ÉditoS
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Éditorial
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Par Bruno Dequen , 2016-10-12

À la Semaine de la critique du dernier Festival de Cannes, Grave, premier long métrage de la cinéaste française Julia Ducournau, a créé l’événement. Récit d’initiation classique d’une jeune élève vétérinaire, cette œuvre choc mute progressivement pour se transformer en un pur film de genre explorant l’apprentissage du cannibalisme. Au Festival de Toronto, Grave a carrément provoqué des évanouissements dans la salle… Véritable sensation, le film suscite l’enthousiasme des critiques (il a obtenu notamment l’un des prix FIPRESCI décerné par la Fédération internationale de la presse cinématographique) et des amoureux du cinéma de genre tel que Mitch Davis, le codirecteur du Festival Fantasia, qui a justement décidé de mettre sur pied cette année un programme spécial de cinéastes émergentes intitulé Born of Woman. Ce dernier revient d’ailleurs sur la genèse de ce programme dans ce numéro.

Bref, les femmes s’emparent de plus en plus du cinéma de genre. Est-ce un phénomène récent ? Quelles sont les pionnières et les réalisatrices les plus importantes aujourd’hui ? À travers des portraits, des entrevues et des textes de réflexion sur la démarche de nombreuses créatrices, l’équipe de 24 images propose un dossier spécial sur le cinéma de genre au féminin. Sans chercher l’exhaustivité, nous avons avant tout tenté de représenter une diversité d’univers et de parcours créatifs. Diversité qui va de Doris Wishman à Karyn Kusama et Kathryn Bigelow, qui ont toujours évolué dans le genre, à Andrea Arnold ou Alice Winocour, qui intègrent des tropes génériques au sein de leurs drames, en passant par Lucile Hadzihalilovic, dont les contes angoissés ne se laissent pas facilement apprivoiser, ou encore Marina de Van, qui plonge dans le x pour mieux représenter des états mentaux instables.

Un tel tour d’horizon permet bien entendu de prendre la mesure de la créativité inspirante dont ont su faire preuve nombre de cinéastes, mais aussi des difficultés auxquelles elles continuent de faire face au sein d’une industrie qui cherche trop souvent à les marginaliser ou à étouffer dans l’œuf leur désir de création. Pour certaines, comme Karyn Kusama, le cinéma de genre est une passion pour laquelle elle continue de se battre après avoir été attirée, puis abandonnée par Hollywood. Pour d’autres, comme la pionnière Stephanie Rothman, le cinéma bis à petit budget représentait au contraire le seul médium auquel elle pouvait avoir accès.

Si les parcours sont différents, toutes les cinéastes évoquées dans ce numéro partagent une même volonté de défier les catégorisations. Que ce soit, bien entendu, au niveau de la place que l’industrie tente de leur imposer, mais aussi au chapitre même de la facture de leurs films, chacune fait preuve d’une audace rare et d’une sensibilité forte capable de faire plier les conventions au profit de l’authenticité de leurs visions. À l’image d’Abbas Kiarostami, le grand explorateur des liens entre fiction et documentaire, à qui nous rendons hommage en ouverture de ce numéro, mais aussi de Céline Baril, dont l’approche essayiste mise en valeur dans La théorie du tout invite « chacun d’entre nous à se redéfinir ».

Le cinéma de genre décomplexé est au cœur de toutes les sections de ce numéro, puisqu’un entretien avec Takashi Miike nous a donné envie de revenir sur quelques films jalons de son impressionnante filmographie. De même, une grande partie des points de vue proposés portent sur des films vus lors du Festival Fantasia. Lorsque l’été n’a à nous proposer que quelques blockbusters hollywoodiens de moins en moins inspirés et un 3 petits cochons 2 dont nous préférons oublier l’existence, il faut aller voir ailleurs. En attendant la surdose des films de l’automne, nous espérons que vous pourrez à travers notre plus récent voyage dans le genre, faire de belles découvertes.

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Commentaires

george georgionis 13-10-16 19h47
ou les femmes cineastes d'ici dans le revue.

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