Éditos

Et au milieu…

par Helen Faradji

Le 7 avril prochain auront lieu (encore une fois !) des Élections Générales au Québec. Comme toujours, on s’élira un chef pour un temps plus ou moins élastique selon les desiderata du moment et les caprices électoralistes. En attendant que la roue se remette à tourner, puisqu’elle le fait toujours, petit détour par les programmes des quatre principales forces en présence, histoire de voir où s’y nichent les préoccupations culturelles.

Car oui, bien sûr, l’économie, oui, bien sûr, la santé, oui, bien sûr, l’éducation, oui, bien sûr, l’éthique. Mais oui bien sûr aussi, la culture. Car que serait un pays / une province sans cette culture qui, on l’oublie trop souvent, est aussi ce ciment capable de nous unir, de nous donner des références communes, de nous agiter collectivement ? Que serait une vision politique sans inclusion de mesures fortes et tangibles pour assurer à cette culture autant des conditions d’émergence favorables que des solutions de développement pérennes ? Que serait l’idée même d’un devenir commun si elle ne passait pas aussi par des chemins où l’art pourrait se faire balise, phare, repère ?

Après avoir consulté les informations disponibles sur les quatre sites web des principaux partis, force est pourtant de faire grise mine. Ainsi, le Parti Libéral du Québec, s’il n’évoque aucunement la culture, n’évoque carrément rien d’autre non plus. Ni programme disponible, ni plate-forme, ni engagements n’y sont clairement proposés pour plutôt laisser place aux fameuses « vraies affaires » se résumant si l’on comprend bien la logique du site à 1) devenir membre ou donner, 2) suivre le palpitant agenda des déplacements du chef ou 3) ridiculiser ses adversaires à coups de messages d’attaque postés sur Instagram. Passons.

Le site de la Coalition Avenir Québec (le répertoire de jeux de mots sur l’incroyable slogan choisi par F. Legault ayant été épuisé, nous nous abstiendrons) est lui plus disert. Mais au sein de sa plateforme, si les enjeux sont clairement énoncés (économie, famille, éducation, santé, intégrité), chacun accompagnés de propositions de mesures claires, il faut encore une fois se résoudre à voir la dimension culturelle parfaitement occultée du débat public.

Le Parti Québécois est pour sa part plus disert, annonçant d’emblée sur sa plateforme, au chapitre culture que « le contact avec l’art rend l’humain meilleur ». Fleur bleue ? Sûrement, mais rapidement, on nous rappelle aussi que la culture, c’est de l’emploi pour 130 000 personnes et qu’à ce titre, on s’engage, sans malheureusement entrer dans les détails du comment et du quand, à aider le secteur, et en particulier Télé-Québec, à prendre le virage numérique, à encadrer le prix des livres, à consolider le soutien aux créateurs, à aider à la diffusion des œuvres ici et ailleurs, à encourager la philanthropie, à créer plus de passerelles entre les milieux de la culture et de l’éducation et à restructurer le réseau des musées et le secteur du cinéma. De belles promesses suffisamment vagues pour que chacun puisse y voir midi à sa porte, en somme.

Reste Québec Solidaire dont le document annonçant les engagements et propositions est, il faut le dire, le plus complet et le plus détaillé (les autres attendent-ils que les médias se chargent pour eux de les remplir ?). Chapitre culture, les propositions y sont axées tant sur la création (augmenter le financement des projets, appuyer les pratiques alternatives et émergentes, soutenir la présence internationale des artistes) que sur la pratique (accès à 4 manifestations culturelles pour les élèves du primaire et du secondaire, soutenir la pratique amateur des arts, surtout en région) et sur le volet numérique (soutenir la recherche et l’expérimentation sur le net, en particulier basés sur des licences libres, adapter les programmes de financement existant aux projets numériques et favoriser l’utilisation de logiciels différents, notamment libres, dans l’éducation).

Les cartes ont donc été mises sur la table. Enfin, la plupart… Faites vos jeux, rien ne va plus.

Bon cinéma et bonnes élections

 


13 mars 2014