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Festival d’Annecy 2018, jour 6 : En route vers le Japon…

par Nicolas Thys

Alors qu’on apprenait que le Japon serait le pays à l’honneur à Annecy en 2019, cette édition semblait nous y préparer tant le nombre de séances consacrées au pays était déjà important. Entre Okko de Kitaro Kosaka, Mirai de Mamoru Hosoda, les marionnettes de Tomoyasu Murata ou Millenium actress de Satoshi Kon, notre regard était déjà en partie tourné vers le soleil levant. Ceci sans compter ce qu’on a manqué : Totoro qui fêtait joyeusement ses trente ans, Masaaki Yuasa qui venait discuter, Godzilla en WIP et séance spéciale, deux longs métrages féminins signés Naoko Yamada et Mari Okada ainsi que quelques courts et un hommage à Isao Takahata.

Après réflexion… 2019 devrait plutôt être considérée comme une année du Japon Bis ! Une chose est sûre, vu le record d’affluence du dernier Carrefour du cinéma d’animation à Paris qui mettait déjà le Japon en pays à l’honneur, mieux vaudra se préparer à l’avance pour avoir un logement au festival l’année qui vient. La ville et les salles risquent d’être forts pleines peu importe la météo.

 

Avant de parler de la compétition court-métrage 4, qui reste le cœur de l’article, revenons sur les questions séances précédemment évoquées. Et très clairement, entre Okko et Mirai, on choisira Mirai, œuvre touchante même si elle ne révolutionne rien. On connait Mamuro Hosoda essentiellement pour ses quatre précédents longs-métrages : Ame et Yuki, Le Garçon et la bête, Summer Wars et La Traversée du temps. Avec le vieillissement de Ghibli, la mort de Satoshi Kon, le peu d’entrain d’Oshii et Otomo à réaliser de nouveaux longs, il fait partie de la « relève ». C’est dire s’il était attendu.

Qu’est-ce-que Mirai ? Pour ceux qui passeraient outre la crise démographique importante au Japon et le message propagandiste destiné à faire pondre un maximum, c’est d’abord l’histoire d’un enfant de 4 ans qui va devoir apprendre à devenir un grand frère. Du jour au lendemain, il voit débouler une petite sœur qu’il déteste car il a l’impression que ses parents l’abandonnent. C’est, ensuite, le récit réaliste d’une famille contemporaine et, enfin, une œuvre sur le temps qui passe, fragmenté.

Comme toujours chez Hosoda, le fantastique surgit mais non pas à travers un monde parallèle qu’on traverse comme chez Miyazaki. C’est juste l’univers intérieur du frère, dont l’âge est encore propice aux amis imaginaires et où tout est possible : son chien peut devenir humain, sa sœur surgir de l’avenir, il peut faire une fugue mentale et se perdre dans une gare immense. Il génère naturellement des mondes qui n’existent que pour lui. Face à cette réalité intérieure propre à l’enfant, le monde des parents : le Japon aujourd’hui, une maison d’architecte, la famille qui évolue avec la mère au travail et le père à la maison. Deux mondes pour deux réalités qui convergent. Elles ne sont pas parallèles mais elles s’imbriquent même si les uns construisent le réel dans leur imaginaire pendant que les autres, déjà grands, n’y parviennent plus ou n’en ont plus besoin. Et ce qui est important c’est justement que l’animation – 2D ou 3D rendu 2D, dont on perçoit nettement la différence – permet à ces mondes de cohabiter, de créer un univers où le passage de l’un à l’autre ne choque pas. Ici, c’est bien le dessin qui permet au réel d’exister.

Quant à Okko, second long-métrage japonais en compétition, il sera rapidement oublié. Peut-être qu’on en attendait trop de la première réalisation de Kitaro Kosaka qui occupa tous les postes, d’animateur clé à directeur de l’animation, chez Ghibli de 1984 à 2013. On espérait une œuvre importante, on a droit à un film d’une banalité sidérante sur une fillette qui perd ses parents et doit vivre dans une petite pension de famille chez la seule personne qui lui reste. Adapté d’un manga, on y retrouve les ingrédients majeurs du cinéma japonais : la nourriture, les fantômes, et la thématique du deuil, ici associée au travail. Rien de bien nouveau donc. On aura droit à tous les passages obligés avec inimitiés et amitiés, variations autour de la pauvreté et de la richesse, rites traditionnels et ainsi de suite. Les amateurs apprécieront, les autres se lasseront.

Graphiquement, on a l’impression d’avoir été dupé. Que ceux qui auraient vu l’affiche d’Okko diffusée en ce moment fassent attention, elle provient du livre. La réalité est beaucoup plus numérique que cela avec des couleurs criardes, des yeux si grands qu’ils occupent tout l’écran sans dégager une quelconque émotion, et des mouvements 3D visibles et sans intérêt. L’héroïne va quant-à-elle être aidée d’esprits qui vont peu à peu quitter notre monde. Les fantômes numériques n’épousant guère la matière, ils étaient voués à une disparition certaine (ce que nul mieux que Nikita Diakur ou David OReilly ont compris). Tout comme ce film disparaitra vite de nos mémoires.

 

Les deux séances nippones les plus intéressantes sont venues des programmes spéciaux et d’Annecy Classics. La première présentait une partie de l’œuvre, méconnue en France, de Tomoyasu Murata dont la dernière sélection au festival remontait à un court hors-compétition en 2003. Avouons-le, on ne le connaissait pas mais l’image d’une de ses créations nous a attiré et c’est un artiste important qu’on a découvert. Il est venu présenter une sélection de cinq courts métrages si surprenante qu’on se demande comment on avait pu le laisser passer, d’autant plus qu’il a d’autres cordes à son arc puisqu’il est également dessinateur de mangas, photographe, peintre et plasticien.

En 1998, alors qu’il a 20 ans et qu’il est encore étudiant, Murata commence à faire des films d’animation, s’éloignant du canon des animés à la mode pour se diriger vers le volume. Il n’arrêtera plus et, après ses études, en 2002, il créera une société de production qui lui permettra d’être un des rares cinéastes de courts-métrages indépendants à vivre de son art. Il poursuit ainsi une tradition moins connue de l’animation nippone emmenée par Kihachiro Kawamoto. Inspiré notamment du bunraku, le théâtre de marionnettes traditionnelles japonaises, son travail est fertile et les œuvres qu’on a pu voir ne sont qu’un exemple de ce qu’il a fait.

Les films montrés sont presque sans parole et son œuvre aborde l’impermanence des choses et des êtres avec, toujours, une certaine ambiguïté face au réel. Il se fait remarquer dès 2000 avec Nostalgia, pérégrinations mentales d’un vieil homme dont la femme est décédée. Ses marionnettes sont encore sommaires mais son style contemplatif commence à se définir. En 2002, il débute une série de « routes colorées » en plusieurs épisodes. Aka-no Michi (Scarlet road), présenté ici, s’attarde sur un pianiste dont la fille vient de disparaître et sur son chemin entre la vie et la mort. Ces routes se poursuivront jusqu’en 2008 et aborderont essentiellement les thèmes de la perte et du deuil de façon subtiles avec différents niveaux de signification qui nécessiteraient probablement plusieurs visionnages. Dommage que ces deux films n’aient eu droit qu’à une projection probablement issue d’un DVD qui rendrait la délicatesse des mouvements, des décors et des textures trop pixellisées. On a pu voir aussi le premier épisode de Family deck, une autre série qui suit une famille composée de deux parents et deux enfants dans un salon de coiffure ayant existé. Cette série offre à Murata l’occasion d’essayer de redonner vie à son quartier, de le reconstituer par le biais de l’animation qui fait office de paysage mental, tout en suivant le quotidien simple d’individus profondément liés.

Il change de cap après le grand tremblement de terre de 2011 et il réalise trilogie de films courts : « After the great east japanese earthquake – Travel through memories about life and death ». On a pu en voir deux sur les trois et le premier constat réside dans ses figurines qui changent drastiquement. Elles deviennent encore plus sombres, plus mystérieuses. Si leur expressivité ne passait déjà que par le mouvement des corps, celui-ci semble encore plus épuré et la musique prend une nouvelle dimension, plus onirique. Dans le premier épisode, Okinamai, un loup amnésique tente d’échapper à deux chasseurs tout en retrouvant son passé pendant qu’un narrateur introduit l’idée du changement et de la résistance au changement. Le troisième, A Branch of pine is tied up, montre des jumelles séparées par un tsunami et les deux jumelles, traversant passé et présent, tente de se retrouver à travers leurs souvenirs. Les deux films, une fois encore, nécessiteraient plusieurs visionnages pour en décrypter le sens, pour se fondre dans des décors d’une infinie beauté et pour apprendre à comprendre ces personnages hallucinants, loups, humains, lapins venus d’un autre monde.

Même si on sent qu’on n’a fait qu’effleurer une œuvre, c’est une jolie découverte. Et pour conclure ce périple japonais, on est allé se réfugier auprès d’un classique : Millenium actress de Satoshi Kon. On le découvrait à Annecy sur grand écran à l’occasion d’une restauration de très bonne qualité. Le film a 17 ans cette année et il semblait neuf. On ne reviendra pas longtemps dessus car une fois commencé, on en aurait pour quelques pages.

Rappelons juste que c’est une œuvre majeure du cinéaste. Elle rend hommage à une actrice âgée, inventée pour les besoins du scénario, qui plonge dans ses souvenirs à mesure qu’elle raconte sa vie à deux documentaristes. L’un des deux hommes l’a d’ailleurs connu plus jeune. Elle passe d’un souvenir à l’autre, ainsi que d’un film à l’autre, dans un déluge d’images issues de métrages dans lesquels elle aurait joué, confondant ainsi réalité et illusion. Le film est complètement réflexif et à l’aide d’une histoire d’amour tragique, il prend la forme d’une grande mise en abyme du cinéma, de ses genres, de ses tournages, de ses acteurs, de ses clichés. Documentaire, fiction, époque contemporaine, passée, imaginaire, tout y passe. Mais ce qui rend Millenium actress incroyable c’est – rappelons-le et insistons là-dessus – qu’il est animé. L’animation permet ces passages et circonvolutions étonnantes d’un monde à l’autre sans aucune difficulté mais surtout elle permet une distance que la prise de vues continues n’aurait jamais pu créer avec son sujet. Le renversement est d’autant plus surprenant. Le film est un hommage à une actrice animée, à un personnage dessiné et mis en mouvement image par image qui aurait tout à fait pu avoir ces rôles-là dans des films animés s’ils avaient été réalisés aux époques qu’on nous présente. Tout semble vrai, rien ne l’est. Tout « aurait pu » et c’est ça le plus important. La croyance s’installe alors qu’on n’est jamais dupe… et pourtant. Si on dit souvent que le cinéma d’animation est d’abord du cinéma, on a là l’impression inverse que le cinéma, les fantasmes et les fantasmagories qu’il génère, sont d’abord du cinéma d’animation. Et si c’était vrai ?

 

Revenons enfin sur le dernier programme de courts-métrages en compétition, le quatrième, qu’on avait raté jeudi mais rattrapé depuis. On avait entendu des échos mitigés sur la sélection, elle est pourtant très bonne dans l’ensemble, à l’exception peut-être du premier, Strange beasts de Magali Barbé, variation pokemonesque sur le devenir de la vie et de la parentalité à l’heure de la réalité augmentée. Inutile, déjà-vu et peu intéressant. On ne reviendra pas non plus sur Panta Rhei de Wouter Bongaerts : couple en crise, narration banale, baleine échouée, esthétiquement classique : il se fond dans la masse, on peine à s’en souvenir et pourtant on a gardé les yeux ouverts.

Apparemment Island of the deceased de Ji Hyen Kim a beaucoup fait parler de lui, probablement à cause de son sujet : on entre dans du Böcklin et on y trouve un Frankenstein nécrophile. Les frères Quay faisait ça mieux mais ça reste sympathique. En tout cas, pas de quoi en offusquer. La réalisatrice, faussement limitée dans son style – c’est à la mode dans l’horreur – avait déjà fait Throttled, autre court gore mais étudiant dont on avait parlé ici. Pour son premier film pro, elle commence déjà à se répéter mais elle va légèrement plus loin formellement. Pas sûr qu’elle méritait la compétition mais elle aurait été parfaite dans la section « WTF » même si sa façon d’aborder le genre n’est pas transcendante ni trop originale.

On attendait beaucoup That Yorkshire sound de Marcus Armitage. Là aussi, on a droit à un film plutôt réussi avec un sujet moins fort que My dad, déjà vu par ailleurs, et un style très similaire tout en dessin sur papier avec des jeux de couleurs impressionnants. Il a une touche personnelle hautement reconnaissable, de fortes qualités plastiques mais il lui manque une véritable ambition narrative. Enregistrer les sons d’une ville, les travailler et y apposer des images ça a déjà été fait, et très bien, pas plusieurs étudiants ces dernières années. Il faudrait penser à viser au-delà ou à composer avec autre chose.

Le film érotique de la sélection est pour une fois masculin ! Signé Veljko Popovic, auteur de Planemo en 2016 qu’on avait beaucoup apprécié (lire ici), Cyclistes métaphorise la conquête amoureuse à travers la course à vélo. Surtout, ce nouvel opus surprend car il est à l’opposé du précédent, que ce soit stylistiquement, plastiquement ou narrativement. Au point qu’on s’est demandé si on n’avait pas affaire à un homonyme. Moins sérieux, plus joyeux, hautement coloré et aux hautes inspirations picturales (Fernando Botero et l’art naïf en tête) ce nouveau court-métrage est une petite virée sympathique dans les fantasmes d’une petite ville balnéaire. Le maire s’y promène à moitié nu (le bas surtout), les habitants se déshabillent vite, et le sexe y semble régner en maitre. Une femme notamment attire tous les regards et ceux de deux hommes… Tout ici se joue dans le mouvement et les couleurs qui font office de moteurs voyeuristes. L’ensemble est simple, agréable, surprenant et se laisse voir avec un sourire aux lèvres. Ni plus, ni moins mais c’est déjà mieux que beaucoup.

On appréciera de la même manière le nouveau film du letton Vladimir Leschiov, Electrician’s day, qui semble être passé un peu inaperçu en fin de programme alors qu’il possède de réelles qualités. Sans être son film majeur, il n’en reste pas moins réussi. Le cinéaste officie depuis quelques temps à un bon rythme d’un court métrage tous les deux ans et il construit ainsi une réelle œuvre dont on retrouve des motifs de l’un à l’autre. Lui aussi se débarrasse des mots trop pesant pour construire des histoires, il joue sur le minimum de traits et l’opposition entre le noir et le sépia, notamment dans ses trois derniers films, afin d’apporter une certaine substance jamais neutre à l’image. Il entre dans des univers intimes de personnalités qu’on a l’impression de croiser au quotidien et dont on approfondit la psychologie par l’animation. Ici il s’agit d’un électricien électrocuté qui tombe dans le jardin d’un hôpital psychiatrique. Et Leschiov manie le passage du temps avec une forme de grâce qui tient en quelques lignes, un dessin à la main, et quelques métamorphoses. C’est juste beau, surtout pas spectaculaire et c’est ce qu’on aime.

Pour les deux films suivants, Egg de Martina Scarpelli et Telefonul d’Anca Damian, une comparaison s’impose. Au fil de nos textes, on se plaint souvent des voix-off pénibles et on a ici un bel exemple, dans une même sélection, d’une œuvre agréable et de l’autre irritante. Telefonul est le premier court-métrage d’Anca Damian qui a déjà une expérience du long suffisamment importante pour manier la narration de façon efficace et ne pas plomber son travail d’animatrice. C’est une des clés de la réussite de son film : elle fait intervenir la voix-off uniquement lorsqu’elle est nécessaire. Au début, par exemple, pour décrire un rêve lié à une table, dans un mouvement minimal. De cette façon elle introduit son récit sans perturber une animation qui va par la suite se déployer et montrer toute son envergure dans un fabuleux mélange de techniques à la fois anarchique et maîtrisé. Et, chaque fois que cette voix apparait, elle ne décrit pas, ne guide pas mais elle lance ou conclut une pensée. Elle induit des pistes pour la suite mais la poésie vient clairement du paysage sonore et du mouvement de l’animation qui nous fait passer à d’un monde à l’autre. L’ensemble est clair, efficace et on n’a jamais l’impression d’être harcelé par un narrateur qui nous trainerait par la main du début à la fin en nous expliquant quoi penser sans un seul moment de pause. Ce qui est malheureusement le cas avec Egg. Martina Scarpelli ne doit pas avoir assez confiance en elle, ou elle doit penser que le spectateur est un sombre idiot, pour lui asséner sans arrêt toutes les idées qu’il doit ingurgiter de force en voyant défiler ses images. Avait-elle besoin de parler autant, de répéter l’évidence de ce qu’elle montre ? Son récit est déjà contenu dans ses idées graphiques et son mouvement. La voix trop présente ne fait que noyer le film. Elle en aurait coupé une partie pour introduire ou conclure, elle aurait laissé le spectateur libre de ses pensées, le film aurait été plus intéressant. Et on s’en rend d’autant mieux compte qu’elle laisse un bref moment de pause, lorsque l’œuf est avalé. Et ce sont probablement les quinze plus belles secondes de son court-métrage.

Avant le palmarès, il n’en reste plus qu’un et on termine par notre préféré du programme 4, découvert à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, Le Sujet de Patrick Bouchard. On avait quitté le cinéaste, spécialiste de l’animation de marionnettes, sur Bydlo, qui voyait un bœuf se déplacer et exprimer son poids, sa lourdeur et ainsi le poids de l’humanité, il revient ici avec un autre film en volume massif mais autour d’une dissection. Les premiers plans nous introduisent dans l’atelier du maître d’œuvre et, alors qu’on pourrait imaginer une salle chirurgicale froide, on est plutôt dans le garage d’un artisan aux lumières chaudes. Et l’objet de la dissection n’est autre un corps en plastilline de taille humaine, double à la fois terre et chair de notre propre corps, allongé, sans vie pendant que son créateur-opérateur, bien humain, se déplace dans des mouvements en pixillation. Le rapport au réel et à sa capture image par image – donc déjà disséqué et analysé – est primordial et tout ce qui va suivre est une improvisation sur un corps jusqu’à la révélation et au renversement final.

Ce qui se joue dans Le Sujet est à la fois angoissant, monstrueux, fascinant et physique. Le film pourrait ne pas être pensé, il n’en serait pas moins réussi car il prend aux tripes ; ces tripes cachées que l’animateur cherchent à extirper comme pour fouiller l’intérieur de lui-même et dégager son inconscient, une lourdeur qui le paralyse. Mais ce qu’on apprécie c’est également la dimension plus « théorique » de l’œuvre car si ce qui se joue relève d’un surréalisme angoissant et féérique proche de Svankmajer, le cynisme en moins, le court-métrage propose également une expérience du corps animé comme on en voit peu. Autant on sait ce que comporte d’organes comme de tabous un corps humain, autant le corps de ce qui est animé relève de l’impensable alors qu’il doit pourtant contenir quelque chose. C’est l’une des premières fois qu’un cinéaste s’attaque aussi viscéralement à ce thème et la manière dont Patrick Bouchard opère est passionnante. Il repense le rapport du cinéma d’animation à la mort et du créateur à la créature de façon à la fois concrète et expérimentale. On ne peut s’empêcher de penser à certains récits mythiques et fondateurs qui réfléchissent le rapport au corps et à la machine.

 

Le palmarès a été sujet à de nombreuses discussions après le festival. Mais peu importe, il restera là, indétrônable. Ceux qui lisent ce blog savent déjà ce qu’on pense des films primés. Un constat, ni positif ni négatif : le jury semble avoir voulu récompenser une nouvelle génération, plutôt jeune, dont c’est le premier film ou qui a été peu ou pas primée jusque-là en festival. Exit donc les attendus (Van Den Boom, Unt, Damian, Laudenbach…) ou ceux déjà récompensés ailleurs (Labbé, Pajek, Bouchard…) et place à d’autres. Enfin, puisque nous n’en avons pas encore parlé, nous sommes ravis pour la catégorie Films de fin d’études car Barbeque de Jenny Jokela est notre préféré !

Puisque nous souffrons de boulimie festivalière, et que celle-ci se porte autant sur les séances que sur la fondue et la raclette, nous consacrerons un dernier article à ces séances dont nous n’avons pas eu le temps d’aborder mais qui méritent bien quelques détours. Demain, ce sera donc l’occasion de dire quelques mots sur un programme musical, sur deux séances de films de fins d’études, les Perspectives, John Morena, la VR et Gertie le dinosaure qui revient plus en forme que jamais en dépit de ses 104 ans. Joli programme alors que le festival est bien terminé !

 

Palmarès du Festival International du Film d’Animation D’Annecy 2018 :

  • Cristal du court métrage : Bloeistraat 11 de Nienke Deutz (Belgique/Pays-Bas)
  • Prix du jury pour un court métrage : Weekends de Trevor Jimenez (USA)
  • Prix Jean-Luc Xiberras de la première œuvre : Egg de Martina Scarpelli (France/Danemark)
  • Mention du jury pour un court métrage : Cyclistes de Veljko Popovic (Croatie/France)
  • Prix du film Off-Limits (ex-aequo) : Excavation of us de Shirley Bruno (France/Grèce/Italie) et Garoto transcodificado a partir de fosfeno de Rodriguo Faustino (Brésil)

 

  • Cristal du long métrage : Funan de Denis Do (France/Belgique/Cambodge/Luxembourg)
  • Prix du jury pour un long métrage : The Breadwinner de Nora Twomey (Irlande/Canada/ Luxembourg)
  • Mention du jury pour un long métrage : La Casa lobo de Cristobal Leon et Joaquin Cociña (Chili)

 

  • Prix du public pour un court métrage : Weekends de Trevor Jimenez (USA)
  • Prix du public pour un long métrage : The Breadwinner de Nora Twomey (Irlande/Canada/ Luxembourg)

 

  • Cristal du Film de fin d’études : Barbeque de Jenny Jokela (Royal College of Art, Royaume-Uni)
  • Prix du jury pour un Film de fin d’études : Inanimate de Lucia Bulgheroni (NFTS, Royaume-Uni)
  • Mention du jury pour un Film de fin d’études : Hybrids de Florian Brach, Matthieu Pujol, Kim Tailhades, Yohan Thireau et Romain Thirion (MOPA, France)

 

  • Cristal de la production TV : PIG : The Dam keeper poems « Yellow flower », « Hello nice to meet you » de Eric Oh (USA/Japon)
  • Cristal du film de commande : Leica « Everything in Black and White » de Mateus de Paula Santos (Brésil)
  • Prix du jury pour un spécial TV : The Robot chicken walking dead special : « Look who’s walking » de Thomas Sheppard (USA)
  • Prix du jury pour une série TV : We bare bears « Panda’s art » de Daniel Chang (USA)
  • Prix du jury pour les films de commande : Mark Lotterman « Happy » de Alice Saey (France/Pays-Bas)

19 juin 2018
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