Éditos

Oscar, Gala, etc

par Helen Faradji

Alors que la 45e édition du Festival du Nouveau Cinéma a pris son envol hier avec le Two Lovers and a Bear de Kim Nguyen et se finira le 15 avec le Maliglutit de Zacharias Kunuk (entre les deux, les blogueurs de 24images.com vous tiendront au courant de ce qui fait vibrer leur cœur festivalier, mais on se permettra ici de citer quelques titres et évènements en mode partage d’envies-flashs : Diamond Island de David Chou, La tortue rouge de Michael Dudok de Wit, Toni Erdmann de Maren Ade, L’effet aquatique de Solveig Anspach, Sieranevada de Cristi Puiu, La prunelle de mes yeux d’Axelle Ropert, Mimosas d’Olivier Laxe, la série réservée aux petits loups pour les enfants ou la soirée Quizz cinéma du dimanche 9 octobre), un des films sur lesquels la louve de Montréal a pu mettre la main a aussi fait parler de lui cette semaine pour d’autres raisons.

Aquarius du brésilien Kleber Mendonça Filho vient en effet, malgré lui, de déclencher une petite tempête en ses terres. Le film, qui évoque l’histoire d’une femme de 66 ans qui refuse de bouger après que des promoteurs immobiliers aient voulu acheter son appartement, avait déjà fait parler de lui lors de sa présentation cannoise en mai dernier. Engagée, politisée, l’équipe du film n’avait en effet pas hésité lors de son grimpage de tapis rouge à dénoncer bruyamment la procédure de destitution de leur présidente Dilma Rousseff et l’arrivée au pouvoir de son rival Michel Temer. Et puisqu’il appuie apparemment très justement et drôlement sur le bobo brésilien sans jamais le nommer explicitement, Aquarius a aussi depuis réussi à connaître un très beau succès populaire (même si le gouvernement a assorti sa sortie en salles d’une interdiction aux moins de 18 ans, avant de revenir à 16, devant le tollé). Le genre de succès, comme chez nous par exemple avec Dolan, qui aurait du quasiment lui garantir une place comme représentant national aux Oscar. Au point que trois réalisateurs brésiliens ont d’eux-mêmes retiré leurs films de la course pour lui paver le passage.

« Contre toutes attentes », le comité brésilien lui a pourtant préféré Little Secret, le deuxième long de David Schurmann (son précédent, Desaparecidos, est un film d’horreur, celui-ci, qui doit sortir en novembre, un drame sentimentalo-familial, appelé « un des pires films du cinéma brésilien récent » par le critique de l’influent journal Folha de S. Paulo).

Les critiques et journalistes là-bas n’ont évidemment pas été dupes. Et la non-sélection est vite apparue comme une punition pure et simple contre Kleber Mendonça Filho et son équipe et leur critique du nouveau régime et de son virage à droite. Cerise sur le sundae, il a aussi été révélé que le comité brésilien avait intégré récemment le critique Marcos Petrucelli dans ses rangs, critique qui, durant Cannes, avait fustigé l’équipe d’Aquarius, les accusant à demi-mots d’être parti en vacances en France aux frais de l’État (oui, « les artistes, ces parias » est une chanson pas mal universelle).

Et Aquarius et son cinéaste, sont malgré eux, devenus le symbole autour duquel s’écharpent présentement les camps qui divisent le Brésil. Imaginez un combat d’opinions constant et gueulard entre un Éric Duhaime et un Alain Gravel, au cours duquel le premier appellerait tout simplement au boycott du film (comme l’a fait leur Richard Martineau local, Reinaldo Azevedo dont la phrase incroyable, « The duty of people with goodness in them is to boycott ‘Aquarius », a naturellement été reprise par l’équipe du film sur leurs affiches)

Évidemment, il n’y a rien de réjouissant à voir un pays scindé, miné de l’intérieur. Mais on est en droit de trouver que cette effervescence d’idées autour d’un film l’est. Car non, le cinéma n’est pas qu’un objet industriel dont les succès se mesurent en dollars. Non, Hugo Dumas, le cinéma, ce n’est pas que : « Lâche-moi avec ta mise en scène et parle-moi de ton ressenti, Marc ! ». Le cinéma parle. Par son histoire, par ses cadrages, par sa lumière, par son montage, par sa musique. Il nous dit ce que nous vivons. Il nous dit qui nous sommes. Il nous assure d’un lien les uns avec les autres. Oh, bien sûr, ça n’arrive pas si souvent. Mais quand un film y parvient, il est, comme au Brésil, au cœur même de ce qui peut donner de l’espoir et de l’énergie.

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Pendant ce temps, au Québec, le gala Québec Cinéma qui récompense nos films est déplacé au 4 juin. « Entre Cannes et les films d’été », a-t-on expliqué à Radio-Canada, comme s’il ne s’agissait pas d’une décision destinée à l’enterrer. Dans l’indifférence générale, on vient de FFMiser les récompenses de notre cinéma.

 


6 octobre 2016