Éditos

Santé, bonheur, santé, bonne humeur

par Helen Faradji

La page est tournée. Jusqu’à la prochaine catastrophe, 2016 sera notre meilleure amie, celle qui nous fera oublier cet horrible hier, celle qui portera fièrement tous nos espoirs. Une année toute neuve, à remplir comme on l’entend de mille et une possibilités, avec comme guides, peut-être, ces cinq souhaits que nous avions envie de nous offrir.

1.    Que notre service public accueille enfin une émission consacrée au cinéma. Télé, radio ou même seulement sur le web, cela suffirait à notre bonheur. Soyons honnêtes, vu le nombre de débuts d’année où ce souhait a déjà été formulé, il est probablement devenu plus un running gag qu’un véritable espoir. Mais c’est la beauté des débuts : on peut encore y être parfaitement naïf.

2.    Qu’on arrête de penser que le numérique est la solution à tout. Oui, bien sûr, la situation du cinéma en salles est catastrophique. Et des solutions de distribution et de diffusion des films en ligne ont été développées pour pallier avec plus ou moins d’efficacité à ce réel problème. Pourtant, pourquoi devrait-on penser que l’un exclut l’autre ? S’efforcer de rendre disponible en ligne des films et des œuvres est parfaitement louable, évidemment. Mais il n’existe aucune raison valable de penser que cette tentative doive s’accompagner d’un déclin des salles. L’un et l’autre, plutôt que l’un ou l’autre, voilà ce que nous nous souhaitons.

3.    Qu’on mise sans compter sur la diversité. La force du cinéma québécois (et mondial, par extension) réside dans sa multiplicité. La fraîcheur, l’originalité, la profusion des points de vue, approches et styles sont des atouts. Refaire pour la x millième fois le même film sur le même sujet avec le même angle finit, fort logiquement, par courir sur le haricot du spectateur même le plus patient. Que la Sodec et Téléfilm Canada puissent le réaliser afin que nos soirées cinéma puissent se suivre sans se ressembler nous ferait assurément  gagner plusieurs points bonheur. Le cinéma, notre cinéma, peut et doit nous faire rire, nous faire pleurer, nous faire réfléchir, nous désarçonner autant que nous réconforter ou nous entraîner sur les terrains les plus profonds et philosophiques. Donnons lui les moyens d’être ce qu’il a largement le potentiel d’être.

4.    Qu’on se rassemble plutôt que l’on se divise. Oui, le contexte dans lequel se vit l’expérience cinéma à Montréal, et plus largement au Québec, s’est réduit à peau de chagrin ces dernières années. Nombre de salles à la baisse, fréquentation pas mieux, désintérêt semblant généralisé… difficile de voir la lumière au bout du tunnel. Pourtant, rarement l’expression « l’union fait la force » n’aura semblé aussi vraie. Plutôt que de belles et louables initiatives isolées, nous nous souhaitons qu’une réflexion collective puisse s’amorcer, que les forces de chacun puissent être mises à profit dans un effort qui, peut-être ne satisfera pas les petits appétits individuels, mais nous servira à tous, afin que petit à petit, nous puissions regagner un peu, ensemble, de ce terrain perdu.

5.    Que l’on retrouve l’excitation. Même un semblant. Même une parcelle. Le plus dur, ces dernières années, aura en effet peut-être été ce sentiment d’avoir senti une véritable chape de plomb s’abattre sur la communauté cinéphile, dont les éclats semblent surtout s’être soldés par de vilains coups sur le museau. Évidemment, la morosité a fini par s’installer, accompagnée de son cortège de « ça sert à rien », « ça vaut même pas la peine d’y penser », « non, non, non, ça ne se peut pas ». Comment aurait-il pu en être autrement ? Alors, pour 2016, notre souhait le plus vif, et le plus sincère, sera celui-ci : que nous retrouvions le goût du rêve. Que nous imaginions plus grand, plus beau, plus vivant, sans cesse et sans relâche. Que les sorties de films, les événements, les festivals, les rétrospectives et autres hommages soient à nouveau accompagnés de ce délicieux frisson qui rend l’attente insupportable. Que le cinéma se vive au Québec avec passion et déraison, émotion et enthousiasme. Pour cela, tous les moyens seront les bons, toutes les excuses seront les mauvaises.

En attendant de voir ces vœux exaucés, nous vous souhaitons à tous et toutes la plus vibrante des années. Qu’elle soit remplie au point de déborder et que le cinéma y trouve sa place toute naturelle.

 

Bon cinéma et bonne année.

 


7 janvier 2016