ÉditoS
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Années 1980 – Laboratoire d'un cinéma populaire
Par Bruno Dequen , 2017-07-31

Après avoir exploré dans notre dernier numéro l’impact du cinéma sur la création théâtrale contemporaine, c’est un tout autre type d’influence que cette édition d’été décortique : celle du cinéma populaire américain des années 1980 sur les films d’aujourd’hui. Une exploration ludique qui s’est finalement déployée selon un double objectif : tracer l’influence (in)directe de certains cinéastes (John Carpenter, Brian De Palma) et tenter de définir l’essence singulière de cette décennie souvent décriée par la critique, qui fut à l’époque prise de court par l’avalanche soudaine de films de genre, de films destinés au jeune public et d’œuvres qui, comme le souligne dans son introduction Julien Fonfrède, le responsable de ce dossier, alternaient sans complexe le sublime et le grotesque. Si la mouvance actuelle de pastiches eighties représentée par le succès de la série Stranger Things ne peut être niée, notre but n’était pas tant de replonger dans l’imaginaire spielbergien, qui a en quelque sorte été la partie la plus visible du cinéma commercial de cette période, mais plutôt de revisiter des pans de cette décennie singulière laquelle, rétrospectivement, mérite une réévaluation : qu’il s’agisse des multiples formes de la culture punk à l’écran, de l’obsession de l’époque pour les évolutions technologiques et l’exploration spatiale, de la versatilité d’un Clint Eastwood, seul cinéaste-star à avoir su incarner lui aussi cette décennie, de l’explosion créative du synthétiseur comme instrument musical de prédilection ou encore de l’originalité de John Hughes, célébrée par Vincent Biron, le réalisateur de Prank. Profitant de la perte de contrôle temporaire des studios qui ne s’étaient pas encore remis de la chute du Nouvel Hollywood, les années 1980 ont été celles du décloisonnement d’un cinéma populaire affirmant sans complexe son désir de divertir et d’émouvoir. Outre les références musicales évidentes, c’est cet héritage du cinéma populaire des années 1980 que la cinéaste américaine Jennifer Reeder incarne brillamment. Accompagnés d’un texte d’Emilie Mannering (réalisatrice de Star, disponible sur le DVD de notre numéro 181), trois films permettent ainsi de découvrir l’univers féminin à fleur de peau d’une cinéaste de plus en plus reconnue, qui va d’ailleurs sortir son premier long métrage cette année.

Dans le cadre de notre chronique annuelle sur les liens entre Montréal et le cinéma, Louis Pelletier, retraçant une histoire des premières salles de la métropole, rappelle le rôle important que ces dernières ont joué dans la promotion et la diffusion de la culture québécoise (canadienne-française à l’époque). Débutent par ailleurs dans ce numéro deux nouvelles chroniques consacrées, d’une part, aux séries (Céline Gobert, qui s’intéresse pour commencer à The Handmaid’s Tale, la série adaptée du roman de Margaret Atwood) et, d’autre part, aux liens entre cinéma, jeux vidéo et projets interactifs (Damien Detcheberry, qui nous propose une réflexion croisée sur le projet de réalité virtuelle d’Alejandro González Iñárritu et le jeu vidéo This War of Mine). À souligner également le compte rendu par Robert Daudelin de l’ouvrage qu’a consacré à André Forcier notre ancienne rédactrice en chef, Marie-Claude Loiselle. Une étude passionnante et éclairée qui, à l’image de son auteure, s’éloigne de la structure habituelle des monographies pour proposer plutôt un essai permettant de mettre en lumière « l’œuvre funambule » d’un des cinéastes les plus originaux du Québec. Cette mise en valeur originale de la singularité du travail de Forcier est à l’image de l’analyse fouillée qu’André Habib consacre au Film de Bazin de Pierre Hébert, cinéaste aussi atypique qu’érudit dont nous avons toujours admiré le parcours et la démarche créative.

Enfin, c’est en écrivant ces lignes que nous avons appris avec une profonde tristesse le décès de Michka Saäl. Cinéaste d’une écoute et d’une ouverture rares, femme d’une infinie générosité de cœur, Michka enrichissait par sa présence la création et la vie montréalaise. Nous venions à peine de collaborer sur l’édition DVD de son film Spoon (24 images no 182), et elle me parlait déjà de ses projets à venir. Nous reviendrons dans un prochain numéro sur la beauté et l’intelligence de son œuvre. En attendant, c’est du fond du cœur que nous lui dédions ce numéro.

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