Cinéastes Invités

La Cineteca

par Robin Aubert

Quand on la voit pour la première fois, on écarquille les yeux. On devient vite sous le charme de son aura monastique. La Cineteca Nacional. La Cinémathèque Nationale de Mexico. Fourmillant de monde. Des gens de tous âges. Des jeunes amoureux qui s’embrassent passionnément dans le parc devant l’une des entrées. Des cafés bondés. On attend de voir un film ou on en sort. Les salles pleines. Souvent, ils ne savent pas ce qu’ils viennent voir. La curiosité l’emporte. Elle l’emporte parce que la culture ici est salvatrice, elle est encouragée par l’État. De sorte qu’il y a une relève pour les salles de cinéma. L’architecture appelle à la modernité, comme un immense coquillage géant ouvert sur le monde. Évidement on la compare à la nôtre et toute suite la couleur brune nous vient en tête. On a une pensée pour feu La  Robothèque qu’on a fermée, faisant le choix de ne pas investir dans quelque chose de trop avant-gardiste et inusité.

On pense au bar de notre Cinémathèque qu’on a nommé le Bar Salon en hommage au film de Forcier. On pense à l’inauguration du bar en question avec une projection toute spéciale du film. Ma blonde pis moi on se dit « Bar Salon sur grand écran, faut pas manquer ça ». Le bar fourmille d’invités d’honneurs, d’amis des amis, des pintes de bières et du popcorn. On annonce que le film va commencer, mais la salle ne se remplit pas. Presque vide. Tous préférant festoyer le nom du film qu’on honore que le film lui-même. Tous avec un bon alibi: se bourrer la face en chantant « Cinéma, Cinéma ! » comme des perroquets dans un pet shop des galeries d’Anjou.

La Cineteca, donc. Ses rétrospectives alléchantes et risquées. Un directeur inspiré et inspirant. Si beau avec sa barbe blanche et ses yeux de chat botté. À milles lieux des petits roitelets de ce monde agenouillés devant la main qui les nourrit; pseudo-connaisseurs de l’oeuvre de machin-chouette, croyant avoir une plume alors qu’ils n’ont qu’un stylo. Un public attentif avec des questions pertinentes, le gros «smile», la passion. L’odeur de popcorn bien sûr, mais aussi de café, de papiers sortant des livres des bibliothèques accrochées à l’endroit. Des livres sur les cinéastes du monde, du Mexique. Des livres de partout.

QUEBECINE, c’est l’histoire d’un gars un peu fou qui s’est dit, alors qu’il vivait au Mexique, ça serait bien de promouvoir les films québécois à Mexico. Ce qui fait que les Falardeau, Bensaddek, RKSS, Leriche, Goyette, Boulianne, sont passés par là avec leurs films. Pour certains trouvant même au passage des distributeurs pour l’Amérique Latine. S’est rajouté à sa folie la lumineuse poétesse Françoise Major et l’incomparable Céline Gérard.

QUEBECINE c’est avoir accès à son programmateur sans cérémonial et petites cuillères d’argent. Parler du cinéma qui nous anime et réaliser des similitudes filmiques. C’est être d’accord sur le fait que le mérite de Pour la suite du monde revient d’avantages à Brault et Carrière qu’à Perrault. Pas pour faire du chichi, mais parce que c’est la vérité. C’est faire la rencontre de la cinéaste Sophie Bédard Marcotte et son audacieux et inspirant Claire, l’hiver. C’est rencontrer Caroline Galipeau, sa productrice, tout aussi passionnée malgré les aléas financiers. C’est assister à un tremblement de terre de magnitude 7,5 et voir le lit bouger comme un canot gonflable sur la rivière Rouge. C’est manger des tostadas qui goûtent le ciel et une soupe à l’estomac de cochon qui nous roule dans la bouche, mais dont le bouillon est le parfait remède d’un lendemain de veille au Mezcal.

QUEBECINE c’est fumer une malboro light dans le jardin de l’hôtel avec Sylvain L’espérance. Sylvain qui vient de faire, selon les dires de plusieurs, une œuvre magistrale et sans compromis. Un titre si évocateur. Combat au bout de la nuit. Sylvain dont le nom n’est plus à faire. Sylvain qui veut aller avec son film à la rencontre des étudiants dans les écoles, les cégeps, les universités, mais qu’on lui dit presque systématiquement non. Sylvain qui va à Berlin, en Croatie, en Pologne, mais qui se fait refuser le DVD de son film à la Grande Bibliothèque Nationale prétextant que les documentaires ne sortent pas assez souvent.

Nous méritons en quelque sorte les médecins de l’indifférence à la tête de notre belle culture. En contrepartie, à voir aller cette petite équipe du festival travailler bénévolement corps et âme pour promouvoir le cinéma québécois aux Mexicains, je me dis qu’il y a des gens qui me donnent le goût de continuer de faire des films.

PS : La Cinémathèque accueille prochainement les Rendez-vous. Je ne peux que me réjouir de cette affiliation. Pour quelques jours, elle sera empreinte d’effervescences et surtout de la relève. PRENDS ÇA COURT!, c’est le 27 février prochain.


20 février 2018