Éditos

Meilleurs voeux…

par Helen Faradji

Lorsque les temps sont durs, que les demains se font réservoirs à craintes, quoi de mieux que d’en appeler à la bonne vieille science-fiction ? Celle-là même qui exorcise, celle-là même qui se fait miroir pour mieux aider à passer à travers.

Car soyons honnêtes, début 2015, comment faire des vœux qui ne soient pas anxiogènes ? Comment se souhaiter avec sincérité une belle et bonne année cinéma quand tout le monde pressent qu’elle sera probablement, et encore une fois, le théâtre d’un long et pénible déclin ? Pour s’éviter cela et mieux digérer, projetons-nous, imaginons l’avenir et mettons la tempête derrière nous ! Voici donc nos dix vœux… pour 2025.

1.    Tout le monde se souvient encore avec des frissons sur les bras de cette horrible année 2022. Celle qui aura vu le dernier cinéma fermer sur le territoire québécois. Mais en cette fin d’année 2024, un mince espoir est né. Celui enclenché pour la réouverture d’une ancienne salle pour y projeter quelques morceaux choisis, en 35mm. Bien sûr, l’idée née dans les esprits les plus hipsters du moment a ce parfum rétro-nostalgique un rien agaçant. Mais souhaitons que cette mode n’en soit pas une et que d’autres belles initiatives de la sorte puisse voir le jour.

2.    Que Xavier Dolan ne tienne pas sa promesse, annoncée sur Facegoogle, ce vieux réseau où plus personne ne va, d’arrêter le cinéma. Certes, l’on peut comprendre que l’excitation de faire du cinéma soit un rien ternie lorsqu’on vient, à moins de 40 ans, de gagner sa seconde palme d’or, après avoir déjà empoché rien de moins que 8 oscars, mais son exubérance est plus que nécessaire à notre petite industrie en déclin : elle lui est vitale.

3.    Que les films dont vous êtes le héros, lubie des grands studios depuis trois ans pour se sortir du pétrin, se diversifient enfin. Plonger dans une réalité virtuelle pour y enfiler des collants de super-héros, même avec la fonction odorama du Enhanced 4D, a fait son temps.

4.    Que la comédie cesse d’être un genre de contrebande. On se remémore tous, avec des points d’interrogation encore tenaces dans le regard, que The Interview, l’anodine pochade de Rogen/Franco, a bien failli déclencher une troisième guerre mondiale en 2014. On se souvient avec des frissons d’horreur encore plus terrifiants de l’abominable attentat du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo. Mais de l’eau a coulé sous les ponts et l’interdiction émise par les studios de produire des comédies, genre « subversif par nature » selon les mots du communiqué qui avait été émis à l’époque, n’a définitivement plus lieu d’être.

5.    Que Leonardo DiCaprio, répétant inlassablement les performances les plus exceptionnelles chez Martin Scorsese depuis des années, gagne enfin cet oscar qui lui est du. La situation devient ridicule.

6.    Que l’on trouve enfin une source de financement digne de ce nom pour les médias, et notamment les plus spécialisés. Car on se souvient tous avec tristesse du dernier festival de Cannes où aucun journaliste n’avait pu être dépêché, faute de moyens, et qui fut donc entièrement couvert par la presse cannoise locale. Personne n’y a gagné.

7.    Que l’on arrête une bonne fois pour toutes de penser qu’une montre, toute intelligente et enhanced 4D qu’elle est, est un outil digne de ce nom pour regarder un film. Le cinéma, ou en tout cas, le souvenir qu’on en a, ne mérite pas ça.

8.    Que l’on continue à résister à cette nouvelle mode de la délocalisation virtuelle des festivals. L’abandon des lieux physiques pour la diffusion en streaming et en Globo-Facetime des films fait encore mal, même six ans plus tard.

9.    Que l’on encourage cette nouvelle tendance du jeune cinéma contemporain qui recrée par hologrammes intelligents l’esprit des pionniers Chaplin et Keaton. Certes, les tentatives sont encore maladroites, mais l’idée est là !

10.    Que l’on garde confiance : la Ultra-enhanced 5D, dont l’arrivée a été annoncée en grandes pompes fin 2024, promet le meilleur. Les décès sont beaucoup moins nombreux que dans les premiers mois d’essais, ce qui est encourageant. Et la puce cérébrale nécessaire aux injections à même le cerveau, nous promet-on, sera moins chère d’ici quelques mois.

Bon cinéma à tous.

En 2015, comme en 2025, gardons bien vif à l’esprit cette maxime de Beaumarchais, meilleur guide dans les moments difficiles : « Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer.  »

 


8 janvier 2015