ÉditoS
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Le sens du devoir
4 Commentaire(s)
Par Helen Faradji , 2016-04-07

    Un flirt avec les 500 millions de dollars de recettes au box-office mondial dès son entrée en piste et un splash critique dont les échos d’une virulence absolue sont encore assourdissants aujourd’hui. La situation n’est évidemment pas nouvelle et Batman v Superman : Dawn of Justice ne fait qu’ajouter son nom à la longue liste de films assassinés par la critique mais courus par le public (Transformers, Fast & Furious, Twilight et toutes leurs déclinaisons…). Un décalage qui semble toutefois sur ce cas précis si immense qu’une rumeur a même couru prétendant que les critiques auraient en réalité été payé par le studio concurrent, Marvel, pour déverser leur fiel. Car bien sûr, nous savons tous que le critique, en plus d’être animé d’un désir de nuire constant et malfaisant, est fondamentalement malhonnête.

    Évidemment, que la colonie critique se soit enthousiasmée dans les grandes largeurs pour le nouvel opus Star Wars en décembre dernier n’y change rien. Dès que l’occasion se présente (ce qui arrive de plus en plus souvent), la bonne vieille accusation pointe à nouveau son nez : les critiques sont d’atroces snobs, incompétents et hypocrites, qui ne comprennent rien au divertissement et ne veulent en réalité qu’admonester le pauvre spectateur qui ne demande rien qu’à « oublier-sa-vie-triste-et-grise-devant-un-film-qui-ne-l’oblige-à-rien-d’autre-qu’à-avoir-du-fun ». Que le film soit bon, que la mise en scène y soit lisible et intelligente, l’idéologie fine et équilibrée, le reflet du monde pertinent et profond (oui, même dans Batman v. Superman), quelle importance ? Why so serious ?, ricanerait l’autre. Tant que la chose nous amuse, nous aide à nous évader, nous coupe du réel pendant 2h30….

    De l’autre côté de l’Atlantique, une solution peut-être encore plus radicale que les geignardises anti-critiques diffusées sur les réseaux sociaux, semble avoir été trouvée. Ne pas montrer le film aux critiques, tout simplement. Pour donner une vague idée de comment les choses se passent : une semaine, parfois deux, avant sa sortie en salles, le film est en général montré lors de projections matinales réservées à la presse (à noter, les blockbusters échappent en général, ici, à cette tradition et sont plutôt montrés au public lors d’avant-premières un ou deux jours avant la sortie, le critique étant invité, ou non, à ces soirées où il pourra donc prendre le pouls de la réaction du « vrai monde »). Le critique rédige ensuite son papier ou fait son entrevue et fait connaître son avis dans une fenêtre de quelques jours, la plupart du temps précédant la sortie. Comment couper court ? L’équipe des Visiteurs 3, en France et ici au Québec, a trouvé ! En n’organisant aucune possibilité pour les critiques de voir le film avant son arrivée en salles. Pan dans les dents !

    Vraiment ?

    Entendons-nous bien. Que la presse s’exprime et soumette a priori son avis expert (ce que l’on souhaite) sur Batman v. Superman ou sur Les visiteurs 3 ne changera strictement rien au destin commercial de ces films qui auront su, à grands renforts de publicités, attirer l’attention sur leur existence de façon presque tyrannique. Pour le dire autrement, il n’y a strictement rien à découvrir là. Mais de façon plus globale, que la critique s’efface – ou soit effacée – devant ces films est à long terme extrêmement dommageable. Son absence finirait par conduire à un autre cliché entretenant l’idée d’un cinéma à 2 vitesses : d’un côté, les gros films n’existant que grâce aux dollars qu’ils peuvent aligner pour leur promotion (la cagnotte sera alors forcément remportée par le plus riche, puisque le plus visible), de l’autre le reste de la production qui a « besoin » de la critique pour être soutenu et défendu, tant idéologiquement que matériellement. Les gros qui n’ont besoin de personne V. les petites victimes qu’il faut donc protéger. Avouez que ça fait rêver…

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Commentaires

Mathieu 07-04-16 19h12
Pourquoi vous nous faites pas une critique du dernier STAR WARS au lieu de parler d'un énième film de super-héros gonflé aux effets spéciaux numériques? Le STAR WARS était un retour à la nostalgie de la vieille trilogie. J'aurais voulu une critique du film de J.J. Abrams avec ses défauts et ses qualités. On a bien eu droit à une critique d'un film commercial comme SPECTRE...
Francis van den Heuvel 07-04-16 17h14
Cher Almereyda, le but de l'éditorial de Mme Faradji n'est pas de nous faire rêver.....Il me semble selon moi qu'on rêve déjà suffisamment....Basta pour moi!!! Son éditorial pointe vers quelque chose qui est entrain de se développer partout dans le monde et particulièrement dans le cinéma: est-il encore possible de résister à cette prise d'otage des libertés individuelles et intellectuelles ?....n'avons-nous d'autre choix que de contempler, sans pouvoir réagir, l'atrophie insidieuse de notre individualité au profit d'une masse nivelée par le bas ?
Almereyda 07-04-16 10h05
J'avoue qu'un édito comme ça ne me fait pas rêver! Du verbiage pour ne rien dire qu'on ne sache déjà.
Francis van den Heuvel 07-04-16 09h45
Vous avez tout à fait raison …''que la critique s'efface - ou soit effacée - devant ces films est à long terme extrêmement dommageable''.... Oui c'est dommageable...La critique est essentiel, selon moi, a la survie du cinéma et aussi parce qu'il est extrêmement stimulant d'être bousculé dans nos certitudes de cinéaste et de spectateur. C'est l'esprit critique qui nous libérera des idées reçues. La critique permettra de transformer le fiel en matière noble Sans crainte du politiquement correct, sans caricature non plus... Hélas, je crains qu'à notre époque la liberté est guidée soit par le bruit médiatique ou par le silence. ....''Ce qui importe ce sont les films, et non les prix; les expériences, et non les galas; la puissance subjective des points de vue critiques individuels, et non les compromis déclamatoires des consensus....'' Richard Brody - New Yorker

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