Éditos

Débat culturel

par Helen Faradji

Évidemment, les conditions géo-socio-politico-culturelles ne sont pas les mêmes. Mais il y a parfois des coïncidences temporelles trop frappantes pour ne pas les souligner.

Ici, à Montréal, le milieu de la culture est agité non pas seulement par l’incroyable et assez navrante épopée du 40e Festival des Films du Monde, mais également par les vastes consultations organisées par le Ministère de la Culture depuis deux mois afin que soit dépoussiérée la loi-cadre régissant les interventions culturelles gouvernementales. Mémoires, propositions et recommandations (résumées notamment en ce qui concerne le cinéma dans cet article du Devoir) sont ainsi déposés en espérant être entendus. Plus de cinéma dans nos écoles, un accès bonifié et plus dynamique aux films, une télévision plus engagée dans une offre cinéma riche, inspirante et diversifiée, un circuit de salles mieux soutenu financièrement : assurément, les idées ne manquent pas. Reste à voir si elles réussiront à passer le stade de simples idées pour se concrétiser et peut-être, enfin, laisser voir la lumière au bout d’un tunnel que des années de politiques culturelles sans grande imagination ont fini par creuser.

Coïncidence, donc.

Car alors que nous prenions connaissances de ces consultations québécoises, de l’autre côté de l’Atlantique, les choses semblent déjà plus avancées. C’est en effet cette semaine que la ministre de la Culture française, Audrey Azoulay, annonçait l’implantation de plusieurs nouvelles mesures ciblant tout particulièrement le documentaire.

De passage aux États Généraux du Film Documentaire, ce qui tombait à point nommé, la ministre a secoué le cocotier de l’indifférence en dévoilant d’abord la mise en service d’une initiative pensée au courant de février 2016 par de nombreux acteurs du milieu documentaire et notamment soutenue par du financement participatif : une nouvelle plateforme de diffusion en vidéo sur demande, Tënk, destinée au documentaire d’auteur (qui a parfois du mal à trouver sa place en salles et donc à rencontrer son public). Pour 6 euros par mois, le service permet aux bienheureux français, suisses, belges et luxembourgeois (et le reste de la francophonie?), de découvrir une très belle programmation de documentaires audacieux et singuliers. Une dizaine y sont ajoutés par semaine et ils restent disponibles pendant deux mois, classés en nouveautés, coups de cœur (parmi lesquels le trépidant Examen d’État du congolais Dieudo Hamadi ou l’inclassable Tarnation de Jonathan Caouette), films d’auteurs reconnus, films musicaux, films d’école, portraits, etc…

Si cette annonce fait la part belle au soutien gouvernemental d’une initiative plus privée, la seconde, elle, marque un engagement encore plus net du Ministère de la culture hexagonal envers ce qui est sa raison d’être. Une cinémathèque du documentaire sera en effet créée à Paris, au sein de la Bibliothèque Publique d’Information, afin que soit mis en valeur, célébré, entretenu le patrimoine documentaire.

Si ladite institution (dont l’idée avait été défendue et soutenue par l’ancienne présidente de la Société Civile des Auteurs Multimédia, la cinéaste Julie Bertucceli) reste à définir et circonscrire au cours des prochaines semaines par un groupe de travail qui lui sera dédiée, reste tout de même un projet concret, engagé, peut-être pas « vendeur » au sens où certains politiques aiment d’habitude l’entendre, mais assurément essentiel et cohérent. Car qu’attend-t-on au juste d’un ministère de la Culture ? Qu’il écoute, comme c’est le cas au Québec en ce moment, et que soit ainsi mis sur la table les problèmes réels et leurs potentielles solutions ? Certes. Mais également, et surtout, que cette écoute se traduise en action réelle, ambitieuse, noble, intelligente et citoyenne. Juste pour la beauté de l’art.

 

Bon cinéma


30 août 2016