Cinéastes Invités

Nadine Gomez, 26 décembre 2018

par Nadine Gomez

Cher journal,


Je ne sais pas quoi retenir de cette histoire… sauf peut-être que faire rire des enfants, c’est payant… $$$

« À date, j’ai distribué trois films d’animation et collectivement j’ai fait un demi-million (de dollars) avec. Je me suis dit pourquoi pas donner une chance à un gars d’ici, un gars qui essaie », explique Vincent Guzzo, qui refuse de partager les détails de son entente avec Dominique Adams ». (Journal de Montréal)

Pour lui donner une chance, ça…

J’ai passé la dernière semaine à jaser. D’un party à l’autre, à écouter ceci et cela, à raconter ceci et cela, à rire de ci, de ça. C’est bien les Fêtes finalement, ça resserre les liens.

Trainer seule dans une ville est une de mes choses préférées. Quand je m’arrête quelque part, je parle à des gens que je ne connais pas, et on se juge à peine.

« Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs ». Italo Calvino.

L’autre jour, on est allé voir l’expo Manifesto au MAC. Depuis, je fais des recherches estivales et festives sur les dogmes et les règles de création en cinéma. Tant d’assurance m’impressionne. La majorité des textes sont en totale réaction avec leur époque ou avec d’autres courants artistiques. Les manifestes, dont la fonction première semble vouloir annoncer un renouveau et un espace prophétique et utopique de création, cherchent souvent aussi à se dissocier des « autres ». Ça me semble en tout cas être un excellent exercice pour se forger un esprit critique redoutable. Mais ce qui m’étonne aussi, c’est le paradoxe de voir tous ces artistes se doter de règles, d’anti-règles, de codes, de balises, un peu comme si trop de liberté donnait le vertige. En fait, la création a aussi grandement besoin de structure. J’aime cette idée. J’y adhère. Les gens pensent trop souvent que les objets artistiques (et la liberté avec) naissent d’élans émotifs et de lubies passagères. Un coup d’inspiration et pouf, tout y est, l’artiste est né et son génie avec. Mais, la liberté est une lame à deux tranchants, comme me dit si souvent mon père (et il m’avait bien dit qu’un jour je comprendrai et reprendrai cette expression, si lourde à entendre à six ans). Elle vient avec des responsabilités, desquelles il faut apprendre à se libérer ensuite, parce qu’il faut bien les contester ces contraintes, pour en faire des nouvelles, plus libres, qui seront à leur tour contestées…

Le chemin pour arriver à ces manifestes, à cette réflexion sur l’art, il a dû être ardu.

C’est vrai aussi que certains d’entre eux sonnent pas pire prétentieux. Mais il en a qui sont plein d’humour et surtout, qui sont étonnants d’actualité. Comme quoi les angoisses, les impostures, les enjeux et les politiques ne changent pas tant que ça, avec le temps.

Bresson et ses notes :

  • Créer des attentes pour les combler.
  • Provoquer l’inattendu. L’attendre.
  • N’embellis ni n’enlaidis. Ne dénature pas.
  • Retouche du réel avec du réel.
  • Pas de belle photo, pas de belles images, mais des images, de la photo nécessaires.
  • Attraper des instants. Spontanéité, fraîcheur.

Clairement un homme de son temps.

Le Cinéma pur :

« Documentary must be made by poets. (…) The purest demonstration of pure cinema, that is to say of poetry which is truly cinematographic, has been provided to us by some remarkable films, vulgarly called documentaries, particularly Nanook and Moana. »

— Herbert Revol, filmmaker and essayist

Le documentaire fait par des poètes. On aura tout vu… Faudrait montrer ça aux télé-diffuseurs.

Les règles de Kazuhiro Soda – cinéaste documentaire japonais – maître du cinéma d’observation – inspiré par son maitre à lui, Frederick Wiseman :

N°1 : pas de recherche
N°2 : pas de rencontre avec les intervenants
N°3 : pas de script
N°4 : fais tourner la caméra toi-même
N°5 : tourne aussi longtemps que possible
N°6 : couvre des endroits très précis en profondeur
N°7 : ne cherche pas un thème ou un but au film avant de monter
N°8 : pas de narration, de titres superposés ou de musique
N°9 : utilise des longues prises de vues
N°10 : finance toi-même la production

Sa liste de règles me donne juste envie d’y déroger.

Pas mal d’exemples intéressants ici !

Jim Jarmusch :

« Rule #4 : Filmmaking is a collaborative process. You get the chance to work with others whose minds and ideas may be stronger than your own. Make sure they remain focused on their own function and not someone else’s job, or you’ll have a big mess. But treat all collaborators as equals and with respect. A production assistant who is holding back traffic so the crew can get a shot is no less important than the actors in the scene, the director of photography, the production designer or the director. Hierarchy is for those whose egos are inflated or out of control, or for people in the military. Those with whom you choose to collaborate, if you make good choices, can elevate the quality and content of your film to a much higher plane than any one mind could imagine on its own. If you don’t want to work with other people, go paint a painting or write a book. (And if you want to be a fucking dictator, I guess these days you just have to go into politics…) »

Errol Morris :

« 3. Nothing is so obvious that it’s obvious. 5. Truth is not guaranteed by style. »

Intéressant que la seule femme de la liste, Thelma Schoonmaker, la monteure de Scorsese, titre ses règles comme ça : « Things I’ve Learned »

Le regard des femmes sur leur travail est souvent bien différent de celui des hommes. Ou est-ce plutôt leur regard à eux, sur elles, qui est différent… ?

Tiens, ceci me rappelle cela :

Ziva Postec, la monteuse derrière le film Shoah

JOYEUSES FÊTES CHER CHER JOURNAL


26 décembre 2018
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