Éditos

Festival-miracle

par Helen Faradji

Alors que le Festival du Nouveau Cinéma bat son plein, et qu’à sa suite débouleront sans laisser le temps d’une respiration le festival Cinémania, les Rencontres Internationales du Documentaire et les Sommets de l’animation, la réflexion s’enclenche Presque automatiquement. À quoi peut bien server un festival de cinéma en 2013?

Bien sûr, pour la sainte trinité, soient les mastodontes Berlin-Cannes-Venise, la question a ses réponses toutes trouvées : c’est là que sont lancés en grandes pompes les films qui, espérons-le, feront l’année cinéma. Situés à des moments stratégiques de l’année, ceux-là mêmes où l’attention de la presse spécialisée peut véritablement être pleine et entière, ces trois festivals font exister les œuvres, les parant d’une aura de prestige que la sortie en salles viendra consolider (La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche) ou détruire (Sacro Gra de Gianfranco Rosi). Le travail des programmateurs y est scruté, disséqué, conspué parfois, tout comme l’est celui du jury. Car l’aspect compétitif est bien au cœur des ces trois festivals. Leurs ours, palme et lion servent sans aucun doute à mettre de l’avant certains films, attendus ou non, en créant une attente, ce qui, avouons-le, fait autant partie de la pratique cinéphile que le visionnement même desdits films.

Les festivals de moindre envergure n’ont probablement pas le même pouvoir. Ou s’ils l’ont, il reste, force est de constater, plus limité. Un film primé à Montréal, par exemple, sera certes placé sous les feux de la rampe, mais ne suscitera pas une fébrile attente aux quatre coins de la planète. Ceci dit, si d’un point de vue purement pragmatique, ces festivals semblent moins servir les films eux-mêmes (souvent, ils ont justement eu cette dose d’attention nécessaire par leur passage dans d’autres festivals), ils semblent davantage capable de servir le spectateur. Oeuvrant pour la découverte d’œuvres plus marginales, d’un cinéma différent, le festival ouvre alors les horizons pour rendre le spectateur plus perméable à ces films fragiles, singuliers, sans grosse machine derrière eux pour les soutenir. Le travail de ces festivals s’en retrouve nécessairement décuplé : c’est à eux, justement, de savoir comment créer des passerelles entre ces films et le public, de pousser à l’échange et à la découverte, de tenir la main du spectateur dans ces milliers de chemins non-battus.

Mais restent aussi des cas plus particuliers. Comme celui du Festival International de Film du Sahara, dit le FiSahara. Un festival mis de l’avant cette semaine par un compte-rendu de sa 10e édition (8-13 octobre), paru dans IndieWire. Car, et c’est tout de même peu banal, ce festival, outre le fait de se tenir en plein désert, a surtout lieu en plein cœur d’un camp de réfugiés sahraouis.

Réunissant une trentaine de films (de Life of Pi à Wadjda, en passant par Five Broken Cameras) et près de 200 invités, en plus de concerts et d’ateliers, le festival compte également sur la présence d’un programme de 18 courts crées par des étudiants d’une école de cinéma créée dans les camps en 2011. Ici, peu importent les premières, les prix, la découverte d’objets différents (dans le désert, et dans les camps, on imagine bien que tout le cinéma doit être singulier). Et le festival se dote alors d’une nouvelle, et belle, utilité : celle de bien simplement redonner au cinéma sa place, au cœur de la cité. Celle d’un outil d’évasion, d’inspiration, de libération. Celle qui, le temps d’une fête réunissant sur un grand écran de fortune de multiples images, permet d’ouvrir des fenêtres et de voir au-delà des prisons que certains endroits du monde sont devenus. Celle qui permet de croire, peut-être naïvement, mais avec conviction, que le cinéma n’est pas qu’un prétexte à galas, robes scintillantes et tapis rouges, mais surtout un langage que tous peuvent comprendre, qui nous unit, nous solidarise, nous habite et nous nourrit.

Invité à cette 10e édition du FiSahara où il présentait Sons of the Clouds, un film évoquant la réalité du Sahara occidental (dans lequel il joue et qu’il co-produit), Javier Bardem a eu ces mots : « ce n’est rien de moins qu’un miracle ». Un festival de cinéma peut donc aussi être un miracle. Le savoir fait déjà chaud au cœur.

Bon cinéma.


17 octobre 2013