Cinémathèque Québécoise

Voir Contes des mille et un jours ou Jean Desprez de Iolande Cadrin-Rossignol

par Marcel Jean

Le nom de Laurette Larocque est inconnu du grand public, voire même de la plupart des professionnels du cinéma et de la télévision. C’est que cette pionnière de la scénarisation, née le 1er septembre 1906 et décédée prématurément le 27 janvier 1965, s’est essentiellement fait connaître sous le pseudonyme de Jean Desprez.

Elle choisit ce pseudonyme masculin, raconte-t-elle, parce qu’elle soupçonne que ses premiers textes lui sont refusés parce que signés par une femme. C’est le feuilleton radiophonique Jeunesse dorée (diffusé de 1940 à 1965) qui est son premier grand succès. Elle scénarise aussi Le père Chopin (1944), l’un des premiers longs métrages québécois, une comédie réalisée par Fedor Ozep et racontant les retrouvailles de deux frères, le premier étant un amateur de musique vivant à la campagne, le second un riche industriel de Montréal. Parmi ses œuvres, on compte aussi le scénario de la série télévisée Radisson (1957-1958) et celui du téléroman Joie de vivre (1959-1963).

En 1986, Iolande Cadrin-Rossignol a consacré un long métrage documentaire à cette grande figure des communications. Ce film, intitulé Contes des mille et un jours ou Jean Desprez, se situe dans la continuité de Rencontre avec une femme remarquable, Laure Gaudreault, que Cadrin-Rossignol avait réalisé en 1983 et dans lequel elle faisait le portrait d’une figure majeure du syndicalisme québécois, dont le travail avait mené à la fondation de la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ).

Ces deux films sont aussi exemplaires de la mutation du documentaire au cours de la décennie 1980, alors que nombreux sont les documentaristes québécois qui privilégient les formes métissées dans lesquelles les segments de fiction occupent une place importante ou viennent structurer la matière documentaire. Ainsi, Contes des mille et un jours emprunte la forme d’une émission radiophonique narrée par Luce Guilbeault et Roland Chenail. Cette enveloppe formelle  apparaît aujourd’hui plutôt incongrue, mais elle n’enlève rien à la pertinence du contenu, alors que diverses figures de la culture populaire — Huguette Proulx, Jacques Normand, Roger Garceau, Yvette Brind’Amour, Michèle Rossignol — décrivent l’apport artistique et la personnalité flamboyante de la grande dame.

Par ailleurs, Contes des mille et un jours a été tourné sur pellicule 16 mm pour être ensuite post-produit en vidéo (ce qui était notamment la règle pour les vidéoclips de cette époque), ce qui contribue à dater sa facture encore davantage : les quelques effets électroniques qui viennent enrichir l’imagerie paraissent aujourd’hui bien naïfs. Mais qu’à cela ne tienne, ce documentaire, produit et initié par Louise Carré, a l’immense mérite de mettre en lumière le parcours fascinant d’une figure précurseure du féminisme, au même titre que Madame Bolduc.

Signalons que ce film est rendu disponible grâce aux éléments vidéos préservés à la Cinémathèque québécoise qui ont pu être numérisés et restaurés dans le cadre du Plan culturel numérique du Gouvernement du Québec.

Nous remercions Iolande Cadrin-Rossignol et Louise Carré d’avoir autorisé sa mise en ligne. Le documentaire peut être vu sur la chaîne Vimeo de la Cinémathèque.


15 avril 2020
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