Éditos

V.O. (S.T.)

par Helen Faradji

Festival International de Toronto, Festival International du Film Francophone de Namur, Festival du Nouveau Cinéma, Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal, Cinémania, Sommets de l’animation…. L’automne se pare peut-être parfois de détours internationaux, mais pour le cinéphile, il reste, localement ou non, la grande saison des festivals. Courir à droite, à gauche, organiser son horaire, trouver bien important d’y voir un film, peu importe s’il prend l’affiche une semaine plus tard, se balader fièrement, pour ceux qui l’ont, un cordon sponsorisé autour du cou duquel pend la plus ou moins précieuse accréditation… La chanson est connue, répétée, ressassée, même.

Et pourtant, toujours aussi la même épine qui, selon les années, refait surface avec plus ou moins de bruit : la fameuse question des sous-titres.

Au Festival des Films du Monde, par exemple, elle revient chaque année, puisque lesdits sous-titres n’y sont pas, ce que l’on explique du côté des organisateurs-cosettes par le manque de budget de l’événement. Au TIFF, elle ne s’y pose même pas, le public y étant principalement anglophone, les sous-titres n’y paraissant donc nécessaires que pour les films étrangers ou francophones. Au FNC, c’est au petit bonheur la chance, parfois oui, parfois non. À Cannes, où l’argent, le fameux argent manque tout de même moins qu’ailleurs, la question est simplement réglée : sous-titres en français pour les films anglophones, en anglais pour les films francophones et dans les deux langues pour les films d’ailleurs. Etc, etc, etc… Chaque festival s’organise comme il peut, avec les moyens du bord le plus souvent et vogue la galère, surtout pour les unilingues dont l’accès au cinéma, à tout le cinéma, s’en trouve forcément rétréci.

À Namur, où les films francophones sont donc mis de l’avant, la situation se complexifiait encore un peu davantage. Les films québécois vus sur place étaient en effet présentés sans aucun sous-titres. Or, pour citer un journaliste flamand présent à la projection de Ceci n’est pas un polar de Patrick Gazé, et ayant décidé que toute la salle devait pouvoir profiter de ses observations sur l’état des choses avant que le film ne débute : « je ne comprends rien quand c’est québécois. Quand c’est français, ils articulent bien. Les québécois, on entend juste ‘wa-wa-wa-wa’ ». Et effectivement, durant la projection, on pouvait entendre les mouches voler tant certaines répliques supposées faire effet restaient en l’air, sans personne pour les attraper…

D’où la question : envoyer un film québécois dans un festival étranger, tout nu, sans ses précieux sous-titres, n’est-ce pas se tirer dans le pied ? Certes, la chose coûte son pesant de cacahuètes, certes encore, un film, ce n’est pas que ses dialogues… Mais comment espérer être compris, comment surtout penser qu’il pourra bel et bien y avoir échange entre les cultures, dialogue, partage lorsque le film n’est tout simplement pas compris ? Et surtout, pourquoi ne pas assumer la spécificité de sa langue, sa singularité en faisant du sous-titre non pas un élément ajouté pour bien mal masquer sa honte de « ne pas parler comme les autres », mais au contraire, un élément de fierté, de mise en avant d’une différence à protéger ?

La question dépasse bien sûr le cadre des festivals. Car si elle se pose peut-être plus vivement, dans ces lieux où la cinéphilie se veut mondiale, internationale et où les films sont justement supposés voyager, n’en reste pas moins qu’ici même, au Québec, nous en vivons également les conséquences semaine après semaine en salles. Combien de films sortent en effet ici avec sous-titrage ? On peut, sans rire, les compter sur les doigts d’une main. Or, soyons honnête : les films anglophones sortant ici sans sous-titres pour les francophones, et les films québécois montrés sans sous-titres pour le public anglophone, peuvent-ils réellement espérer « rencontrer leur public »? Oui, bien sûr, le doublage existe. Mais là encore… sans sa voix, sans ses intonations, sans les modulations qu’elle peut lui faire prendre, Meryl Streep est-elle encore tout à fait Meryl Streep ? Ou comment aurait-on réagi si Mommy, sorti en France avec sous-titres,l’avait été uniquement en version doublée ?

Si le sous-titre apparaît comme une gêne aux yeux de plusieurs, peut-être serait-il temps de le reconsidérer pour ce qu’il pourrait être, et non pour ce qu’il empêche : une véritable aide à ce que les films puissent voyager au-delà du petit cercle auquel ils sont « destinés ». Ce n’est pas comme s’ils n’en avaient pas besoin

Bon cinéma, en VOST

 


16 octobre 2014