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Fantasia 2021 – Blogue no. 3

par Jérôme Michaud

Il fait plaisir de voir Fantasia de retour en août, avec des projections en salles, bien que peu nombreuses. En voilà une belle façon de célébrer son 25e anniversaire, même si les organisateurs auraient préféré célébrer ce quart de siècle dans des conditions sanitaires plus normales. Somme toute, on peut se réjouir que les choses rentrent progressivement dans l’ordre, ce qui a permis à la section Axis de retrouver quelques plumes, elle qui était franchement mince l’an dernier. C’est d’ailleurs le retour de l’animations japonaise, qui était complètement absente lors de la dernière édition.

Junk Head de Takahide Hori

Si le film Junk Head ne vous est pas étranger, c’est que vous aviez peut-être vu sa version courte de trente minutes en 2013 ou celle longue (près de deux heures) diffusée à Fantasia en 2017. La mouture 2021 du film est une version resserrée et améliorée, qui serait enfin finale. Le travail d’animation image par image est colossal et il a été mené en grande partie par son réalisateur, Takahide Hori, qui porte de multiples chapeaux au générique. La proposition a de quoi charmer : dans un monde futuriste et dystopique, les humains ont mis sur pied des clones qui se sont rebellés contre eux. Ayant atteint l’immortalité, les humains ont cependant perdu la capacité de se reproduire. Un humain est donc envoyé dans les bas-fonds du monde des clones pour trouver une solution.

Même si d’un point de vue narratif, le récit n’est pas encore parfaitement calibré, cela à l’avantage d’éviter de placer uniquement le spectateur dans une succession de péripéties. Il y a un étirement de la temporalité et des moments d’errance qui renforcent le fond existentiel de l’histoire. Bien que l’on sente beaucoup les inspirations de son auteur (comment ne pas y voir le monde et les créatures de Giger?), Takahide Hori a créé un bestiaire magnifique et attachant, un monde singulier dans lequel on aimerait bien replonger, d’autant plus que la fin du film se conclut de façon un peu maladroite. Or, le cinéaste a déjà confirmé qu’il aimerait ajouter deux volets à son histoire pour l’instant incomplète.

Disponible à la location à la demande

Beyond The Infinite Two Minutes de Junta Yamaguchi

Fantasia a présenté de magnifiques premiers films japonais au fil du temps, tels que One Cut of the Dead et Woman of the Photographs récemment. Le festival récidive encore avec Beyond The Infinite Two Minutes de Junta Yamaguchi. Véritable petit bijou d’inventivité indie, l’œuvre se réapproprie le concept du film avec boucle temporelle au sein d’un huis clos en temps réel. Il fallait le faire ! Le concept de départ paraît anodin : un moniteur d’ordinateur relié à une télévision munie d’une caméra permet de voir ce qui arrivera deux minutes plus tard dans le futur. Au fil des explorations qu’un groupe d’amis fera du dispositif, ils en tireront profit et en comprendront les limites, pour le meilleur et pour le pire.

Le film place avantageusement le spectateur au centre des personnages, avec une caméra mobile qui suit l’action, dans un faux plan-séquence qui finit par offrir une expérience assez vertigineuse. Même si on n’est pas sans savoir ce qui se passera deux minutes plus tard, le film captive car on veut sans cesse savoir comment les personnages se retrouveront dans chaque situation quelques instants plus tard. Avec peu de moyens, mais beaucoup d’ingéniosité, le mécanisme filmique nous emporte et nous enthousiasme, bien davantage que ce que proposent la plupart des thrillers supposément haletants.

Disponible à la location à la demande

Prisoners Of The Ghostland de Sion Sono

Sion Sono est un cinéaste d’une force créative bouillonnante et déstabilisante, mais il travaille parfois vite et son œuvre est pour le moins inégale. Après deux films plutôt réussis, The Forest of Love et Red Post on Escher Street, on ne savait trop ce qui allait en être de sa première production américaine, surtout qu’il se retrouvait à diriger Nicolas Cage. La promesse était belle puisque l’acteur américain a retrouvé un peu d’aplomb dans la dernière décennie alors qu’il incarne fréquemment des personnages désobligeants, gueulards et parfois sanguinaires dont l’apogée a été atteint dans Mandy.

Prisoners Of The Ghostland est une œuvre à la frontière entre l’Amérique (la production) et le Japon (la réalisation) ; entre le western, le steampunk, les samurais et les geishas. Un bizarre regroupement d’univers disparates dont l’amalgame ne colle cette fois-ci pas parfaitement pour Sono. Cage semble mal tombé dans un récit archi simple (une énième mission de sauvetage d’une personne détenue) qui parvient à être mal écrit et surtout prévisible, ce qui n’est pourtant pas la marque de commerce du réalisateur. Malgré une direction artistique parfois imparfaite, le film est visuellement réussi, même s’il peine à rendre convaincant son univers baroque. Le film saura tout de même plaire au public de Fantasia puisqu’il continue de livrer en bonne partie la marchandise.

En salle, Cinéma impérial, 20 août, 21h45

En ligne, 23 août, 19h


15 août 2021