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Les 50 ans de l’art vidéo

Revue No165

Éditorial

par Marie-Claude Loiselle

 

L’art vidéo célébrait ses 50 ans cette année. Ce que les dates anniversaire ont de profitable, c’est qu’elles permettent d’envisager l’espace parcouru depuis un point d’émergence pour mieux voir où ce chemin nous a conduits, et vers quel horizon il s’ouvre. Depuis que Paik, Vostell et Averty lui ont donné naissance en 1963, l’art vidéo a gagné les pays d’Asie, d’Amérique latine, mais également ceux d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, là où les peuples résistent ou font la révolution. C’est aussi dans ces pays que cette pratique vient réactiver ce qu’elle a été dès ses débuts : un geste artistique, poétique et politique exécuté dans un désir de libérer le langage, et de se libérer par le langage, d’un ordre établi. Signe que cet art est toujours demeuré vivant et en mouvement…

Nous entamons ce dossier avec un texte de Marc Mercier, fidèle collaborateur de 24 images, mais avant tout directeur artistique des Instants vidéo, événement basé à Marseille, qui nous accueillait en novembre dans le cadre des célébrations de ce cinquantenaire (voir p. 24 à 32). Il nous parle de ceux qui ont ouvert son regard à cet art si difficile à circonscrire en brûlant ce qu’ils adorent, comme il le dit de Jean-Paul Fargier. Il souligne que l’art vidéo existe comme question, qu’il est « un désaccord », ce qui fait que « la langue ne peut en rendre compte qu’en se désaccordant elle-même, en se faisant poème ». La vidéo appelle en cela à inventer une nouvelle critique. Ce qui n’est pas sans dégager pour nous des perspectives stimulantes… ! Nous enchaînons avec un texte qui se penche sur cette période d’effervescence qu’ont été les années 1970, avec la fondation au Québec d’un grand nombre de centres de création et de diffusion autogérés par les artistes. Cet historique permet de voir comment, parmi ceux qui se sont emparés de la technologie vidéo, deux écoles de pensée n’ont jamais cessé de s’affronter tout en cohabitant : celle du documentaire à caractère social ou ouvertement politique et celle de l’expérimentation formelle et narrative (l’art vidéo). De cette expérimentation, Christine Ross reconnaît dans l’exploration temporelle une des caractéristiques fondamentales de cet art : ce qu’elle appelle une « phénoménologie du temps long ». Mais elle montre aussi que la réappropriation de ces questionnements sur le temps par les arts contemporains a sonné la fin de la vidéo comme pratique distincte. Ce qui lui fait dire que nous nous situons aujourd’hui « après la vidéo », que celle-ci persiste avant tout comme effet. Il n’y a qu’à voir le travail de cinéastes tels Tsai Ming-liang ou Apichatpong Weerasethakul pour s’en convaincre… Mais « après la vidéo », c’est aussi là où se situe d’une manière toute différente Dominic Gagnon lorsqu’il recycle les images du Web pour parler des peurs et des formes de révolte qui traversent nos sociétés : ces « rumeurs noires d’aujourd’hui ». Le texte qu’il signe ici, véritable montage de la pensée, est à l’image de ses films : politique et labyrinthien. Enfin, après les pages que nous consacrons à des entretiens avec Anne Golden, Jocelyn Robert, Catherine Ikam et Louis Fléri réalisés aux Instants vidéo de Marseille, nous vous présentons les œuvres figurant sur le DVD 24 images du présent numéro, qui propose un parcours à travers l’art vidéo québécois, de 1972 à 2013, mettant ainsi en lumière quelques jalons essentiels.

Dans l’esprit de ce dossier, notons qu’un de nos « Chemins de traverse » rend hommage à Aldo Tambellini, artiste important du New York des années 1960 dont le dernier Festival du nouveau cinéma nous a permis de découvrir l’œuvre, rappelant à notre mémoire qu’il avait été parmi les premiers à explorer les possibilités de la vidéo et des installations-performances. Par ailleurs, à l’occasion de la sortie prochaine de Tom à la ferme, quatrième réalisation de Xavier Dolan, nous nous devions de revenir plus attentivement sur l’œuvre de ce jeune cinéaste ; une œuvre emportée dans une sorte de quête obsessionnelle hallucinatoire où « tout déborde », comme le souligne Gérard Grugeau, mais qui, tout en exposant le désarroi d’une jeunesse qui se cherche, demeure portée par une véritable fureur de vivre. Retour également, à la fois par un texte de notre section critique et la Chronique inactuelle signée par Nicolas Klotz, sur La vie d’Adèle, mais pour jeter un pavé dans la mare. Il nous fallait revenir sur ce film dont l’accueil quasi consensuel (malgré quelques vents de scandale) a trop fait l’impasse sur les véritables problèmes qu’il soulève, de même que ses limites. Que disent les images ? C’est à cette question fondamentale que nous en revenons sans cesse…

Numéro disponible en kiosque, sur abonnement ou en format numérique au http://vitrine.entrepotnumerique.com/ressources/52f154fa1dab10c2973137e7#.Uvj5mXnso3M.

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