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Festival d’Annecy 2021 – Jour 0 : Court toujours !

par Nicolas Thys

Après une morne année 2020 totalement en ligne, la faute à la Covid-19, l’édition 2021 du festival d’Annecy revient dans une version hybride, accessible en partie sur place et en partie à distance. Le festival n’étant guère qu’une plateforme de streaming vidéo sans Annecy, ses rencontres et ses discussions à chaud après les projections, c’est avec d’autant plus de plaisir que l’on revient dans la cité savoyarde et que l’on redécouvre la ville, les rives du lac, ses restaurants et les lieux du festival. Ces derniers, déjà nombreux, se multiplient encore avec des événements prévus à Seynod et aux Nemours, cinéma qui jusque-là accueillait les café-croissants, rencontres matinales organisées par les AAA qui sont annulés cette année.

L’événement est important en France car il s’agit du premier festival de cinéma de cette envergure à avoir lieu depuis le reconfinement, fin octobre 2020, les salles n’ayant quant à elles commencé à rouvrir que le 19 mai dernier. Il fera office de test pour savoir si toutes les conditions logistiques sont réunies d’un point de vue sanitaire avant les prochains gros rendez-vous cinématographiques comme le festival de Cannes, qui arrive dans un mois. Alors qu’il est impossible cette année de réserver ses billets en ligne comme précédemment, que le festival ne distribue pas de catalogues, que son application mobile semble aux abonnés absents et que les jauges sont bloquées à 65%, on est d’autant plus curieux – et stressé – de voir si l’organisation permettra à tous d’accéder aisément aux séances.

Festival d'Annecy 2021

De notre côté, comme toujours, ce sont les courts métrages qui occuperont l’essentiel de notre temps. Le court est l’espace rêvé pour innover formellement et narrativement avec une liberté bien plus importante. La compétition et les films de fin d’études, aux œuvres souvent surprenantes, seront donc le cœur de nos comptes rendus.

En compétition, la part belle est faite à la France (13 titres) et au Canada (6 titres). A côté de cinéastes qui font leur apparition à ce stade, mais qu’on a déjà pu voir dans d’autres programmes comme Marine Blin ou Samuel Patthey avec leurs films de fin d’études, on retrouvera quelques noms familiers, une manière pour le festival de présenter des auteurs sur le long cours. C’est ainsi que se succèderont Georges Schwizgebel, Franck Dion, Vladimir Leschiov, Ayce Kartal, Stéphanie Lansaque et François Leroy, Claude Cloutier ou Paul Wenniger. D’autres réalisateurs reviennent après plus d’une décennie d’absence : Joan Gratz, Joanna Quinn ou Christoph & Wolfgang Lauenstein, quelque peu oubliés après leur Oscar en 1989 pour Balance. D’autres encore n’apparaissent que maintenant en compétition alors qu’ils auraient mérité d’y figurer auparavant comme Peter Millard. Oubli réparé !

Michele et Uri Kranot - The Hangman at Home

Idem pour les films de commande où l’on retrouvera en moins d’une heure et demie des noms connus comme Nina Paley, Vergine Keaton, Yoriko Mizushiri, Ainslie Henderson, PES, Anna Ginsburg, Martina Scarpelli, Mirai Mizue, Chintins Lundgren ou Jeff Scher. Celui-ci, cinéaste majeur de l’animation expérimentale nord-américaine, revient dans la course après une trop longue absence. Un programme qu’on imagine aussi dense qu’impressionnant !

En off limits, on sera également ravi de retrouver Patrick Bokanowski, Ismaël Joffroy Chandoutis ou le spécialiste du flicker autrichien Rainer Kohlberger. Enfin, la sélection perspective, généralement réservée à des œuvres plus fragiles venues de pays moins porteurs en termes de cinéma d’animation accueille toujours des productions françaises ou nord-américaines, ce qui ne cesse de surprendre. Heureusement, elles ne sont pas majoritaires et on y verra des films du Kosovo, d’Azerbaïdjan, du Pakistan de Biélorussie ou du Ghana.

Autre intérêt d’être sur place : la VR, plus compliqué à expérimenter à distance. On pourra enfin découvrir le nouveau film, coréalisé avec son frère, de Velko Popovic ainsi que The Hangman at home de Michele et Uri Kranot, grand prix VR de la dernière biennale de Venise.

Georges Schwizgebel - Le Journal de Darwin

A première vue, les résumés et bandes annonces disponibles font paraitre la programmation des longs métrages plus faible cette année. Sans La Traversée de Florence Miailhe, particulièrement attendu et rajouté à la dernière minute après les annonces cannoises, ou le premier long animé de Michaela Pavlatova, cristal en 2012 pour le court Tram, l’officielle semblerait terne. Les longs en contrechamp attirent davantage la curiosité avec, en particulier, les nouveaux films de Pierre Hébert (Le Mont Fuji vu d’un train en marche) et de Felix Dufour Laperrière (Archipel) que nous ne manquerons pas d’aller admirer sur grand écran. En outre, depuis quelques années, en marge de l’industrie, des longs réalisés seuls en ou en équipes aussi réduites que leur budget parviennent à se monter. Cette année, ils seront deux puisque, outre le film de Pierre Hébert, on trouvera Absolute Denial de Ryan Braund.

Félix Dufour-Laperrière - Archipel

Se succèderont également un grand nombre de séances spéciales avec les dernières œuvres des gros studios hollywoodiens (Sony, Pixar, Dreamworks) ou japonais (4°C) ainsi qu’une programmation spéciale 60ème anniversaire d’Annecy – qui aurait dû avoir lieu en 2020 et qui a été repoussée. Mais le plus important reste le focus sur l’Afrique, continent souvent peu représenté et dont les productions sont méconnues. Ce sera l’occasion de voir les films de Moustapha Alassane, des frères Frenkel ou de William Kentridge dont la célébrité n’empêche guère les œuvres d’être difficiles d’accès.

Enfin, à côté des habituels WTF ! et séance de minuit qui auront lieu à 20h30, couvre-feu à 23h oblige, Annecy classic proposera Claydream, documentaire remarqué à Sundance sur Will Vinton, mais aussi deux œuvres hongroises restaurées : Le Fils de la jument blanche du récemment disparu Marcell Jankovics et Bubble bath de György Kovásznai. Pas de « Dernier sommeil », hommages aux animateurs décédés dans l’année, cette fois en revanche.

William Kentridge

Seul (très gros) regret d’une sélection qui s’annonce riche : la place du court métrage qui semble, au moins symboliquement, encore perdre quelques points. Jusqu’en 2019, la séance officielle avait lieu à 14h, moment phare de la journée. Elle est désormais rétrogradée à 11h30, à une heure où tout le monde commence à penser à aller déjeuner. Idem pour les films de fin d’étude présentés à Bonlieu à 12h. Déjà, voilà deux ans, lors de la cérémonie de clôture, la remise des prix se concluaient sur le long métrage et non plus sur le court. On voit l’industrie du long – qui récupère les séances plusieurs créneaux – gagner encore de la place. Si cela continue d’ici 10 ans le court métrage, qui reste dans l’esprit du festival le cœur de la programmation, n’aura guère plus que des miettes. Le Marché du Film, moteur financier du festival, semble de plus en plus dicter ses conditions aux projections et ne laissera peut-être au film court qu’une place mineure tandis que tout le monde laissera faire les choses. Il sera alors temps d’aller voir ailleurs.

Rainer Kohlberger - Somewhere out


2 juin 2021