Éditos

2015 en tops

par L'équipe de revue24images.com

Comme le veut la tradition, pour notre dernière édition de l’année, nous vous présentons les tops des collaborateurs de revue24images.com. Au menu: tout ce qui aura marqué l’année cinéma 2015, pour le meilleur et pour le pire…

ÉRIC FOURLANTY
Trois souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud Desplechin: la sensation de renouer avec des émotions de cinéphile adolescent, filmées par un cinéaste éternellement émerveillé. Intemporel.

Timbuktu, d’Abderrahmane Sissako: hormis La captive du désert, de Depardon, aucun film n’a su faire vivre le désert comme celui-ci. Magnifique.

Saint Laurent, de Bertrand Bonello: un film à fleur de peau et nerveux comme son sujet. Électrisant.

ROBERT DAUDELIN

– Manuel de Olivieira meurt le 2 avril à l’âge de 106 ans : une page de l’histoire du cinéma est tournée.

– Marcel Jean est nommé Directeur général de la Cinémathèque québécoise : l’institution reprend son souffle après une longue période de tergiversations.

– André Habib publie La Main gauche de Jean-Pierre Léaud, premier essai consacré à la cinéphilie telle que vécue au Québec dans les années 50 et 60.

– Arrivée des femmes-orchestres : Anna Roussillon, Danae Elon, Claire Simon assurent entièrement (image, son, réalisation, parfois montage et production) la fabrication de leur plus récent film.

– Plusieurs films exceptionnels, entre autres : Les démons (Philippe Lesage), In Jackson Heights (Frederick Wiseman), Sommeil d’hiver (Nuri Bilge Ceylan), Je suis le peuple (Anna Roussillon), Chorus (François Delisle), Léviathan (Andrei Zviaguintsev), Le Bouton de nacre (Patricio Guzman), Fatima (Philippe Faucon).

 

PIERRE CHARPILLOZ
– L’année Martin Scorsese. Un prix Lumière à Lyon et une expo à la Cinémathèque Française. Pas de nouveau film, mais le plaisir de revoir, encore et encore, Mean Streets, Taxi Driver ou Raging Bull

– Les projections évènements. Qu’importe, parfois, la qualité des films, le cinéma est une grande fête populaire. Des 30 ans de Retour vers le Futur au prochain Star Wars.

Mad Max Fury Road de George Miller. Tous les codes du blockbuster réinventés dans une expérience de cinéma à 200  l’heure. Une envolée wagnérienne et apocalyptique dont on se souviendra.

– La deuxième saison de Fargo. Plus imparfaite que la première, mais néanmoins magistrale, cette deuxième saison de la longue digression autour du film des frères Coen confirme ce que nous savions déjà : l’avenir du cinéma se joue aussi ailleurs.

La French de Cédric Jimenez. La renaissance mélancolique d’un certain cinéma français des années 1970. On pense à Claude Sautet, et on croit revoir Michel Piccoli quelque part entre Jean Dujardin et Gilles Lellouche.

 

CÉLINE GOBERT
– La Mort : Vers l’autre rive (K. Kurosawa), La Tierra y la sombra (C. Acevedo)

– Nos fantômes : Crimson Peak (G. Del Toro), Phoenix (C. Petzold)

– Des fantasmes : Inherent Vice (P.T Anderson), Jauja (L. Alonso)

– La nostalgie de l’enfance : Les Merveilles (A. Rohrwacher), Vice versa  (P. Docter)

– Le violent état du monde : She who must burn (L. Kent), L’amour au temps de la guerre civile (R. Jean).

 

FRANÇOIS JARDON-GOMEZ
– La mauvaise nouvelle: on ne s’est pas encore tout à fait remis de cette nouvelle du 24 novembre dernier. Le cinéma Excentris ferme ses portes, officiellement de manière temporaire, mais il n’en faut pas beaucoup pour se mettre à espérer le pire. Certaines explications ont été avancées (notamment ici et ), des pistes de solutions semblent vouloir naître, mais nonobstant les causes, les raisons et, pourquoi pas, les espoirs futurs, c’est un épisode triste qui en dit long sur l’état de la culture et de la cinéphilie à Montréal.

– Les grands noms qui n’ont pas déçu: ils ont été nombreux les cinéastes à revenir en force en 2015 après des absences plus ou moins longues. Cinq noms à retenir, qui ont livré parmi les films les plus marquants de l’année, jusque dans leurs petites imperfections : Hou Hsiao-Hsien et son magnifique The Assassin, anti-film de wuxia mélancolique et atmosphérique; Paul Thomas Anderson, qui poursuit la déconstruction de l’Amérique amorcée dans There Wild Be Blood avec Inherent Vice, film qui s’imprime volontairement de manière diffuse dans la mémoire; Roy Andersson, qui avec A Pigeon Sat on a Branch Reflecting on Existence, boucle sa trilogie existentielle en 39 tableaux ironiques qui forment une cruelle réflexion sur le malheur; Olivier Assayas, dont le Sils Maria aura donné une magnifique confrontation d’actrices entre Juliette Binoche et Kristen Stewart; Arnaud Desplechin, enfin, dont le lyrique et truffaldien Trois souvenirs de ma jeunesse est émouvant, charmant et douloureux.

– L’inclassable: Guy Maddin, qui aurait évidemment eu sa place dans la catégorie « grands noms », mais dont le film The Forbidden Room – hommage à toute une histoire du cinéma en mode psychotronique – est tellement fou, original, drôle et ludique qu’il faut lui réserver une place à part. Entreprise baroque, sensorielle et mémorielle, The Forbidden Room (co-réalisé avec Evan Johnson) offre une exploration incomparable des zones du rêve et de l’inconscient.

– Les belles découvertes: aucun film québécois ne m’a plus marqué en 2015 que le premier film de fiction de Philippe Lesage, Les démons, porté par une proposition esthétique forte et magnifiquement bien défendue. Lesage réussit à réutiliser les codes et canevas omniprésents au cinéma québécois contemporain – exploration de la banlieue, cadre rigide, jeu naturaliste, ambigüités du scénario –, pour les mettre au service d’une habile réflexion sur les tourments et les angoisses de l’enfance qui s’éloigne des lieux communs. Au sud de la frontière, David Robert Mitchell a livré un film d’horreur excessivement bien maîtrisé avec It Follows, variation sur le slasher movie qui emprunte énormément à Carpenter et subversion des conventions de l’horreur – notamment celle qui associe l’acte sexuel à une mort sanglante et inévitable. Le tout, appuyé par l’extraordinaire bande sonore de Disasterpeace, dans une atmosphère anxiogène qui rend le film terrifiant sans reposer sur une avalanche de scènes graphiques.

– Le film explosif: l’incontournable Mad Max : Fury Road. Dans une année où les suites de franchises cultes ont fait patatras (Jurassic World, Terminator : Genisys) – et en attendant d’enfin savoir de quoi aura l’air le prochain Star Wars –, George Miller écrase la compétition avec une leçon de réalisation d’action, où la lisibilité des événements chaotiques n’est jamais compromise par un montage frénétique et une caméra sur-agitée (comme c’est trop souvent le cas). Sans conteste le film le plus décadent, cinglé et jouissif de l’année.

 

BRUNO DEQUEN
– Les mille et une nuits (Miguel Gomes)

– High-Rise (Ben Wheatley)

– Homeland (Irak année zéro) (Abbas Fahdel)

– The Exquisite Corpus (Peter Tscherkassky)

– Bring Me the Head of Tim Horton (Guy Maddin, Evan et Galen Johnson)

 

HELEN FARADJI
– La place des femmes : si ces dernières années auront été le théâtre de revendications pour une meilleure représentation des femmes dans la merveilleuse industrie du cinéma, 2015, et déjà 2016 (la sélection compétitive de la prochaine édition de Sundance est ainsi à moitié l’œuvre de femmes), semblent les avoir vues aboutir. Plus de femmes derrière les caméras, mais aussi – et peut-être surtout – devant où les Carol, Fatima, Meira, Alice, les filles de Mustang, l’espionne de MI5 et toutes les autres, dessinées par des hommes, auront aussi rappelé que les batailles se gagnent tous ensemble, et non chacun de son côté.

– Les belles surprises : si les films attendus de l’année auront déçu (Spectre, Inherent Vice, 50 Shades of Grey) ou enthousiasmé (Trainwreck, Love), restent que les plus belles surprises de l’année seront arrivées sans tambour ni trompette, de façon inattendue : Félix et Meira, Ex Machina, Le fils de Saul, Dope, Le Dep, Tangerine, I Smile Back, Les Démons, Queen of Earth… autant de « petits » films qui auront fait plus beau et plus grand que les succès préfabriqués et pré-annoncés et qui nous font garder espoir que la curiosité est bien le meilleur rempart contre toutes les sinistroses.

– Les coupes : on ne sait plus comment s’en sortir. La fusion annoncée puis heureusement écartée de la Cinémathèque avec BAnQ, l’abolition de la Régie, les 2.5 millions enlevés au budget du CALQ, la fin du site The Dissolve, l’atroce fermeture de l’ExCentris, la possible fermeture du Cartier à Québec : rarement autant que cette année aura-t-on pu comprendre les conséquences néfastes de l’expression « l’argent est le nerf de la guerre »

– Quelques grammes de beauté dans un monde de brutes : le regard de chat de Cate Blanchett dans Carol, la fougue romanesque d’Arnaud Desplechin dans Trois souvenirs de ma jeunesse, la démarche mythique et mélancolique d’Oscar Isaac dans A Most Violent Year de J.C. Chandor, la fragilité et la force bouleversantes de Margherita Buy dans Mia Madre de Nanni Moretti… Autant de coups d’éclat qui auront empêché l’année cinéma de totalement sombrer.

– Que peut l’art? : dans une année entamée et finie dans le sang et l’horreur d’attentats barbares, au cours de mois où les fermetures, les coupes, les lumières qui s’éteignent auront été beaucoup trop nombreuses, la question lancinante persiste. Que peut l’art? Contre vents et marées, et tout particulièrement lorsque la tempête gronde et menace de tout détruire, il peut et doit être un phare. À nous de savoir le laisser nous guider.

 

Le site prend ses vacances annuelles jusqu’au 7 janvier prochain. En attendant de lire vos tops, vos années cinéma, nous vous souhaitons à tous des fêtes aussi pleines d’amour que d’humour. Nous en avons tous besoin.

On se reparle de l’autre côté!

 


10 décembre 2015