, a pu briser cette trajectoire vers l'abîme en fuyant à Montréal, où elle semble avoir trouvé un équilibre dont on pressent qu'il est précaire.

    Aussi sincère que soit la démarche de la réalisatrice, aussi nécessaire que soit ce cri de révolte contre le martyr des faibles, brutalisés par un bourreau au visage familier, l'intensité émotionnelle qui ne se relâche jamais finit par exaspérer le spectateur et brise le lien d'empathie qui aurait dû se créer. Les cours d'expression corporelle que suit Rose, les étreintes sexuelles qui scandent le récit, les regards anxieux vers un hors-champ menaçant, les silences lourds de signification, tout fait signe pour souligner d'un trait noir cette intensité douloureuse qui détruit un à un les personnages. Le spectateur est pris en otage de cette intensité qui perd tout relief à force de jouer sur un registre unique. Les personnages aussi peinent à exister, prisonniers d'un seul trait qui les résume en les appauvrissant. Le film n'est pas dépourvu de trouvailles visuelles intéressantes (la scène de violence conjugale vue à travers les yeux des enfants cachés sous la table, où les jambes des protagonistes se livrent à une chorégraphie ambiguë et troublante…), mais la musique omniprésente, l'onirisme désaccordé de certaines séquences, l'insistance ennuyeuse des scènes de sexe, renforcent cette esthétique du soulignement au détriment de la suggestion. Et si la capture du titre faisait référence à celle du spectateur pris au piège d'une cinéaste ayant perdu le contrôle de ses (bonnes) intentions?
 

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