Cinémathèque Québécoise

Blink Blank, la revue du film d’animation

par Doriane Biot

Si le film d’animation échappe de plus en plus aux catégorisations rigides, la revue Blink Blank propose d’en esquisser les contours au fur et à mesure des productions artistiques qu’elle (re)découvre. Blink Blank, ce sont 160 d’articles de fond, de croquis, d’entrevues qui satisferont amateurs et spécialistes.

En 1985, Giannalberto Bendazzi constatait l’obscur et étrange phénomène qui entourait le cinéma d’animation : « Obscure et étrange au point de favoriser la naissance d’équivoques proposées comme axiomes, ne voulant le destiner qu’au rire facile des adultes, aux enfants campés devant l’écran de télé, et donnant lieu à une littérature historico-critique qui est parmi la moins riche de toute la bibliographie cinématographique. L’animation constitue, bien au contraire, un outil de connaissance extrêmement riche et sérieux, fertile en auteurs et œuvres qui vont compter parmi les plus importants de notre temps. » (Giannalberto Bendazzi, Le film d’animation. Vol I, 1985, p.14) Si l’animation infiltre timidement la littérature dédiée aux études cinématographiques dès ses premières expérimentations, et si plusieurs ouvrages se penchent sur le genre et ses déclinaisons depuis la deuxième moitié du 20e siècle, coïncidant avec l’intensification de sa production, il manquait ce petit quelque chose qui fasse sortir l’animation de sa niche.

Du côté francophone, quelques revues s’y sont essayées à partir des années 1970. En 1974, Marc Caro fonde la revue Fantasmagorie — clin d’œil à Émile Cohl — et sera rejoint par un très jeune Jean-Pierre Jeunet. De 1974 à 1981, Fantasmagorie a notamment donné la part belle aux cartoons de la première moitié du siècle comme ceux de Tex Avery ou Max Fleischer. En 1978, le magazine français Banc-titre apporte un regard neuf sur l’animation en abordant des productions animées actuelles et historiques d’un point de vue critique, technique et économique — une aventure qui s’arrête malheureusement en 1985. Les années 1980 sont aussi, mais moindrement, marquées par la revue Animatographe (1987) ou le fanzine Animation créé par Pierre Lambert. Une quarantaine d’années plus tard, la Cinémathèque québécoise, NEF Animation et les éditions WARM s’associent pour présenter, en janvier 2020, une nouvelle revue francophone entièrement dédiée au film d’animation sous toutes ses facettes.

Le premier numéro de Blink Blank donne le ton. Le dossier « L’animation à l’âge adulte? » est une piqûre de rappel pour celles et ceux qui ne voyaient encore en l’animation qu’un divertissement pour la jeunesse. Or, si les productions actuelles font toujours la part belle aux films destinés au jeune public, le cinéma d’animation n’est pas, et n’a jamais été, cantonné à celui-ci. Le flirt de l’animation avec le film expérimental, avec le genre documentaire ou l’essai poétique le positionne même comme un média résolument « adulte » alors qu’il n’hésite pas à aborder des questions identitaires et politiques (Ville Neuve, 2019), la violence de conflits armés (Parfum d’Irak, 2018) ou le cyberharcèlement (Swatted, 2018). Ces trois films sont rejoints dans le premier numéro de Blink Blank par une vingtaine d’autres longs métrages, courts métrages et séries qui ouvrent à chaque fois de nouvelles pistes d’analyse autour des techniques, métiers et images du monde de l’animation.

Cet automne, la revue biannuelle nous a conviés à une nouvelle exploration des multiples visages qu’endosse l’animation. L’écologie est cette fois à l’honneur dans le second numéro qui prouve la force poétique et/ou engagée de films solidement ancrés dans l’actualité de leurs époques : à l’évidence d’un Hayao Miyazaki, Frédéric Back ou Jean-François Laguionie vient se greffer la découverte de plus récentes productions, tels que les courts métrages My Generation (2019), Empty Places (2020) ou L’odyssée de Choum (2019). À nouveau, le dossier thématique est complété d’entrevues, de portraits et d’articles couvrant le passé, le présent et le futur de l’image animée. Puis, comme dans le premier numéro, la section La fabrique de l’animation donne la part belle aux techniciens, techniciennes, créateurs et créatrices, aux « petites » mains et grands talents. Car Blink Blank est aussi un objet qu’il est heureux de tenir entre les doigts. Richement illustré, on se perd autant dans les arrêts sur images des productions achevées que dans les croquis et storyboards d’artistes virtuoses. Des carnets de recherche d’Alice Saey aux esquisses préliminaires de Sophie Racine pour Rivages, les pages de la revue recèlent de petits trésors.

Les auteurs issus d’horizons divers livreront leurs prochaines trouvailles dans un troisième numéro, à paraître en janvier 2021.

Les deux premiers numéros de la revue Blink Blank sont en vente à la Cinémathèque québécoise du 1er au 16 décembre 2020.


2 décembre 2020