Éditos

Merci

par Helen Faradji

Il y a des éditos qui s’écrivent tout seul. Les mots coulent, les idées s’enchaînent et l’élan ne se brise pas. Il y en a d’autres plus difficiles à faire naître, où chaque phrase, chaque syllabe même, fait suer. Celui que vous êtes en train de lire appartient sans aucun doute à cette dernière catégorie. Car, après 11 ans et quelques mois à se retrouver ici chaque semaine, il marque le dernier de nos rendez-vous.

Écrire les derniers mots… Certains ont su le faire avec tant de talent. Si les débuts de films ont évidemment la responsabilité d’être réussis pour parvenir à nous captiver, les fins doivent, elles aussi, avoir du poids. Elles doivent résonner, imprimer quelque chose dans le regard ou dans l’esprit, fermer tout en ouvrant.

Écrire une réplique finale est un art. À ce moment précis, celui où je dois écrire mes derniers mots ici, ce sont elles qui me reviennent en mémoire. Ces dernières lignes brillantes, émouvantes, puissantes. Ces derniers mots qui tous, à leur façon, incarnent parfaitement aussi ce moment si particulier.

Il y a l’implacable « Forget it, Jake, it’s Chinatown » de Robert Towne.

Le génial « Well, nobody’s perfect » de Billy Wilder et I.A.L. Diamond.

L’émouvant « Louis, I think this is the beginning of a beautiful friendship » de Julius J. Epstein, Philip G. Epstein et Howard Koch.

Le brillant « You see, this is my life. It always will be. There is nothing else – just us and the cameras and those wonderful people out there in the dark. All right, Mr De Mille, I’m ready for my close-up » de Billy Wilder et Charles Brackett.

L’ambigu « It’s a strange world, isn’t it? » de David Lynch.

Le courageux « I’m so happy that I am alive, in one piece and short. I’m in a world of shit, yes. But I am alive. And I am not afraid » de Stanley Kubrick, Michael Herr et Gustav Hasford.

L’inspiré « Meine Damen und Herren, Madames et Messieurs, Ladies und Gentlemen. Where are your troubles now? Forgotten? I told you so. We have no troubles here! Here, life is beautiful. The girls are beautiful. Even the orchestra is beautiful. (sung) Auf wiedersehen! A bientôt » de John Van Druten.

Le poétique “How do you find your way back in the dark?” “Just head for that big star straight on. The highway’s under it – it’ll take us right home” d’Arthur Miller.

L’amusé « Say friend, ya got any more a that good sarsaparilla? » de Joel et Ethan Coen.

 

Il n’y aura pas ici de dernière réplique. Mais seulement un dernier mot que j’espère assez grand pour tout contenir : merci.

 

Merci aux invités du podcast de 24 Images, que j’ai eu le bonheur de recevoir, et qui ont tous fait preuve d’une éloquence, d’une intelligence et d’une ouverture qui donnent à croire que simplement « parler de cinéma » n’est une chose ni vaine ni superficielle.

Merci à tous les cinéastes invités qui, dans ces pages, ont ouvert une porte sur leur imaginaire de créateurs avec une générosité et un enthousiasme réconfortants.

Merci au « merveilleux monde du cinéma », à ces femmes et ces hommes qui le font et l’accompagnent et qui, au cours de ces années, m’ont accordé leur confiance, leur temps et leur collaboration.

Et enfin, et peut-être surtout, merci à vous, lecteurs qui, chaque semaine, avez fait de cet espace un lieu de vie, de liberté et d’échange en pensant comme nous que le discours et la critique méritaient bien quelques minutes de lecture puisqu’ils n’incarnaient au fond qu’une expression de cet amour indéfectible du cinéma qui nous unit tous.

Merci. Un dernier mot qui vous dira donc, le plus sincèrement possible, ma profonde gratitude pour ces belles années passées ensemble.

 

« This is Ripley, last survivor of the Nostromo, signing off »…

 

À bientôt et, pour une dernière fois ici, bon cinéma


19 janvier 2017