ÉditoS
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PLUS ÇA CHANGE….
2 Commentaire(s)
Par Helen Faradji , 2016-05-26

    Que retentir de ce Cannes 2016 ? D’abord, que Ken Loach entre dans la légende en devenant le 6e homme de ce club ultra-select où s’ébrouent les double palmés (Coppola, Imamura, Kusturica, les Dardenne et Haneke). Ensuite, que le palmarès livré dimanche soir par George Miller et son jury a visiblement déçu. Il suffit de traîner sur le web pour le constater (mention spéciale au compte Twitter des Cahiers qui, en commentant en direct la remise des prix, a fait preuve d’un fiel rageux comme on n’en avait plus lu depuis longtemps !). Car si la plupart veulent bien reconnaître qu’il fut sauvé du désastre le plus complet par la présence d’Andrea Arnold (prix du jury pour American Honey) et de Xavier Dolan (grand prix, mazette, pour son Juste la fin du monde et un second prix pour une seconde participation en compétition ce qui n’est pas rien), les prix remis à Le client d’Asghar Farhadi (scénario et interprétation masculine), à Ma’Rosa (interprétation féminine pour Jaclyn Jose qui avait l’air aussi surprise que le reste de la planète cinéphile) ou à Personal Shopper d’Olivier Assayas (mise en scène ex-aequo avec Cristian Mungiu) ont laissé un goût plus qu’amer à ceux qui entendaient voir Cannes adouber un cinéma moins ronronnant, plus audacieux, plus novateur (en gros Toni Erdmann, la révélation signée Maren Ade, le poétique et rock Paterson de Jim Jarmusch et le fort intriguant Elle de Paul Verhoeven). Emblème de ce palmarès pantouflard, Loach, donc, que les Inrocks n’ont pas hésité à renvoyer dans les cordes, notant avec intelligence : "“Un autre monde est possible. Et même nécessaire”, a conclu le cinéaste à l’issue de son discours de remerciement. Mais un film peut-il construire un autre monde sans travailler à penser la possibilité d’un autre cinéma ?"

    Certes. Mais de l’extérieur, sans donc avoir vu ces films aujourd’hui devenus pommes de discorde, restent quelques interrogations. Car un simple travail d’observation peut en effet faire tiquer de la même façon. Et d’étranges similitudes peuvent facilement se remarquer entre ce cru 2016 et celui de l’année précédente, tout également décevant.

    Deux années de suite, on avait en effet décidé de confier la présidence du jury à des cinéastes plus pop, plus « grand public » (Miller et les Coen), en espérant peut-être réunir à nouveau les conditions gagnants du sacre de La Vie d’Adèle par Spielberg  (moins probablement celles de la palme donnée à l’Oncle Boonmee par Tim Burton). Mais dans les deux cas, ces cinéastes adulés, ces chouchous de la critique et des salles, ont préféré miser sur la sécurité, offrant la précieuse palme à des films ouvertement sociaux (I, Daniel Blake et Dheepan), comme s’il fallait rappeler à tous que le cinéma a une importance politique, qu’il n’est pas qu’affaire vulgaire d’art ou pire de divertissement, qu’il « compte » puisqu’il enregistre sérieusement les soubresauts de notre monde, peu importe qu’il le fasse conventionnellement ou non. Et les deux années, c’est aussi par le Grand Prix (Dolan et Laszlo Nemes) que la mise en scène, terreau pourtant primordial à la croissance du cinéma, a pu se tailler une place. Par le grand prix que l’on a réglé les dissensions critiques. Par le grand prix que la morale dans l’usage du gros plan a pu devenir sujet de discussions.

    Si les deux années ont également prouvé que Cannes restait néanmoins un lieu privilégié d’émergence de nouveaux talents (Nemes et l’allemande Maren Ade, cette année, malchanceuse au palmarès mais dont le nom a assurément réussi à se frayer un chemin jusqu’à nous), reste que l’impression d’une formule étonne. Comme si là aussi, dans ce sacro-saint temple du cinéma que Cannes s’évertue à être, on se drapait dans une étrange vertu consistant à utiliser les films pour « faire passer un message » plutôt que de les laisser libres, fougueux, sauvages sans chercher à leur faire jouer un rôle ou une fonction.

    La palme est une récompense « sérieuse », n’en doutons pas. Mais deux années de suite, nous venons de voir des cinéastes prendre cette idée bien trop au pied de la lettre. Peut-être faudra-t-il, afin que l’excitation nous gagne à nouveau, s’en libérer un peu ?
 
Bon cinéma

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Commentaires

Lau 26-05-16 12h02
« Mais un film peut-il construire un autre monde sans travailler à penser la possibilité d’un autre cinéma ? » Cet autre cinéma, c'est la vision de l'auteur : le cinéma de Truffaut, le cinéma de Godard, le cinéma d'Hitchcock, le cinéma d'Ozu, le cinéma d'Akerman, le cinéma de Spielberg. Il faudrait voir comment Loach construit sa vision du monde et non pas comment Loach construit un autre cinéma. Pourtant, s'il construit une vision du monde, il construit déjà un autre cinéma.
Francis van den Heuvel 26-05-16 11h37
Oui ...le coté pantouflard du dernier palmarès de Cannes ne m’a pas étonné.....C'est l'air du temps, cela ressemble a notre société spectacle. En accordant la Palme d'or a Ken Loach le jury vient rassurer le Bobo caché en Thierry Fremaux et peut etre en chacun de nous....Les films de Loach ne m'intéressent plus depuis longtemps...J’ai cessé de croire en ce genre de cinéma bien-pensant.... Je n'ai pas vu Ma Loute de Bruno Dumont , ni Toni Erdmann de Maren Ade, ni Paterson de Jim Jarmush, ni Juste la fin du monde de Xavier Dolan. J,ai vu bien avant Cannes le film de Nicolas Winding Refn The Neon Demon et je me suis demandé ce qu'il faisait dans ce Palmares. Fim bete, insignifiant, violent, bien emballé dans une esthétique publicitaire et horiblement sexiste...J,ai vu également La Voie Lactée (The Milky way) de Emir Kusturica film refusé a Cannes..Non…. ce n'est pas un film de propagande serbe, ni un film pro-Poutine....C’est un film sur la complexité humaine, sur les choix a faire dans la vie.... Ma Palme d'or a moi va a Houda Benyamina, la réalisatrice du film Divines.Ce fim aurait du avoir sa place dans ce récent Palmarès officiel J’ai vu Divines et ce film magnifique, tonique est loin de toute moraline dégoulinante, criarde et hystérique qui a envahi notre cinématographie par la tyrannie émotionnelle... Houda Benyamina en appelle à voir plus de femmes pour faire la sélection des films à Cannes mais aussi partout ailleurs : '' il faut des femmes, des femmes, des femmes ! ''.

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