Festivals

Cannes 2019 – Blogue n°10

par Jacques Kermabon

À peine déclaré, le palmarès du festival de Cannes a fait le tour de la planète, on le trouve en détail ici. Chacun pourra le commenter selon ses propres choix, regretter l’absence de tel ou tel, la place de l’un ou de l’autre. La seule vérité est qu’il n’y avait pas assez de prix à décerner au regard de cette sélection 2019, d’excellente tenue, dominée incontestablement par Parasite de Bong Joon-Ho, lequel aurait pu, à lui seul, occuper l’ensemble des distinctions. Elia Suleiman peut donc se sentir honoré de la mention spéciale que le jury lui a accordée.

On retrouve dans It Must Be Heaven son humour laconique, ses plans fixes composés au cordeau, l’ironie avec laquelle il nous fait regarder le monde. Nous passons de la Palestine à New York en passant par Paris, sous le vague prétexte de monter, sans grand succès, une coproduction internationale. Il promène sa silhouette silencieuse dans ces paysages contrastés en forçant le trait pour chaque pays visité : beauté des femmes et présence policière à Paris, armes en bandoulières chez tous les New-Yorkais… On rit souvent, mais on admire surtout la précision du geste, l’acuité du regard, l’élégance d’un style affirmé.

Il est un peu tôt pour prétendre synthétiser le tumulte des films et des images générés par cette 72e édition du Festival de Cannes. L’ampleur des propositions suscite surtout l’impression d’avoir traversé cette douzaine de jours comme le héros de La Chartreuse de Parme, avec l’intime conviction que l’essentiel nous a échappé. Sans même parler des fameuses fêtes cannoises qui pourraient être chroniquées, à côté de toutes propositions des sections officielles et parallèles, on se dit qu’on aurait pu passer plus de temps à Cannes Classics, la section dédiée au patrimoine, pour découvrir des documentaires sur des figures du 7e art (portraits de Milos Forman, Anne Magnani, Johnny Hallyday par Pierre-William Glenn…) et des œuvres restaurées : Los Olvidados de Luis Buñuel, Le Serpent blanc de Taiji Yabushita, Toni de Jean Renoir, Miracle à Milan de Vittorio De Sica, La Caravane blanche, d’Elda Shengelaia et Tamaz Meliava… Le succès de cette section, créée en 2004 par Thierry Frémaux et imitée depuis par de nombreux festivals, et qui veut offrir le meilleur des films récemment restaurés, impose, là aussi, de sélectionner quelques œuvres parmi toutes celles proposées. On trouvera ici le détail du programme 2019.

Dans le comptage des sélections, il faut saluer la façon dont, la caisse de résonnance cannoise ayant permis d’agiter avec force le drapeau de la parité, le festival aime aujourd’hui à le brandir. Pour la première fois, il a ainsi procédé à un comptage systématique des réalisatrices soumettant un film à sa sélection. 26% des 1845 longs métrages inscrits et soumis à une sélection à Cannes ont été réalisés par une femme. 32% des 4240 courts métrages inscrits pour la compétition ont été réalisés par une femme. Vingt réalisatrices (soit 27,5%) faisaient partie de la Sélection officielle 2019 : 4 en Compétition ; 8 à Un certain regard ; 3 en Séances spéciales ; 5 en compétition des courts métrages. Elles étaient 11 réalisatrices en 2018, 12 en 2017, 9 en 2016, 6 en 2015. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

Si l’après-festival est commencé, le temps est venu de s’emparer des traces des événements qui nous ont échappé. Un regard pressé peut ainsi parcourir une compilation des meilleurs moments de cette 72e édition. N’ayant pu être présent à la remise de la Palme d’or d’honneur à Alain Delon, on sera curieux de découvrir ce moment riche en émotions tel qu’il a été filmé. Les conférences de presse sont aussi parfois des temps forts, qu’il est possible de retrouver en ligne comme celles avec Abdellatif Kechiche ou Quentin Tarantino. L’après-festival, peut encore être le festival.

 

 

 


26 mai 2019
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