ÉditoS
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Plus ou moins
1 Commentaire(s)
Par Helen Faradji , 2017-01-05

    Elle n’a qu’à peine commencé que déjà on fait peser sur elle d’énormes pressions. C’est qu’elle doit effacer celle d’avant, la terrible. Elle doit nous rassurer, nous réconforter, nous faire oublier les attentats, les morts, les désespoirs pires et variés. Même qu’on irait aussi jusqu’à lui demander de nous donner de l’espoir. Rien que ça. Oui, 2017 a assurément du pain sur la planche. Mais en attendant de voir de quel bois elle va se chauffer au juste, cette nouvelle année, voici dix souhaits en forme de plus ou moins… Alors, en 2017, voudra-t-on…

    * Plus ou moins de films ? C’est une des marottes de la planète cinéphile : le nombre de films à sortir chaque semaine. Parfois, il donne le tournis, c’est vrai. Et dans le lot, ne mentons pas, il n’y a pas que des chefs d’œuvre. Mais plus ou moins ne réglera assurément pas la question. Car le problème, s’il y en a un, n’est pas de quantité mais de qualité.

    * Plus ou moins de salles ? À Montréal et au Québec en général, la réponse est simple : plus. Mais pas n’importe lesquelles. Si le parc de salles de nos villes doit assurément se remplumer, cela doit se faire au bénéfice de salles conviviales, chaleureuses, à dimension et visage humains, où le cinéma programmé est réellement mis de l’avant et qui feront, chacune à leur façon, vivre nos quartiers.

    * Plus ou moins de festivals ? On le voit : si les salles ont eu bien du fil à retordre en 2016, les festivals, eux, se sont plutôt bien portés. Mis à part la déconfiture du FFM qui n’a, rappelons-le, étonné personne, la cohorte de festivals québécois a plutôt bien tiré son épingle du jeu. En ajouter un ou mille ne semble pas une priorité si ceux qui existent continuent à occuper le terrain dans la joie et la bonne humeur.

    * Plus ou moins de femmes ? La Sodec et Téléfilm Canada l’ont décidé : ce sera plus. 50% des projets retenus devront, à qualité égale (la grande inconnue de l’équation), être proposés par des femmes. Les règles sont donc là désormais. Ce sera au tour des dames de démontrer que la porte qui est maintenant ouverte devait bel et bien l’être. Car rappelons l’évidence : un mauvais film, fait par une femme ou un homme, reste un mauvais film.

    *Plus ou moins de diversité ? Corollaire de la question précédente, celle-ci pourtant n’a pas encore bénéficié d’un encadrement aussi strict. Pourtant, la réalité l’exige. Combien sont-ils, ces visages issus de la diversité visibles à l’écran ? Même les cinq doigts d’une main semblent trop nombreux pour les compter… Pour l’exemple, les Baftas ont, eux, annoncé que dès 2019, les films nommés dans les catégories meilleur film et meilleur premier film devront respecter les règles de représentation de la diversité (à l’écran ou derrière la caméra). À suivre.

    * Plus ou moins de vedettes ? L’année 2016 aura donné la réponse la plus définitive à la question. Grand champion de l’année en termes de box-office et de retentissement, 1.54 de Yan England aura réussi son pari en imposant plusieurs nouveaux visages, de jeunes comédiens encore en devenir. Ceux qui font les révolutions… de Mathieu Denis et Simon Lavoie fera le même pari, début 2017, comme l’avait fait la fine équipe de Prank en octobre dernier. Ne pas avoir peur qu’un film ne soit pas publicitaire, qu’on ne puisse pas le « vendre » sur le nom de quelques vedettes récurrentes, serait peut-être la meilleure chose qui pourrait arriver à notre cinéma.

    * Plus ou moins de films populaires ? Si populaire ne veut pas dire 3 P’tits cochons, autrement dit lourdeur, plus petit – et vulgaire - dénominateur commun, manque d’inventivité et d’audace, alors oui. Car nous avons besoin de films porteurs, de locomotives qui, en plus d’attirer le public, génèrent un intérêt plus global, plus diffus, pour le cinéma qui en a bien besoin.

     *Plus ou moins de web ? Que ça nous plaise ou non, le web n’est pas ce parent pauvre du monde du cinéma, regardé de haut, mais bel et bien un lieu de diffusion de plus en plus efficace. Il nous appartient à nous, cinéphiles, acteurs du milieu, de réussir à en faire un lieu qui ne supplante pas les façons de faire traditionnelles mais les accompagne, les enrichit, les bonifie.

    * Plus ou moins de critique ? 2017 sera-t-elle l’année de la disparition de la profession ? Médias qui ferment, voix peu ou pas entendues, confusion de plus en plus généralisée entre opinion et critique…. L’espoir est nécessaire. Car un monde sans point de vue critique, sans réflexion sur l’art, sans recul et perspective historique est un monde d’une tristesse et d’une platitude infinies. Un souhait, donc, autant qu’une question : que la diversité des voix critiques, leur force, leur pertinence, leur lucidité trouvent encore de quoi subsister en 2017.

    * Plus ou moins… en vrac : pour 2017, souhaitons-nous moins de snobisme, de sinistrose, de manque d’appétit, de prêt-à-penser et de prêt-à-consommer. Mais plus, et en quantités infinies, d’audace, de générosité, de sincérité, d’enthousiasme et d’énergie. Avec ça, on devrait survivre au moins encore un an

 

Bonne année et bon cinéma à tous

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Commentaires

Francis van den Heuvel 09-01-17 12h53
Voila un bilan et des vœux qui m’interpellent.... ‘’Ce n’est pas la quantité de films qui compte mais la qualité.’’ ''Un mauvais film, fait par une femme ou un homme, reste un mauvais film''. Oui le ''le web n’est pas ce parent pauvre du monde du cinéma, regardé de haut''. Le web c’est l’avenir du Cinéma qui permettra d’éviter le sectarisme et la bien-pensance qui domine beaucoup de Festivals. Oui la Critique est nécessaire pour interroger et confronter le regard du Cinéma sur le Monde réel. En ce qui me concerne je souhaite que le Cinéma s'affranchisse de l'univers publicitaire et du vedettariat. Que le Cinéma retrouve également la Liberté avec une certaine intelligence émotionnelle et sache soigner ses carences philosophiques. ‘’Quand sonna le cessez-le-feu L'un de nous perdait ses cheveux Et l'autre avait les tempes grises Nous avons constaté soudain Que l'été de la Saint-Martin N'est pas loin du temps des Cerises.’’ Georges Brassens

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