ÉditoS
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Paris-Montréal
Par Helen Faradji , 2016-04-28

    À Montréal, on attend toujours de voir ce qu’il en sera de ce projet de revitalisation du petit bout du boulevard Saint-Laurent où jadis, l’ExCentris avait pignon sur rue. Un projet qui impliquerait MK2, société de production et de distribution de films française également propriétaire d’un parc de salles qui pourrait donc, peut-être, s’étendre jusqu’à Montréal. La France, terre de cinéma s’il en est une, sauveuse de situation? Le dossier est en tout cas sous observation.

    Mais qu’en est-il dans le sens inverse? Les sauvetages d’institutions fonctionnent-ils de la même manière? Si à l’étranger, on vante souvent la créativité québécoise (musicale, cinématographique, littéraire…), qu’elle s’exporte souvent avec succès (encore un beau triplé cannois d’ailleurs cette année avec la présence sur la croisette de Xavier Dolan, François Jaros et Kim Nguyen) et que le monde semble encore se gratter la tête en se demandant comment un si petit pays parvient à produire autant de créateurs, et si différents, reste que d’un point de vue commercial, les choses semblent différentes.

    C’est Télérama qui racontait l’histoire, sans être tout à fait convaincus, on le sent, en début de semaine dernière. Tout commence en 1991. Place d’Italie, à Paris, on inaugure un bâtiment soigneusement conçu qui dès l’année suivante deviendra une salle de cinéma pour le moins gargantuesque (une salle de 652 places et deux autres de 100 places, avec un écran géant et panoramique de 243m²). Le Gaumont Grand Écran, puisque c’est ainsi qu’il est nommé, prend ses aises et règne en écran tout puissant sur la faune artistico-cinéphile parisienne. En 2005, pourtant, patatras. La société EuroPalace qui le gère annonce sa fermeture en raison d’une baisse de fréquentation de plus de 10%.

    Un acquéreur se porte à la rescousse de l’endroit mais devant sa volonté de le transformer en galerie marchande, c’est le branle-bas de combat. Une association, Sauvons le Grand Écran, se crée et des pétitions, signées par d’anciens Ministres de la Culture, circulent. D’autres acquéreurs, porteurs d’une vision culturelle, pointent le bout de leur nez, mais rien n’y fait. En 2007, la mairie autorise la démolition de l’immeuble. Avec un sens du rebondissement qui ferait pâlir maître Hitchcock lui-même, l’affaire se complexifie en 2011, lorsque EuroPalace fait volte face en annonçant qu’il va aménager là un nouveau complexe d’une dizaine de salles. Puis en 2013, rebadaboum, c’est finalement le projet d’y installer une salle de sports qui émerge, projet qui se cassera la figure après qu’en 2014, les travaux soient stoppés par les inspecteurs du service de l’urbanisme et que le maire convainque le Conseil de Paris d’adopter une résolution annonçant que le lieu restera bel et bien une destination culturelle.

    Compliqué, vous dites? La saga de l’ExCentris fait en tout cas figure de conte pour enfants d’une simplicité absolue face à l’histoire de cette salle qui en 2015 passera encore entre 1001 mains pour finalement faire entrer dans la danse… Juste pour Rire. Oui, le Juste pour Rire bien de chez nous à qui le propriétaire des lieux a, contre toutes attentes confié la gestion du Grand Écran. La salle de cinéma deviendra donc non pas une galerie marchande, comme craint par plusieurs, mais bel et bien une salle de spectacles, la plus imposante de la rive gauche parisienne (on y prévoit une salle de 900 places et une autre de 150), où pourront venir s’ébrouer les artistes made in hahaha dès septembre 2017.

    Certes, que les griffes d’un énième mall se desserrent autour d’un lieu culturel peut évidemment réjouir. Et pourtant. Comment ne pas garder au fond de la gorge un petit gout amer? Celui bien sûr de voir l’idée même de faire vivre une salle de cinéma complètement abandonnée. Mais celui aussi que laisse l’idée d’une salle où la culture ne sera plus vraiment envisagée comme un espace de découvertes, de défrichage, de mise de l’avant de nos secrets les mieux gardés, mais comme un autre coup de projecteur réservé à des artistes qui, soyons francs, n’en ont probablement pas besoin. Que le Québec s’exporte, oui, oui et encore oui. Mais encore faut-il réfléchir à ce que l’on veut exporter et faire “découvrir” de notre culture pour qu’une telle traversée de l’Atlantique soit bénéfique.

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