Éditos

Les rendez-vous des Rendez-vous

par Helen Faradji

À quoi servent les Rendez-Vous du cinéma québécois ? La question peut paraître un rien abrupte, mais à l’aube de cette 33e édition (du 19 au 28 février prochains), elle mérite tout de même d’être posée. Car les Rendez-Vous, bon an mal an, persistent et signent à ne pas tout à fait être un festival comme les autres.

Sans course à la primeur, mais parvenant chaque année à mettre la main sur ce qui, dans le cinéma québécois, réchauffe les frigorifiques premiers mois de l’année (Le profil Amina et Les loups de Sophie Deraspe, ce dernier accompagné des Autos portraits de Claude Cloutier, Chorus de François Delisle, Autrui de Micheline Lanctôt, Le plancher des vaches d’Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier, ainsi que plusieurs documentaires dont Sur les traces de Maria Chapdelaine de Jean-Claude Labrecque, dont les 50 ans de carrière seront par ailleurs soulignés), les Rendez-Vous sont en effet d’abord et avant tout un lieu et un moment de rassemblement.

Rassemblement autour du cinéma d’abord, plus ou moins inoubliable, de l’année précédente, dont les RV permettent, comme chaque année, un rattrapage en bonne et due forme. Courts, longs, docus, productions interactives (dont les immersifs Strangers with Patrick Watson de Félix & Paul et Jusqu’ici de Vincent Morisset que l’on pourra expérimenter comme des grands), programmation spéciale chères têtes blondes (avec l’inauguration d’un Rendez-Vous Pop Corn juste pour eux), le compte est bon. Sur ce point, on se permettra pourtant de soulever un petit questionnement : bien que les 5 nommés au Jutra du meilleur film aient droit à un traitement spécial (des rencontres avec les finalistes animées par Pénélope McQuade, Stéphane Bellavance et Tanya Lapointe, autrement dit la fine fleur de l’analyse cinéma au Québec), on se demande pourquoi le festival, organisé par Québec-cinéma, le même organisme présidant à la cérémonie des Jutra (15 mars), ne s’y arrime pas davantage mais organise une grande soirée des Oscar dont l’on comprend l’attrait glam’, certes, mais moins la fondamentale pertinence?

Rassemblement encore autour de ce qui, comme chaque mois de février, fait le véritable sel des Rendez-Vous : les événements. Ne le cachons pas, 5à7, fêtes, débats, rencontres… sont la raison d’être et font la singularité du festival. À ce chapitre, il faut saluer l’originalité et même l’audace de la question qui taraudera les participants du Grand Débat des Rendez-Vous : « pourquoi fait-on tant de films ? 8 millions d’habitants, une quarantaine de longs métrages de fiction chaque année. Entre la réalité d’un marché de taille restreinte, l’importance de créer un cinéma national fort ou l’accompagnement en continuité des créateurs, quels choix devons-nous faire? ». Sujet chaud mais rarement, pour ne pas dire jamais, abordé et qui pourtant sous-tend tous les questionnements qui peuvent bien pulluler autour de ce qui désormais est entériné sous le nom « la-crise-du-cinéma ». On attend donc de voir si lors de ce débat, on pourra aller plus loin que le traditionnel « y’a jamais assez de films » et son evil twin « y’en aura toujours trop, de cinéma québécois plate ». Un gros débat dodu, donc, mais une petite déception néanmoins du côté de la formule des 5à7 qui, cette année, un tantinet éparpilée, semblent avoir délaissé le principe du débat quotidien pour plutôt être, dixit, « un lieu privilégié pour le réseautage et les célébrations » et être supplantée par l’inscription au programme de quatre grandes leçons de cinéma (Denis Côté, Xavier Dolan, Jean-Marc Vallée et Marc Labrèche). Se rassembler, c’est bien. Mais se rassembler utile, en posant des questions, en défrichant des réponses, en critiquant tant le fond et la forme pour éviter tout dodo sur les lauriers, en outrepassant le cadre des leçons souvent plus admiratives que constructives, c’est tout de même encore mieux.

Bons rendez-vous

Toute la programmation des Rendez-Vous au  https://rvcq.quebeccinema.ca/

 


12 février 2015